La leçon provisoire des primaires du New Hampshire

Un curieux phénomène s'est produit dans le New Hampsire : l'inversion quasi-totale des scores entre Elizabeth Warren et Amy Klobucher depuis le très récent caucus de l'Iowa

Bonsoir,

Si l'on scrute d'un peu près les résultats du New Hampshire on constate avec étonnement que les scores restent pratiquement les même que ceux de l'Iowa... Sauf pour Elizabeth Warren et Amy Klobuchar, qui inversent à peu près leur nombre de voix.

Il semble donc que sur cette primaire 10 % environ (peut-être même un peu plus) d'électeurs se soient fatigués des vociférations calculées d'Elizabeth Warren, et aient préféré reporter leurs voix sur une candidate certes très modérée, mais qu'ils sentent vraisemblablement plus authentique et positive*.

Cette tendance excessivement provisoire se confirmera-t-elle ? Il nous faudra un bon mois pour le vérifier (ou non).

Quoi qu'il en soit il n'est désormais plus impossible qu'un ticket Sanders-Klobuchar voie éventuellement le jour, là où chacun** savait dès le début qu'une entente entre Bernie Sanders (social-démocrate jouant le jeu du "tous contre Trump") et Elizabeth Warren (populiste prônant le "moi, personne d'autre, et surtout pas Bernie Sanders") serait très problématique.

Elizabeth Warrren semble d'ailleurs avoir admis son erreur (sur le conseil de ses équipes de soutien elle vient de faire une déclaration extrêmement apaisante où, pour la première fois depuis un an, elle prône l'union de tous les candidats démocrates).

Sauf que cette prise de conscience est bien tardive : les attaques acerbes qu'elle a conduites contre tout et contre tous seront difficiles à faire oublier, tant elles avaient caractérisé jusque-là sa campagne...

Amicalement,

Under'

* J'ai été frappé par une vidéo prise juste après la déclaration des résultats du New Hampshire. On y voit Pete Buttigieg se saisir de la main d'Amy Klobuchar et la lever (plutôt la tirer en l'air), voulant signifier ainsi la "réussite" et l'"union" des candidats démocrates de centre-droit et de droite, prêts à travailler sans réticence aucune avec n'importe quel républicain, serait-il extrémiste.

Or ce qu'on constate en regardant de près cette vidéo c'est qu'Amy Klobuchar ne semble pas très contente du geste de connivence que Pete Buttigieg la contraint quasiment d'accepter (c'est le seul moment de la soirée où elle ne sourit pas franchement, on dirait même presque qu'elle fait la grimace).

Au-delà de cet incident, mineur en lui-même, il est clair qu'Amy Klobucher a beaucoup de réticence à accepter le rôle qu'on a voulu lui faire jouer, celui d'une candidate de droite caractérisée, alors qu'elle revendique au contraire des positions de centre-gauche difficilement compatibles avec celles d'un Pete Buttigieg ou d'un Michael Bloomberg.

Elle vient de le signifier clairement en allant chercher, à force de dynamisme, une grande parte des voix que les sondages attribuaient jusque-là à Elizabeth Warren sur le New Hampshire.

** Sauf peut-être les chroniqueurs attitrés de Médiapart.

Mais bon, on a l'habitude avec ces derniers. Un exemple parmi cinquante du même type : ils avaient présenté début juillet 2019 Kamala Harris comme l'un(e) des trois prétendant(e)s les plus sérieuses aux primaires démocrates.

On sait ce qui en est sorti - rien, zéro, nothing.

En langage clair c'est un fonctionnement de boussoles indiquant  systématiquement le Sud au lieu du Nord.

A ce point de vue l'article chaleureux d'aujourd'hui écrit par Mathieu Magnaudeix sur la campagne de Bernie Sanders m'inquiète. Ça voudrait logiquement dire que Bernie Sanders a du souci à se faire***.

Mais bon, espérons que pour une fois l'auteur n'aura pas visé totalement à côté de la plaque.

*** Il y a d'ailleurs objectivement des raisons, minimes et provisoires certes, mais réelles, de s'inquiéter. Le score actuel de Bernie Sanders dans le New Hampshire a en effet été très (TRÈS) nettement inférieur à celui de la présidentielle précédente, où il avait littéralement pulvérisé Hillary Clinton.

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