Haute-Alsace et Basse-Alsace ? Une scission affective

Voulez-vous une Collectivité Territoriale d’Alsace (CTA) en regroupant  région et départements en une seule  nouvelle entité ? C’est NON. Pourquoi ?  Mille et une raisons.

Voulez-vous une Collectivité Territoriale d’Alsace (CTA) en regroupant  région et départements en une seule  nouvelle entité ? C’est NON. Pourquoi ?  Mille et une raisons.

 

Oui massif dans le Bas-Rhin( 67,3%), Non clair dans le  Haut-Rhin(55,74%), mais le seuil de participation( 25% des inscrits)nécessaire pour valider l’un ou l’autre des choix n’est pas acquis. Donc, même si c’était Oui dans le Haut-Rhin, ce serait quand même Non. Compliqué ?

Un problème de CE 2. Mais quand même, beaucoup d’électeurs ont pu être découragés par ce qu’ils ont jugé trop «  brumeux ».

A la vérité, ce type de scrutin qu’on dit « de tous les dangers », ne mobilise que rarement les foules, mais ici le couperet est tombé lourdement : la participation ( % des inscrits) a été de 35,11% dans le Bas-Rhin et de 37,18 % dans le Haut Rhin.

Surtout beaucoup d’efforts pour rien, un rien qui satisfait une minorité ou en réjouit même quelques-uns. Il a fait très beau hier en Alsace.

 

Quelles responsabilités ?

 

L’échec du président de Région, Philippe Richert, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy est patent. Pour autant, l’homme n’a pas démérité si on s’en tient à son engagement, son travail et surtout a sa foi dans ce projet qu’il a porté. C’est donc lui qui trinque pour certains qui souvent avec une bonne dose de  lâcheté expliquent leur  refus dû à un manque de clarté dans le processus d’élaboration du projet qu’ils auraient approuvé, si la méthode avait été plus démocratique.

 

Un Congrès constellé de «  faux-culs » surtout dans le Haut-Rhin.

 

Les élus régionaux  et départementaux se sont réunis en congrès pour discuter, débattre, se mettre d’accord…Le projet y a été approuvé à une très large majorité.

Au préalable, le président Richert a dû faire de nombreuses concessions notamment au président du Conseil Général du Haut-Rhin, M. Charles Buttner qui voyait ses pouvoirs réduits et subissait particulièrement la pression du maire de Colmar, Gilbert Meyer, UMP comme lui, mais focalisé sur les élections municipales à venir qu’il craignait de perdre en cas de disparition de son conseil général, dans sa ville. Pourquoi pas sa préfecture.

Conduit à mille et un atermoiements dont un grand nombre nés dans l’imagination de protagonistes, Philippe Richert en est venu à proposer deux sièges pour ménager Colmar et  la «  fierté »  des Haut-Rhinois : l’Assemblée à Strasbourg et l’Exécutif à Colmar. Alors c’est oui par devant et non par derrière pour certains élus de la Haute-Alsace qui, bien qu’ayant dit Oui alors, aujourd’hui se réjouissent en secret du Non. En tout cas la droite UMP et UDI étaient officiellement unies. Vieille histoire !

 

Le PS  écartelé, éclaté.

La fédération du Haut-Rhin s’est déclarée pour le Oui. Qu’on juge dans le résultat de l’effet de ce qui a pu être interprété comme un ralliement à la Droite ! L’électeur est simpliste. Manichéen ? Surtout peu informé. Et si Sébastien Loeb avait dit son avis ?

 

En revanche, la question du siège a fortement pesé sur le choix des socialistes strasbourgeois. Là encore la perspective des municipales obérait une véritable liberté de choix, pour Roland Ries ( le maire) et sa garde rapprochée. C’était  «  non , en l’état » puis «  je ne voterai pas non » et enfin  un vote blanc affiché ! Pour ménager les alliés EELV, qui avec Jacques Fernique,  un leader sérieux, réfléchi et talentueux faisait campagne pour le Oui ? Et demain ?

Plus loin, pour certains comme Eric Elkouby, Mathieu Cahen , Raphaël Nisand ou encore Pernelle Richardot, le projet allait à l’encontre de leur sensibilité républicaine nationale.

De son côté, le premier adjoint au maire, conseiller général, Robert Herrmann s’est prononcé, à regret et loyalement, pour le non, le projet lui paraissant hâtif et ne prenant pas assez en compte l’aménagement du territoire ou des territoires qui lui paraît déterminant  pour toute la suite. Il attend l’acte III de la décentralisation.

 

Et les extrêmes ?

 

Le Front National comme le Front de Gauche et autres Gauches à gauche, ne sont bien entendu pas sur la même longueur d’ondes, si ce n’est pour dire Non. Ce n’est pas la première fois !

Le Front National qui a des élus au Conseil Régional avait d’abord dit oui. Puis, après l’intervention de Paris, donc de la Chef, il s’est ravisé et a fait campagne pour le Non, pour la sauvegarde de l’indivisibilité de la République, menacée par une Alsace sécessionniste trop peu nationaliste. Enfin on sait.

 

De l’autre côté on sait aussi. Avec en plus du talent et une critique non seulement du projet suspecté de porter atteinte par exemple au droit du travail et une condamnation du PS complice. Quelques contre-vérités ou excès par interprétation suspicieuse, prétendent voir bien au-delà du sujet du jour. Même si ce n’est pas forcément opportun en l’occurrence, les positions  doivent être connues également.

 

Nous reviendrons après une analyse plus fine des résultats, sur les incidences  prévisibles sur  la «  gouvernance » de la Région  et surtout sur l’éclairage qu’ils apportent sur l’état de l’opinion à moins d’un an des municipales.

Nous n’irons certes pas, comme l’ont fait certains élus déçus, jusqu’à incriminer Jérôme Cahuzac et le rendre responsable de l’abstention massive.

 

Antoine Spohr

 

 

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