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Billet de blog 24 janv. 2012

L’engagement pour un syndicalisme européen

Malvina Pelay
Membre du Bureau National de l'Unef - Attachée de presse - étudiante à Paris 8
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La crise que nous traversons est sans nul doute européenne. Elle s’inscrit dans une Europe où non seulement les politiquesmises en place depuis 20 ans ont été marquées par la prégnance de l’idéologie libérale mais aussi un espace politique qui n’a su, suite au déclanchement de la crise, changer de paradigme dans son agenda. Au contraire, à chaque occasion, à chaque sommet, ou même lorsqu’un nouveau pays est touché par des menaces spéculatives sur sa dette publique, l’Europe politique montre son incapacité à se poser les vraies questions et à y apporter les bonnes réponses.

Ainsi à l’heure où les plans de rigueur frappent un grand nombre de pays européens et entrainent trop souvent des coupes dans l’enseignement supérieur et/ou des augmentations de frais d’inscription, l’importance de la création à échelon européen du mouvement social est un enjeu fondamental. En effet si les politiques universitaires se nouent encore essentiellement à échelon national, promouvoir dès aujourd'hui le développement de l'Europe de l'éducation apparait comme un enjeu essentiel. Une Europe de l'éducation basée sur un projet d’harmonisation par le haut les conditions d’études et de vie des étudiants européens permettant une harmonisation et un cadrage européen des diplômes alliés à un vrai droit à la mobilité pour les étudiants. Cela ne pourra se faire sans une augmentation de l’investissement communautaire dans l’enseignement supérieur (à l’heure actuelle seul 1% du budget européen est consacré à l’enseignement supérieur) pour répondre à ces objectifs. C'est ainsi le rôle du syndicalisme européen d'être en mesure de peser sur les institutions européennes.

Parce que les aspirations des jeunes, d'un pays à l'autre, sont semblables, même lorsque les situations économiques différent considérablement, les organisations étudiantes européennes et internationales ont vocation à nouer des liens plus forts entre elles. Cette conviction est de plus renforcée par les leçons que nous pouvons tirer de l’actualité de ces trois dernières années. De l’Irlande, où le plan de rigueur entraine une augmentation des frais de scolarité, à l’Italie où 90% des bourses sont supprimées, à la France où le gouvernement n’investit plus depuis des années dans l’enseignement supérieur, les défis auxquels les jeunes font face sont semblables. Plus important encore, les arguments utilisés et les réformes mises en place par les libéraux sont souvent identiques d’un pays à l’autre. Il parait alors essentiel pour le mouvement social de disposer d’un réel partage des expériences. Les argumentaires doivent être communs, les campagnes menées doivent être similaires pour appeler à une véritable prise de conscience européenne de l’importance de l’accès de tous à l’enseignement supérieur et donc au rôle social fondamental que revêt le service public de l’enseignement supérieur, gratuit et accessible à tous.

L’European Student Union, un outil fondateur mais imparfait

A l’heure actuelle, les étudiants disposent d’un outil syndical européen, l'European Student Union qui est la confédération des syndicats étudiants au niveau de l’Europe et dont l'UNEF est en effet membre fondateur. L’ESU rassemble aujourd’hui plus de 40 organisations de 30 pays différents. Elle est à ce titre une organisation extrêmement intéressante dans l’optique de créer une dynamique européenne, en particulier dans ces temps de crise, où l’investissement dans l’enseignement supérieur est plus que jamais nécessaire mais aussi menacé.

Pourtant à l’heure actuelle l’ESU ne s’est pas encore dotée d’une démarche pleinement syndicale. Si l’ESU dispose, par les syndicats qui la composent, d’une réelle légitimité aux yeux des institutions européennes et est réellement audible au niveau européen, elle n’en reste pas moins peu présente dans l’organisation en tant que telle du mouvement social. L’ESU fonctionne d'avantage comme une organisation de lobbying auprès de la Commission Européenne, voire, comme une organisation d’expertise auprès des techniciens de l’Union.

Cette vision du rôle d’un syndicat étudiant est réductrice, y compris pour une structure européenne et ne permet pas par exemple l'organisation de manifestations européennes, la mise en place d'outils indispensables à la création d’un véritable rapport de force nous permettant de faire valoir nos droits au niveau européen. Mais la structure ESU permet aux organisations partageant une vision et des objectifs syndicaux de travailler activement à son développement militant. Et si le chemin que nous avons parcouru est déjà positif, la route est encore longue.

