La dernière tentation du Crisp

Donald Trump est objectivement "cramé"... et il le sait. Sauf accident cardiaque grave Joe Biden sera le prochain Président US. Alors le clan Trump tente trois dernières manœuvres. Les deux premières sont irréalistes (voire infantiles), et se retourneront contre lui. La dernière seule est susceptible de produire quelques effets...

Après l'accord conclu avec l'aile gauche US (Sanders et Ocasio-Cortez, notamment),

après la nomination de Kamala Harris, qui est à la fois dynamique, pragmatique, rassurante pour les électeurs modérés, et peut attirer plusieurs minorités influentes (hispaniques, afro-américains*, sino-américains, voir même juifs**...), face à laquelle vice-président potentiel choisi par Trump fait "misérable" et "pitoyable" (un débat est prévu entre les deux, j'y assisterai ou m'en procurerai la vidéo, je conseille à tou(te)s de faire la même chose : ça risque d'être fort drôle, style le laquais de Trump mis KO à chaque reprise.

après la gestion calamiteuse de la crise sanitaire par Trump et la véritable dégringolade de l'emploi aux USA,

Trump est objectivement complètement (mais alors COMPLÈTEMENT) cuit - il le sait. Les prévisions actuelles tournent autour de 57 à 60 % (pour Biden) - 40 à 43 % (pour Trump), ce qui serait, si ça se vérifiait, une presque totale première aux USA en termes d'écart Démocrates-Républicains (ça s'est déjà passé une fois, en réalité, mais une seule).

Alors, conseillé par ses" spin doctors" que le budget de l’État fédéral paye illégalement à coups de dizaine de millions de dollars, Trump tente d'avoir recours à trois manœuvres de la dernière chance :

1) inonder les médias de "publicité négative" contre le duo Biden-Harris. Mais ça ne va pas marcher pour deux raisons : d'abord les riches donateurs (y compris républicains, ce qui là est une première absolue aux USA), commencent à lui manquer. Et quant aux petits donateurs, il en compte actuellement dix fois moins que Biden ; ensuite l'alliance Biden-Bloomberg, qui existe bel et bien, a multiplié les appuis financiers importants du clan démocrate - Bloomberg a réussi à décider une vingtaine de ses "amis financiers", y compris et surtout conservateurs, à assécher les fonds trumpiens et abonder ceux de Biden. En termes de force de frappe médiatique Trump va se casser les dents - il n'aura sur ce point que ce qu'il mérite ;

2) inventer par décret de multiples obstacles à l'inscription sur les listes électorales des jeunes issus de minorités risquant à 70 % de voter démocrate. Mais ces décrets ont déjà commencé de susciter de la part des juges d’États, et des Parlementaires démocrates, un veto de principe qui va permettre d'invalider 90 % de ces décrets ;

3) bloquer le fonctionnement postal US*** (réduction annoncée hier de 30 % du budget des postes US fédérales et nomination d'un Directeur des Postes chargé de surveiller qu'un maximum de procurations de votes n'arrive pas à temps), avec un double objectif :

a) empêcher ceux qui souhaitent voter par procuration (environ 70 % des électeurs, nombre impressionnant dû à la fois au Covid et au fait que les élections ont lieu un jour de semaine. Comme il faut attendre en moyenne 6h dans une file pour pouvoir voter, les travailleurs, qui voteront évidemment majoritairement Biden, choisissent en général le vote par procuration) ;

b) pouvoir contester au motif de fraudes présumées sur le vote par correspondance, la victoire à l'heure actuelle inévitable de Biden.

Seule des trois "manips'" inventées par les conseillers de Trump cette dernière risque d'avoir des effets. Qui ne seront sans doutent pas suffisants, mais permettront de

a) fausser le vote d'environ 5 % en faveur de Trump (mais ce pourcentage énorme risque de ne pas du tout suffire) ;

b) permettre à Trump de rester aux commandes un an de plus, tant que les contestations de votes multiples que ses environ 3000 avocats (eux aussi tous payés par le budget fédéral) vont lancer dans tous les États s'étant prononcés en faveur de Biden. Trump perdra une majorité des contestations, mais au bout de très longs bagarres procédurales...****

Amicalement à tou(te)s,

Under'

* Contrairement à ce qu'affirme depuis hier en "Une" le correspondant de Médiapart aux USA, seules les minorités afro-américaines extrêmement politisées (20 % au grand grand maximum, 10 % plus vraisemblablement) gardent des doutes sur la validité du choix de l'hypothétique vice-présidente choisie par Biden. Mais au pire des pires cela amènera le quart de cette minorité de minorité à s'abstenir - en aucun cas elle ne votera Trump. Le choix de Harris reste donc bien au total une très grosse plus-value pour Biden.

** Contrairement aussi à ce que tente de faire croire Médiapart, une grande majorité des juifs américains est plutôt libérale (au sens sociétal, pas économique du terme), et ne soutient pas la politique de colonisation du gouvernement israélien actuel. Trump a cru pouvoir miser sur cet électorat, très minime en nombre mais assez influent dans les Médias, en appuyant inconditionnellement Nethanyahu. Cela constitue l'une de ses myriades de petites erreurs. Lesquelles, s'ajoutant les unes aux autres, ont fini par peser très lourd, et expliquent le monumental écart actuel d'intentions de vote dans les sondages.

*** Les postes US jouent encore, malgré l'Internétisation grandissante, un rôle fédérateur beaucoup plus important qu'en Europe de l'Ouest. Cf. à ce sujet le superbe film The Postman (Le Facteur), qui surreprésente un tel rôle, mais s'avère encore symboliquement révélateur.

**** Sauf que durant cette éventuelle période de "grâce" les piliers de l'administration Trump iront à 70 ou 80 % se recaser dans le privé, déstructurant totalement les autres assises républicaines (maires, parlementaires, sénateurs, juges d’États, procureurs locaux...), ce qui fait qu'il n'est pas totalement exclu que les cadres du parti républicain suscitent au dernier moment une candidature alternative à celle de Trump, pour éviter la débâcle généralisée qu'ils commencent à redouter.

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