3 questions à... Paul Bouchet

1. Vous avez dit dans votre discours que chaque génération avait son combat et son destin. Quel lien faites-vous entre les combats de votre génération et les combats actuels?DSC08828.jpg

 

P.B. Les conditions n’étaient pas les mêmes. Nous étions à la sortie de la guerre 12.000 étudiants, dans une période de reconstruction. Aujourd’hui, on en compte plus de 2 millions, et nous vivons une crise économique.

 

Mais il y a des similitudes dans ce qui est à faire, les objectifs sont les mêmes. Les étudiants aspirent à de meilleurs moyens d’existence matérielle, mais aujourd'hui également à de meilleures raisons de vivre. La vraie crise à notre époque, c’était la bataille pour la libération du pays, aujourd’hui, c’est pour l’emploi, l’emploi comme raison de vivre. Il n’y a pas lieu pour ceux de ma génération de se moquer des combats actuels : qu’on prive les jeunes d’une raison de vivre, voilà ce qui justifie la ré-volte de la jeunesse.

 

2. Quel regard portez-vous sur la place des jeunes dans le combat pour la transformation sociale, en particulier récemment dans la mobilisation sur les retraites ?

 

P.B. La bataille sur les retraites, c’est l’exemple qui montre que derrière la notion d’autonomie, il n’y a pas celle de l’isolement mais celle de l’interdépendance entre les générations. C’est l’interdépendance la notion clef, il faut refuser la dépendance vis-à-vis de la famille, mais ne pas la remplacer par l’assistanat, la dépendance vis-à-vis de l’Etat ou des entreprises. La jeunesse continue sans cesse à mener une bataille permanente pour que ses droits soient effectifs, et croit en la solidarité intergénérationnelle, il serait temps qu’on lui en soit recon-naissante.

 

3. Ces derniers mois, la jeunesse a fait la preuve de sa capacité à être à la fois un vecteur de modernité et un moteur pour les aspirations démocratiques dans plusieurs pays arabes. Que pensez-vous de ces révolutions ?

 

P.B. Cela montre sans aucun doute qu’il ne faut pas faire de protectionnisme démocratique, en s’occupant que des étudiants français. Lorsque nous écrivions la charte de Grenoble, nous étions conscients de la va-leur historique de notre époque, à l’heure où le monde du travail et la jeunesse jetaient le fonde-ment d’une révolution économique et sociale. Aujourd’hui, les peuples des pays arabes ont créé les conditions de la chute du pouvoir direct, il leur faut maintenant organiser la lutte contre la corruption, contre la dépendance économique… Cette révolte est saine si elle s’appuie sur une révolution économique et sociale. Nous en parlions déjà à l’époque dans notre combat controversé pour la décolonisation.

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