Alsace terre de culture ouverte. Demain aussi !

« Dis-moi oui, dis-moi non,


Dis-moi oui ou non


Mais j't'en prie, ne m'laisse pas


dans cet embarras
… »

 ( chanson très populaire des années 6O par Tohama, chanteuse belge)

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Malheureusement, il n’y a pas que cet aspect souriant et bon enfant pour le référendum. L’ancien président de Région, le regretté Adrien Zeller, un des pères respecté du projet (la photo) sur ce portrait mis en place pour la cérémonie funèbre en son honneur à la cathédrale de Strasbourg, semble inviter au choix, vers  la crypte obscure ou vers la belle lumière bleutée d’un vitrail. A vous de choisir ?

L’ interprétation est libre mais sans connotation religieuse, la paix religieuse étant acquise depuis belle lurette en Alsace et l’opportunité de ce rappel trop tentante.

Culture ouverte avec un grand C, car il ne s’agit pas ici de l’openfield du géographe, le sol y est trop riche. Voudrait-on un K, qu’on l’y mettrait, avec bien des  risques et pourtant. Inutile de nier la part de cette culture dans l’identité alsacienne.

La caricature  souvent voulue par les Alsaciens eux-mêmes, «  de souche » croient-ils souvent, à tort d’ailleurs, se résumerait aux 5 C (cathédrale, cigognes, choucroute, coiffes et colombages) qui appartiennent davantage au folklore qu’à la Culture dont ils ne sont qu’une infime composante ? Ach ! pardon. Peut-on oublier le sublime marché de Noël. Sûrement pas si, à l’ombre rare de la cathédrale, le pain d’épices ou le vin chaud réjouissent  mieux les palais qu’ailleurs. Business is business ! OK, pourquoi pas. Cependant là n’est pas l’identité alsacienne qui a certes des contours flous et que certains voudraient dénoncer pour détournement de l’unicité républicaine, comme si celle-ci avait été acquise par déclaration, en toute pacifique quiétude.

 Le repli identitaire serait le motif inavoué de ce Referendum !

Trop ou pas assez ?

Pour d’autres au contraire, par antithèse, les porteurs du projet tendraient à nier toute référence identitaire spécifique en n’ayant recours  qu’à une présentation administrative, très prudemment. En irait--il de même pour une éventuelle fusion des départements pyrénéens ? Les deux régions de Normandie en une seule ?…Se poserait-on seulement la question ?

C’est qu’en Alsace, il y a une langue qui perdure et dont la pratique est bien antérieure à celle du français. Ce n’est pas un cas unique en France.

Au demeurant, on devrait savoir que cette culture spécifique est aussi à un tel point hybridée que même le dialecte, ou la langue alsacienne, comme on voudra, l’Elsasserditsch, y est libre, du nord au sud, soustraite à toute contrainte d’académie. A tel point ouverte que le même auteur peut faire son récit, écrire son roman ou ses poèmes en français, en allemand et dans son alsacien, donc trois versions dans un même volume. Plusieurs écrivains l’ont fait comme le grand André Weckmann.

 C’est beau çà ! Seulement, c’est là le triste privilège souvent chèrement payé des régions frontalières, aux bordures fluctuantes et parfois menacées jusque dans leur survie aux confins des empires plus puissants. On en rit au cabaret comme à la «  Chouc’ » mais seulement pour se défendre de suspicions infondées, stupides.

Pourtant, on pourrait en dire des noms prestigieux depuis les grands humanistes rhénans à Sébastien Loeb que les Français connaissent mieux( !), en passant par une liste de prix Nobel dont  deux sont bien vivants, actifs et restés en Alsace. Et  on en dirait sur Albert Schweitzer… tonton de Jean-Paul Sartre…Et on  en dirait, on en dirait…

On en dirait même sur les plus prestigieux généraux qui ont vaillamment « sabré » sous le drapeau de la France et le plus souvent celui de la République. On  en compterait des Alsaciens devenus cendre  et os pour la France ou  pour rien, en tout cas rien qu’ils aient voulu, dans des guerres dont ils étaient l’innocent enjeu.

On en dirait tant que la salive en viendrait à manquer dans une bouche amère.

Car voici que certains déclarent ce référendum programmé pour favoriser l’expression d’un repli identitaire, à gauche comme à droite, aux extrêmes surtout bien sûr mais les contours s’élargissent. D’autres reprochent qu’on taise trop cet aspect. C’est la preuve qu’il existe.

 On ne trouverait pas mieux, si on voulait suggérer une telle position  de repli car c’est surtout  l’avis d’une minorité de gens  parmi ceux qui n’en veulent pas de cette réforme, parfois pour des raisons bien obscures.

