Guy Môquet 3, le retour

A ceux qui doutent encore du rapport au savoir et à l’histoire du gouvernement, le registre de vocabulaire d’Henri Guaino et de Luc Chatel à propos de la lecture de la lettre de Guy Môquet le 22 octobre prochain apporte de nouvelles lumières.

A ceux qui doutent encore du rapport au savoir et à l’histoire du gouvernement, le registre de vocabulaire d’Henri Guaino et de Luc Chatel à propos de la lecture de la lettre de Guy Môquet le 22 octobre prochain apporte de nouvelles lumières.
La lecture d’un texte historique au lycée, comme cette dernière lettre du jeune communiste fusillé en 1941 à sa famille, relève de l’obligation (Chatel) et de l’obéissance (Guaino)
Que les enseignants se soit massivement élevés, depuis 2007, contre une pitoyable cérémonie (lecture solennelle dans tous les lycées avec des mises en scène plus ou moins élaborées, plus ou moins contraignantes) qui ne permet en rien d’expliquer mais n’offre que la possibilité d’adhérer à de vagues valeurs patriotiques et sacrificielles sorties de leur contexte (puisque la dimension essentielle de l’engagement communiste de Môquet est systématiquement minimisée), n’a pas ébranlé le pouvoir sarkozyen.
A lire la note de service du 16 septembre 2009 de Jean-Nembrini, directeur général de l’enseignement scolaire, et généralement bon soldat, il semblait pourtant que certaines remarques critiques sur l’isolement d’un seul texte, sur une cérémonie plus liturgique que pédagogique ou critique avaient été entendues. Le texte précisait en effet que « la commémoration du souvenir de Guy Môquet et de l’engagement des jeunes dans la Résistance », « pourra s’appuyer » sur la lecture de telles lettres. La formule, comme l’ensemble de la note, restait souple.
Las, la reprise en main n’a pas tardé à l’approche de l’événement. Le retour du roman national ne souffre pas de discussion. Il faut des héros, des cérémonies, du garde-à-vous historique, de l’adhésion. Dans cette vision figée, étriquée et servile du passé, enseignants et historiens n’ont à faire preuve ni d’esprit critique, ni de talents pédagogiques pour éveiller à une citoyenneté d’autonomie mais simplement à dérouler un propos tout fait. Chaque nouveau discours du pouvoir sur l’histoire consolide cette immense régression intellectuelle qu’il a bâtie autour de la très fictive « identité nationale » et de sa promotion


Nicolas Offenstadt.

Références :
• Nombreux textes sur la question de la lettre de Guy Môquet depuis 2007 sur le site du CVUH, http://cvuh.free.fr/
• Un chapitre sur les enjeux de cette cérémonie in L. De Cock et alii, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Marseille, Agone, 2008 et in N. Offenstadt, L’histoire Bling-Bling, Stock, 2009.
• Dernière parution sur les enjeux historiques proprement dits J.M. Berlière, F. Liaigre, L’Affaire Guy Môquet, Paris, Larousse, 2009.

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