L'éducation aux médias est en danger

Alors que nous venons de célébrer les 20 ans de la semaine de la presse, un grand nombre d'équipes académiques du Clemi voient leurs moyens diminuer. Les quelques moyens humains dont disposaient ces équipes dans le domaine de l'éducation aux médias sont écornées dans beaucoup d'endroits, voire totalement supprimées. Des équipes parmi les plus actives sont réduites à presque néant. Lorsqu'une mission nationale déjà minuscule est encore entamée, elle risque tout simplement de perdre tout impact. Et ceci se produit au moment même où l'Inspection générale publie un rapport qui souligne la nécessité et même l'urgence de développer l'action du Clemi.

 

Le rapport du sénateur David Assouline, dans un autre registre, celui de l'urgence, vue par la société civile, d'une éducation citoyenne aux nouveaux médias, vient compléter celui de l'IG. Et si on regarde les choses d'un peu plus haut encore, l'Unesco dans un récent rapport incite les états membres à développer cette éducation notamment par des mesures concernant les systèmes éducatifs scolaires. Nous sommes en effet déjà très en retard en France par rapport à des dispositions prises dans certains pays européens, comme l'Angleterre, la Belgique ou la Norvège, alors que le Clemi a été regardé très souvent au niveau international comme une institution pionnière.

 

Le pire qui pourrait arriver serait que l'éduction aux médias banalise ses contenus dans le sens des "guides de l'usage raisonné des médias" que proposent aujourdh'ui nombre d'éditeurs. Ce qui fait la particularité de l'approche du Clemi est l'absence de dogme, le questionnement permanent sur les médias, ou la conviction "laïque" qui conduit l'enseignant à ne jamais désigner les bons et les mauvais médias, mais, plus sérieusement, à donner des méthodes pour les observer. L'autre spécificité est la prise en compte de l'apprentissage de l'expression citoyenne dans les médias comme l'un des enjeux citoyens fondamentaux des temps à venir. C'est cette éducation aux média qui est aujourd'hui étranglée. Pour la remplacer par quoi ? Des codes de bonne conduite sur Internet ? Une nouvelle morale des médias ?

Réfléchissons-y.

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