Débat démocrate de cette nuit : quelques points remarquables

Le débat de cette nuit s'est avéré important... Certains points semblent soit se confirmer (le poids de la candidature Bloomberg, la stagnation de l'image d'Elizabeth Warren et de Joe Biden) soit se préciser, dans ce dernier cas de manière quelque peu inattendue. Et une question importante demeure, quant à l'appréciation par les électeurs démocrates de la tactique utilisée par Pete Buttigieg.

Bonjour,

J'ai suivi le débat démocrate de cette nuit, c'était transmis par NCB News.

Plusieurs points semblent émerger :

* Michael Bloomberg, dont c'était la première apparition, donne une impression de calme, de sincérité (face aux accusations de certains autres candidats il reconnait avoir dans le passé commis certaines erreurs dans la gestion de la ville de New York, mais en fournit des raisons très acceptables pour l'électorat modéré).

Il manifeste aussi un réel sens de la nuance, et a évité de dire du mal des autres candidats démocrates (sauf, en deux occasions, où il avait été attaqué de façon violente).

Ce personnage a donc beau, on le sait, représenter l'aile la plus à droite du parti et rester marqué par son affairisme, au bout d'une demi-heure de débat il s'avérait déjà devenu "crédible" ;

* Elizabeth Warren, malgré (ou à cause de) son évidente conviction, a confirmé son image paradoxalement à la fois un peu trop excitée et un peu trop professorale - elle semble d'ailleurs avoir déjà totalement oublié la volonté d'unité qu'elle avait exprimée après la seconde primaire -, passant son temps à couper la parole de quasiment tous les autres candidats.

Il se confirme donc qu'elle risque de céder de de plus en plus de terrain, quels que soient son "punch" ainsi que la qualité de son programme et de ses soutiens ;

* Bernie Sanders s'est laissé prendre à deux pièges :

- focaliser d'entrée de jeu autour d'attaques adressées envers Michaël Bloomberg, comme si les valeurs que le camp social-démocrate incarne devaient passer nécessairement par des considérations négatives et personnelles ;

- se laisser empêtrer dans des controverses dénuées de sens avec Pete Buttigieg, laissant du coup ce dernier s'installer au même niveau d'importance que tout ce qu'il représente lui-même depuis trente ans, alors qu'il était évident qu'il lui aurait fallu ignorer, simplement, les piques déplaisantes du "petit nouveau". Mais bon sang, personne n'avait-il coaché Bernie Sanders, pour une émission aussi importante ?

Le débat d'aujourd'hui ne va donc pas faire monter sa cote, très loin de là, mais il dégage toujours une réelle force de conviction, et défend une position humaniste dont nul ne s'est essayé à contester le principe ;

* Joe Biden se bat encore, de temps en temps il manifeste une réelle authenticité, quelque chose de quasi émouvant, et il arrive dans une certaine mesure à faire valoir son expérience.

Mais il a du mal à se démarquer du "piège Bloomberg" (ce dernier, lors de échange entre eux, est en général apparu plus fin, plus précis, plus responsable)  ;

* Amy Klobuchar a joué la carte de l'humour et d'un féminisme mesuré, se démarquant par là assez habilement de Bloomberg. Quant à Pete Buttigieg, elle a eu l'intelligence de faire au maximum semblant d'oublier sa présence. Enfin elle a très habilement rappelé à Bernie Sanders et Elizabeth Warren que le principal adversaire des démocrates est Donald Trump plutôt que Michael Bloomberg. Mais tout cela suffira-t-il ? Seul le "Super Tuesday" permettra de le savoir.

Mon opinion (ça reste une opinion, et très provisoire) est toujours qu'elle espère terminer à un suffisamment bon rang pour revendiquer la seconde place d'un ticket avec Bloomberg ou Sanders.

Mais vraisemblablement pas avec Buttigieg - les deux seules fois où elle a répondu à une remarque de ce dernier, ça a été pour le remettre sèchement à sa place, à tel point que ça m'a étonné, tant elle s'est efforcée de rester en permanence souriante et affable avec les autres candidats ;

* Pete Buttigieg s'est révélé un redoutable débatteur. Sa tactique est simple mais relativement efficace. Il n'affiche aucune proposition précise (1), mais multiplie les moues ironiques lorsqu'il croit avoir repéré une fragilité dans les déclarations de ses adversaires et entame alors de petites controverses dérisoires au cours desquelles il marque des points, parce que ses adversaires acceptent de rentrer dans ces faux débats avec une trop importante passion, là où lui-même conserve un parfait contrôle émotionnel.

Les seuls avec lesquels ça n'a pas marché c'est donc Klobuchar, et évidemment Bloomberg. Buttigieg a dès lors utilisé contre ce dernier son seul argument crédible : celui de la nécessité d'un renouvellement, d'un rajeunissement de la vie politique américaine.

J'ai découvert avec un certain étonnement le côté manipulateur et déplaisant du personnage (je ne l'avais encore jamais vu ou entendu s'exprimer en public), qui a réussi en partie à rendre le débat moins intéressant qu'il aurait pu l'être, mais les téléspectateurs ou auditeurs américains tiendront-ils compte de ce point, il est très difficile pour le moment de le savoir.

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Si j'avais donc un pronostic à faire concernant le prochain Causcus du Nevada il serait à l'opposé total de celui du journaliste attitré de Médiapart (Mathieu Magnaudeix) pour ces primaires démocrates. Je soupçonne en effet dans le Nevada la possibilité d'un véritable effondrement des scores d'Elizabeth Warren et de Peter Buttigieg.

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Bien sincèrement,

Under'

(1) Sauf que nombre de ses phrases le feraient positionner encore plus à droite que Bloomberg. Il y a vraisemblablement là, plusieurs indices le laisser penser (mais ici n'est pas le bon endroit pour les expliciter), une façon de se situer opportuniste : il lui faut obtenir de gros financements de la part d'entreprises et de fortunes conservatrices, y compris certaines ayant lors de l'élection précédente soutenu Donald Trump, pour continuer sa campagne.

Bon, j'ai décidé d'arrêter là mes contributions (désolé, Syco), j'explique pourquoi sur mon blog.

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