Les principaux candidats démocrates, à la veille de la primaire du New Hampshire

Les principaux candidats démocrates, à la veille de la primaire du New Hampshire (11 février 2020). Notre présentation est très différente de celle qui avait été il y a quelque temps proposée par Mathieu Magnaudeix, journaliste attitré de Médiapart. C'est tout à fait réfléchi : nous considérons en effet qu'avant de prendre parti sur des situations il convient de les identifier.

LES PREMIERS RÔLES

Bernie Sanders

Social-démocrate (le seul à l'être de tous les candidats démocrates ou apparentés restant aujourd'hui en lice)

Ses atouts : une sincérité non contestée, une équipe de campagne dynamique et motivée, une façon de se positionner claire et chaleureuse, qui lui attire le respect y compris de nombreux électeurs de la mouvance « indépendante » (ni démocrate ni républicaine), et entraîne des foules importantes à ses meetings

Ses handicaps : il est déjà âgé, et n'appartient pas au parti démocrate - il ne lui est qu'apparenté -, ce qui fait que l'establishment du parti ne lui est guère favorable. Cela risque de compter, en cas de score serré face à un autre candidat démocrate : les délégués du parti non élus risquent de se prononcer majoritairement contre lui. Enfin les grands médias américains, qui sont très influents, le considèrent comme trop à gauche pour rallier à lui l'électorat modéré

L'inconnue de sa campagne : Alexandra Ocasio-Cortez, qui aurait pu elle aussi représenter le courant social-démocrate mais s'est ralliée à la candidature Sanders, a été assez peu vue à ses côtés ces derniers temps. Elle constituerait pourtant une carte décisive vis à vis de l'électorat jeune et féminin

Elizabeth Warren

Candidate atypique : concernant les questions de finance et de système bancaire on pourrait presque la considérer comme une gauchiste. Mais sur tous les autres sujets elle est plutôt centriste.

Ses atouts : les attaques répétées qu'elles a lancées contre le système bancaire américain l'ont rendue très populaire auprès des « petites gens » et de la classe moyenne. De plus elle est considérée comme la seule femme capable de gagner contre Donald Trump, or aux États Unis le vote féminin constitue un facteur important. Enfin elle a de nombreux appuis au sein de l'appareil démocrate et des milieux indépendants

Ses handicaps : elle ne se positionne que « négativement », et passe son temps à déclencher des polémiques agressives avec les autres candidats démocrates. Cela laissera des traces et la rend humainement peu attractive. Enfin, si jamais elle arrivait à maintenir sa candidature jusqu'au bout ses adversaires insisteront sur le fait qu'en contradiction avec ses prises de position elle est massivement financée par des milieux d'affaires. Nous avons donc hésité à la ranger parmi les « premiers rôles »

Joe Biden

Candidat modéré (ou de centre-droit, comme on voudra). Jusqu'à il y a quelques mois était donné comme le favori. Il mène une campagne positive, et est considéré en général comme sincère.

Ses atouts : une notoriété certaine, un positionnement chaleureux et consensuel, face à l'extrémisme de Donald Trump, une popularité réelle auprès des minorités ethniques

Ses handicaps : il a concentré les campagnes publicitaires négatives de Donald Trump, d'Elizabeth Warren, et de plusieurs candidates démocrates de gauche ayant aujourd'hui déclaré forfait. Le tout pour environ 500 millions de dollars, soit un barrage médiatique quasi-dévastateur. Par ailleurs il traîne derrière lui le boulet de sa promotion de la guerre en Irak, et est apparu assez fatigué ces temps derniers

Les deux inconnues de sa campagne : est-il capable de retrouver une attitude personnelle dynamique ? en cas de duel avec Bloomberg pour les voix modérées, qui l'emportera ?

Michael Bloomberg

Candidat de droite modérée, bénéficiant de la sympathie des milieux d'affaires et d'opinion considérant Donald Trump comme trop extrémiste, extravaguant et imprévisible

Sa particularité : il s'est décidé très tard à rentrer en campagne, a donc fait l'impasse sur les deux premières primaires démocrates – il est vrai qu'elles enverront peu de délégués à la Convention des grands électeurs

Ses atouts : estimé dans le milieu des entreprises et des responsables institutionnels comme un meilleur choix que Donald Trump

Ses handicaps : n'est pas considéré comme un démocrate sincère, est déjà âgé, ne peut pas bénéficier (sauf en cas d'affrontement terminal entre lui et Trump) du soutien des jeunes et de la gauche du parti démocrate

Nous avons là encore hésité à la classer au rang des « premiers rôles » : trop d'incertitudes (en particulier, mais pas seulement, concernant ses qualités communicationnelles)

 

LES OUTSIDERS

Amy Klobuchar

Centriste de gauche, considérée comme sincère

Ses atouts : chaleureuse, menant une campagne positive, bien implantée dans le parti démocrate et... femme (on a déjà vu à propos d'Elizabeth Warren que ça compte dans l'électorat démocrate)

Son handicap : elle peine tout simplement à se voir considérée comme une candidate crédible face à Donald Trump. Il lui reste encore quelques chances, même si elles sont faibles - un résultat correct dans le New Hampshire lui permettrait de continuer à peser sur les événements

L'inconnue de sa campagne : si elle est finalement soit battue, soit condamnée à déclarer forfait, proposera-t-elle un « ticket » avec un autre candidat, et sinon sur qui se reporteront ses voix ?

Pete Buttigieg

Candidat de droite affirmé, et la surprise du caucus de l'Iowa

Ses atouts : dynamique, brillant orateur, attirant les jeunes. A eu l'intelligence tactique de consacrer l'essentiel des ressources financières dont il disposait pour le moment aux deux primaires initiales, histoire de se rendre visible. Sur l'Iowa, ça a déjà réussi

Ses handicaps : il s'est définitivement aliéné l'électorat afro-américain, du fait de deux sombres affaires dans lesquelles il a joué un rôle (institutionnel) décisif. Par ailleurs jusqu'ici son « passé militaire héroïque » en Afghanistan lui a plutôt servi... sauf que ce n'est en grande partie qu'un mythe.

L'inconnue de sa campagne : au-delà du point évoqué immédiatement ci-dessus, dans un débat où il serait attaqué (ce qui n'a jusqu'ici pas été le cas, puisqu'il était peu connu), sera-t-il capable de tenir le choc ?

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