L’UNEF actrice de la promotion du syndicalisme européen dans l’ESU

En novembre dernier se tenaitle 61ème Board Meeting de l’ESU à Sofia en Bulgarie. Il était précédé d’une conférence sur la dimension sociale de l’enseignement supérieur, moment important pour pouvoir défendre une certaine vision de l'éducation. Cette conférence a été l'occasion de rappeler que l’enseignement supérieur n’est pas uniquement un investissement personnel, comme le présente les théories libérales, mais aussi une opportunité collective de progrès. D’un point de vue philosophique tout d’abord, l’augmentation du niveau de formation est toujours bénéfique pour la vie démocratique. Mais l’enseignement supérieur est aussi un investissement collectif bénéfique au développement économique. L’augmentation de la formation augmente la productivité et donc la richesse de la société mais garantie aussi la protection des jeunes face au chômage. Dés lors bien loin de créer une inflation des diplômes, l’investissement dans l’enseignement supérieur pour permettre à tous de disposer d’une formation et d’un diplôme de qualité est une solution pour sortir de la crise que nous connaissons.

Le Board Meeting en tant que tel a malheureusement bien moins tenu ses promesses que la conférence qui le précédait. L’ordre du jour de ce Board Meeting reposait principalement sur une révision profonde des structures de l’ESU. Le sujet n'est pas sans enjeu. La structure même de toute organisation impactant sur son activité. Cependant ces discussions n’ont pas permis de réellement disposer d’un temps permettant d'échanger sur la crise et ces impacts sur les jeunes europpéens. Cette opportunité que l’ESU n’a pas saisie est d’autant plus dommageable qu’individuellement la majorité des organisations déléguées à cet évènement reconnaissait que les situations auxquelles les étudiants de chaque pays font face appellent à une compréhension et une action au niveau européen.

Une anecdote permet de mieux saisir combien l’ESU est une organisation interessante mais encore imparfaite et perfectible. L'UNEF a proposé, avec la FEF (premier syndicat étudiant belge francophone) et bien d’autres organisations une motion commune sur la crise et la position que devait prendre l’ESU à ce sujet. Cette motion a été l’occasion d’un court mais intense débat politique sur l’origine de la crise et l’analyse qu’un syndicat étudiant européen pouvait porter pour sortir de celle-ci. Cette motion rappelait notamment que le libéralisme exacerbé de ces dernières années, celui là même qui propose aujourd’hui en Italie de diviser par deux le budget de l’enseignement supérieur, est responsable de la crise. Le motion rappelait également l'attachement des étudiants à l’éducation publique et appelait les pouvoirs politiques nationaux comme européen à ne pas faire payer la crise aux jeunes en sacrifiant l’éducation sur l’autel des profits spéculatifs. Cette motion n’a pas été adoptée (même si une majorité s’est prononcée en faveur, la majorité qualifiée des deux tiers étant requise), mais illustre cependant la progression de la vision syndicale portée par plusieurs organisations étudiantes au sein de l’ESU.

La situation est en fait contradictoire. Différentes motions ont été adoptées. Chacune d’entre-elles traite de la crise dans un contexte national précis (Irlande, Espagne et Italie par exemple) mais aucune ne donnait une vision compréhensive de la situation et ne liait cette situation à une action collective au niveau européen. Ainsi à l’heure actuelle si l’ESU est capable de mener d’importantes négociations au sein des institutions européennes, elle se prive néanmoins des outils d’analyse et de revendications pour lier les échelons national et européen. Ces deux niveaux d’intervention restent donc malheureusement séparés l’un de l’autre quand l'ESU devrait œuvrer à une meilleure dialectique entre les deux.

Le bilan de ce Board Meeting est malgré tout positif. Il a par exemple permis de réaffirmer la primauté donnée aux bourses étudiantes face aux prêts dans le cadre du programme Erasmus. Dès lors c’est la logique d’individualisation et d’endettement privé pour l’enseignement supérieur qui a été battu en brèche. Le chemin est ardu mais il faudra surmonter l’ensemble des obstacles. Nous avons une Europe de l’éducation à gagner !

Alexandre Fleuret, responsable des questions internationales

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