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Réponse à ceux qui souhaitent interdire le port de signes religieux aux usagers du service public d’enseignement supérieur.

Réponse à ceux qui souhaitent interdire le port de signes religieux aux usagers du service public d’enseignement supérieur.


Le débat est relancé. Éric Ciotti, un député UMP, en a fait une proposition de loi. Pascale Boistard, la Secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, a expliqué n’être « pas sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur ». L’UNEF prend position pour donner la parole aux premiers concernés : les étudiantes et les étudiants. Notre syndicat est laïque et féministe, et c’est au nom de ces principes que nous nous opposons à l’interdiction du port de signes religieux par les usagers du service public d’enseignement supérieur.

Pourquoi refuser cette interdiction au nom de la laïcité ? L’argument est pourtant utilisé dans l’exposé des motifs de la loi d’Éric Ciotti. On peut déjà douter des convictions laïques de ce député. A l’occasion des fêtes de fin d’année, il installait une crèche dans les locaux du conseil général qu’il préside : étrange vision de la laïcité que de demander au service public d’exposer un symbole religieux. On peut également douter de sa volonté de faire avancer la laïcité dans l’enseignement supérieur. Pourquoi n’a-t-il jamais pris position contre le Concordat en Alsace-Moselle, qui permet à l’université de Strasbourg d’accueillir une faculté catholique et une autre protestante ? Pourquoi n’a-t-il jamais contesté les accords France-Vatican qui imposent la reconnaissance des diplômes canoniques à notre service public d’enseignement supérieur ?

Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples pour comprendre qu’Éric Ciotti manipule la laïcité pour la rendre asymétrique, plus exigeante face à une croyance qu’une autre, et identitaire, dépendante d’une pratique culturelle plutôt que d’un principe politique universel. Sa proposition de loi n’est pas laïque, elle est islamophobe et raciste : son seul objectif est de stigmatiser les étudiantes qui portent le voile.

A l’inverse, la laïcité que nous défendons se construit autour de trois piliers : la liberté de conscience, la neutralité de l’Etat et le rôle des politiques publiques pour construire du commun dans la société. Aucun d’entre eux n’est remis en cause par le port de signes religieux par les étudiants. A moins de faire preuve de mauvaise foi, en considérant que l'affichage d'un signe religieux par un étudiant limite la liberté de conscience de son voisin, le premier pilier ne fait pas partie du débat. Le second pilier est déjà garanti par la loi dans le service public d’enseignement supérieur. La neutralité s'applique aux agents de l'Etat et non aux étudiants. Ceux qui l’ébranlent, ce sont les enseignants qui refusent de faire cours aux étudiantes portant le voile, imposant leur idéologie islamophobe au service public. Enfin, le troisième pilier est une mission que l’enseignement supérieur assume largement. Nos universités, par la transmission de la connaissance, le développement de l’esprit critique et le débat démocratique rassemblent des jeunes de toutes les origines et de toutes les croyances. S’il est nécessaire de faire avancer la laïcité sur ce terrain, c’est en poursuivant la démocratisation des études, au point mort depuis une dizaine d’années, que nous y parviendrons. Pas en faisant le choix d’exclure certaines femmes des universités.

Pourquoi refuser cette interdiction au nom du féminisme ? Cet argument est lui aussi manipulé. Nicolas Sarkozy, très éloigné des préoccupations féministes pendant son mandat, a récemment déclaré, au nom de l’égalité femmes-hommes, que « les femmes voilées n’ont pas leur place dans la République ». Là encore, nous ne nous contentons pas de dénoncer la manipulation et nous réaffirmons notre combat féministe. Il s’oppose à toutes les formes de la domination patriarcale. Définir le corps des femmes comme un objet sexuel, qui devrait se dissimuler ou s’exposer particulièrement selon les occasions, est une des stratégies de cette domination. Elle se concrétise aussi bien dans les publicités sexistes qu’à travers des dogmes religieux, y compris certains se revendiquant de l’islam et utilisant le voile comme outil de domination. Mais il existe une différence entre combattre un système de domination et stigmatiser les femmes musulmanes. Nous refusons de rentrer dans un débat qui devrait définir quel est le degré d’habillement prouvant l’émancipation d’une femme : le voile ? le décolleté ? la mini-jupe ? Sans nier la capacité d’un système de domination à être intériorisé par un individu, notre combat politique consiste à défendre la liberté des femmes à se vêtir comme elles le souhaitent. Dis d’une autre façon : hors de question de légiférer pour décider de la façon dont les femmes s’habillent.

Refuser les stigmatisations et les discriminations dans l’enseignement supérieur est un combat permanent. C’est une condition pour rassembler tous les étudiants derrière un combat de transformation sociale, pour que notre service public d’enseignement supérieur soit un outil au service de l’égalité et de l’émancipation.

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