Le jour où le budget des universités diminua

Les discours politiques peuvent créer de l’espoir. Quand ils sont contradictoires avec les actes, ils provoquent de la défiance. C’est un constat, indéniable, dont le gouvernement ne tire pas les conséquences, par inconscience ou par cynisme.

Une démonstration éclatante a été faite à l’Assemblée Nationale, le 18 novembre. Ce jour-là, le gouvernement a proposé un amendement, adopté par les députés, qui diminue de 70 millions d’euros le budget des universités. Une décision malheureusement historique : c’est la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale que les universités voient leurs moyens diminuer d’une année sur l’autre. Une bien étrange façon de rentrer dans l’histoire pour le gouvernement de la « priorité jeunesse ».

Les conséquences, pour des universités déjà asphyxiées financièrement, seront dramatiques. Le gouvernement osera-t-il encore parler d’un budget de l’enseignement supérieur « préservé » ? Il suffit pourtant de se déplacer dans les établissements pour constater la dégradation de nos conditions d’étude : l’encadrement baisse, avec des amphithéâtres et des salles de cours toujours plus bondés ; des filières et des options ferment, provoquant davantage d’orientation subie chez les bacheliers ; des locaux vétustes qui ne sont pas rénovés, imposant des conditions de travail indignes pour les étudiants de notre pays.

Le problème ne se limite pas seulement aux conditions d’études des 1,5 million d’étudiants actuellement inscrits dans les universités. La capacité du service public d’enseignement supérieur à répondre au prochain défi de la démocratisation est également en jeu.

Le nombre d’étudiants est en augmentation. C’est le résultat d’une évolution démographique et éducative. Le baccalauréat continue sa massification, en particulier dans les voies technologiques et professionnelles. Ces jeunes, majoritairement d’origine sociale modeste, sont de plus en plus nombreux à faire le choix de poursuivre leurs études. Un choix rationnel puisque l’obtention d’un diplôme du supérieur divise par deux le risque d’être confronté au chômage après leurs études.

Cette évolution est une opportunité. L’occasion d’augmenter le niveau de qualification d’une génération, de relancer l’ascenseur social tout en formant les travailleurs dont a besoin l’économie pour développer les secteurs d’avenir qui nous sortirons de la crise. Encore faut-il que le service public ait les moyens de proposer des parcours de réussite à tous ces jeunes. Avec le budget proposé par le gouvernement, ce ne sera pas le cas. Les bacheliers professionnels et technologiques qui frappent à la porte de l’enseignement supérieur se heurtent à un mur : un refus d’inscription dans les filières courtes par manque de place et le risque d’échouer dans des universités qui n’ont pas les moyens d’adapter la pédagogie à leurs besoins.

En se comportant comme un comptable pour arbitrer le budget des universités, le gouvernement prépare le terrain aux réactionnaires. Ceux qui n’ont jamais accepté la démocratisation des études trouvent dans la pénurie budgétaire et l’échec des étudiants leurs meilleurs arguments pour réclamer une généralisation de la sélection et fermer définitivement les universités aux jeunes des catégories populaires.

C’est pour éviter cet écueil que l’UNEF appelle les étudiants à manifester jeudi 11 décembre. Non seulement pour récupérer les 70 millions qui ont été pris aux universités, les parlementaires peuvent encore modifier le projet de loi de finance, mais aussi et surtout pour exiger les moyens qui permettront de mener une politique éducative à la hauteur de la « priorité jeunesse ». Une politique qui s’appuie sur le pilier du service public, les universités, pour repenser l’ensemble du paysage de l’enseignement supérieur et passer un nouveau cap de la démocratisation : augmenter les places dans les formations professionnelles et réformer leur contenu pour qu’elles assurent un débouché et une possibilité de poursuite d’étude ; investir massivement dans les premiers cycles pour organiser une révolution pédagogique au service de la réussite de tous ; repenser l’organisation territoriale du service public pour que l’égalité revienne au cœur de ses missions ; décloisonner la voix des classes préparatoires et des grandes écoles pour remettre en cause leur rôle de reproduction sociale.

Face aux contradictions du gouvernement, la défiance est inévitable, mais ne comptez pas sur nous pour la transformer en résignation. C’est avec la conviction que nous jouons l’avenir de notre génération autant que celui du pays que nous irons manifester pour défendre notre service public.

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