Encore une antienne ressassée : il  y aurait donc des Alsaciens identitaires repliés  non républicains, renfrognés et d’autres, grands, fiers et fervents républicains, modèles de fidélité à la patrie, rétifs à toute réforme à moins que l’Etat ne l’ait proposée ou imposée. Non, cette simplification est inacceptable. Sans autre alternative démocratique que Oui ou Non, il faudrait faire un choix  évidemment libre mais surtout libre aussi de préjugés.

Malheureusement les partis politiques particulièrement l’UMP et l’UDI, se sont faits les chantres de la cause du Oui, naturellement mais avec une présence jugée trop forte voire arrogante, indisposant par là une partie de ceux qui approuvent sincèrement le projet, sans  pour autant se reconnaître dans ce camp politique sur d’autres plans. Le bloc des  gauches et  de leurs partenaires de EELV s’en est fissuré de son côté. Profondément dans certains cas.

En vérité la culture reste vivante, très diverse accueillante. La  preuve immédiate, voilà ce qui compte. Cela  changera-t-il ? 

Trois évènements d’actualité culturelle

Pour acquérir ou pour parfaire des connaissances, France3 propose un film  auquel a participé  Geneviève Baas, notre contributrice dans cette édition. Voyez l ‘affiche, dit tout sous le titre «  Le baiser de la France ».

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Et Louis Arti avec quelque chose d’alsacien en lui.

Et Michel Gaudioso, son acolyte sans doute contaminé.

Qu’on se rappelle, dans les années 70, le très alsacien de  Millau, Raymond Roumégous, qui n’a pas perdu un poil d’accent de son Occitanie natale depuis, sans acquérir le moindre soupçon d’accent de sa région d’adoption ( le terme est impropre, la fusion convient mieux) avait créé un étrange cabaret-café-théâtre- restaurant- brasserie… à la Taverne des Francs-Bourgeois à Strasbourg.

Sa première « vedette » totalement inconnue alors, fut Louis Arti qui connut ensuite des heures de gloire sur d’autres scènes, reconnu ici, découvert  là, jusqu’à l’Olympia et la signature de cinq albums chez CBS. Le rustaud anarchiste, sorti du puits de mine de Forbach, avec le chant princier des poètes libres, continue d’étonner par des fulgurances inattendues et inoubliables. Il a ajouté une corde à son luth en écrivant des recueils de poèmes et des romans. Une partie tragique  de son adolescence     « El Halia  » a même été mise en scène par Jean-Louis Hourdin et jouée en spectacle musical à travers tout le pays. Mais on l’a revu à Strasbourg souvent pour d’autres spectacles dans la troupe de Hourdin, lui le pied-noir d’origine méditerranéenne avec des copains  « alsacos » comme Roger Siffer, Jean-Marie Hummel, René Eglès, Jean-Marie Koltès  tous connus pour leur irrépressible repli sur leur identité alsacienne ! Qui pourrait le croire ?

C’est çà aussi la culture en Alsace. Et çà continue. Retrouvailles avec Arti au Tambourin à l’Esplanade le 27 avril avec son compère Michel Gaudioso. (Voyez l’affiche).

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Et Geneviève Senger avec « La Maison Vogel ».

Encore le thème des « Malgré Nous » !

Oui mais cette fois c’est une femme qui raconte une douloureuse histoire bien alsacienne, abondamment traitée par des hommes qui ne furent pas les seules victimes de cette incorporation de force dans l’armée allemande. On est en 1945, en octobre dans un village viticole au pied du Mont Ste Odile et c’est le retour des prisonniers alsaciens pris sous l’uniforme allemand par l’Armée Rouge et  regroupés dans des camps dont celui de Tambov est le plus tristement célèbre.

Retour de ceux qui ne sont pas morts. Les effets collatéraux insoupçonnables des drames de la guerre, les souffrances du manque, celles de l’amour et de là trahison.

Beau roman dont l’histoire de l’Alsace est le prétexte mais qui s’étend à l’universel, ordinaire.

Parution ce mois-ci ( cf la couverture).

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Le dernier mot à Jacques Fernique

Qu’on ne dise pas qu’il n’y a pas eu de débats. Les passionnés étaient de sortie tous les soirs. La presse locale écrite ou sur le net n’a rien boudé. Les DNA sont à féliciter pour leur couverture technique et pour la prise en compte de la diversité des opinions. Et bien d’autres dont « rue 89 ». Et nous ici à Médiapart ne sommes pas en reste.

Or c’est dans un débat avec une collègue, nonniste en posture, du CM de Strasbourg (PS), que l’un des plus brillants leaders écologistes, Jacques Fernique, renonçant à la convaincre pour le « oui », a conclu par ces mots très percutants : »

Avec cette réforme, dis moi ce qui serait moins bien que ce qui existe en l’ « état actuel ». Silence.

Antoine Spohr.

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