Formation au journalisme citoyen : la Ville d'Aubervilliers aurait-elle oublié ses engagements ?

En 2013, l'UPIC a mis en place pendant huit mois un atelier de formation « Pour un journalisme citoyen dans les quartiers populaires ». Avec deux sites d'implantation : Paris 18e et Aubervilliers. Six mois après la fin de l'atelier, la Ville d'Aubervilliers n'a toujours pas versé un centime des 10 000 euros promis. La publication d'une première version de cet article a suscité une réaction immédiate du maire, qui a aussitôt envoyé un chèque de 5000 euros.

En 2013, l'UPIC a mis en place pendant huit mois un atelier de formation « Pour un journalisme citoyen dans les quartiers populaires ». Avec deux sites d'implantation : Paris 18e et Aubervilliers. Six mois après la fin de l'atelier, la Ville d'Aubervilliers n'a toujours pas versé un centime des 10 000 euros promis. La publication d'une première version de cet article a suscité une réaction immédiate du maire, qui a aussitôt envoyé un chèque de 5000 euros.

Quand l'Université populaire pour une information citoyenne se crée à l'été 2012, nous décidons d'y intégrer un atelier de formation au journalisme citoyen, destiné aux jeunes des quartiers populaires et animé par Sabrina Kassa, journaliste et formatrice.

Deux territoires manifestent alors leur intérêt : Paris 18e et Auvervilliers. Dans cette dernière ville, c'est le Conseil local des jeunes qui devient notre interlocuteur. Son responsable nous assure qu'il n'est pas opportun de signer une convention avec la Ville et s'engage à apporter les 10 000 euros nécessaires à la réalisation de l'atelier (chaque territoire est sollicité à hauteur de 10 000 euros, plus un financement de l'Acsé – Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances – et un autre de la Direction régionale des affaires culturelles de l'Île-de-France). Il nous précise que la moitié de cette somme sera apportée par les cinq jeunes d'Aubervilliers eux-mêmes sous forme d'une bourse alllouée par la Ville (contrat « Auber Plus ») pour suivre cet atelier.

L'atelier démarre donc en février 2013 et se poursuit jusqu'en octobre. Cours hebdomadaires et journées de reportage se succèdent. Certains jeunes sont amenés à couvrir le Forum social mondial à Tunis (en mars) et le Forum mondial des droits de l'homme à Nantes (en juin). Un blog est créé sur Mediapart dans le cadre de ce projet, commun avec les blogueurs tunisiens de Nawaat.

À partir de mai 2013, tous nos messages auprès du responsable du Conseil local des jeunes d'Aubervilliers restent sans réponse. Heureusement, nous croisons à Tunis, dans le cadre du FSM, le maire, Jacques Salvator, qui se félicite que le projet ait pu démarrer. En juin, Sabrina Kassa le croise à nouveau lors d'une manifestation publique et lui demande pourquoi nous sommes sans nouvelle du financement de la Ville. Le maire d'Aubervilliers assure que ces financements ne sauraient tarder, le travail étant effectivement accompli par l'Upic.

En juillet 2013, étant toujours sans nouvelles, nous écrivons au maire pour lui faire part de notre inquiétude : « Assurer la rémunération de professionnels compétents sans disposer des financements prévus relève de l'équilibrisme, et nous sommes parvenus au bout de ce que nous pouvions faire dans ces conditions. Nous vous demandons donc, monsieur le Maire, ce qui peut être fait très rapidement pour résoudre cette situation pour le moins problématique ».

L'été se passe sans réponse. Début septembre, le directeur de cabinet me reçoit et m'assure que, même si une convention en bonne et due forme n'a pas été signée, la Ville d'Aubervilliers se sent engagée sur ce projet et honorera donc ses engagements. Nous apprenons que les jeunes ont bien obtenu leur bourse pour suivre l'atelier mais, au lieu d'en reverser le montant à l'Upic, ils l'ont redonné – certains même en liquide – au responsable du Conseil local des jeunes. Le directeur du pôle Jeunesse et sport de la Ville, présent à la fin de l'entretien, m'assure que tout va être fait très vite pour remédier à cette erreur d'aiguillage et ajoute qu'il a trouvé une solution – sous forme de mécénat – pour apporter les 5000 euros restants. Donc plus aucun problème sur le fond : la situation devrait se régler très rapidement.

Et depuis ? Black out total… Lors d'une nouvelle rencontre en décembre, le directeur de cabinet m'informe que la solution prévue pour les 5000 euros restants ne semble pas fonctionner, mais ajoute que les 5000 euros touchés par les jeunes seront reversés à l'Upic en janvier 2014 au plus tard.

Nous voilà fin mars. Et rien n'a toujours été débloqué. De promesses non tenues en promesses non tenues, que de temps et d'énergie gaspillés ! La Ville d'Aubervilliers se targue de vouloir contribuer à renforcer la citoyenneté de ses jeunes. Alors pourquoi n'honore-t-elle pas ses engagements vis-à-vis de ceux qui se sont engagés dans le même sens ?

NB : la publication de cet article a suscité un coup de fil presque immédiat du cabinet du maire. Celui-ci a fait aussitôt envoyer un chèque de 5000 euros à l'ordre de l'Upic, correspondant aux bourses obtenues par les jeunes. 

Philippe Merlant, président de l'Upic

 

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