Billet de blog 21 avr. 2008

Nicolas Offenstadt
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Une nouvelle campagne pour les fusillés de la Grande Guerre... ?

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En 1998, Lionel Jospin, dans un discours qui fit polémique, avait réactivé dans l’espace public les discussions sur les soldats fusillés de la Grande Guerre (pour différents types de désobéissance). Si cette mémoire n’a cessé d’être localement vivace, il semble qu’elle prenne depuis quelques mois une tournure nouvelle. Celle-ci se caractérise par une dimension plus institutionnelle que le militantisme mémorielle des années 90. On voit en effet la Ligue des droits de l’homme soutenir les demandes de réhabilitations juridiques des fusillés (http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1935) ou le Conseil général de l’Aisne proposer un voeu « pour la reconnaissance des soldats condamnés pour l’exemple comme combattants de la Grande Guerre à part entière » (voir L’Union du 10 avril 2008), qui vient d'être voté à l'unanimité le 16 avril.
Le terrain était ici préparé par le travail d’historiens locaux et de militants. Ces derniers avaient ainsi organisé sous l’égide du Conseil général un rassemblement des descendants des mutins fusillés en 1917 sur les lieux de révolte et d’exécution de leurs ancêtres (voir Libération du 30 juin/1er juillet 2007). Le Président du Conseil général, Yves Daudigny, disait alors son souhait d’un « pardon » de la Nation. La campagne d’aujourd’hui est surtout menée par la Libre Pensée suivi par l’ARAC (une association d’anciens combattants proche du PCF), les pacifistes et la LDH. Si ce type d’engagement pose la question éternelle de l’injustice ou de l’oppression en temps de guerre, il invite aussi à une double interrogation :
- Quel est l’intérêt de réactiver des causes passées, d’autant plus que celle-ci a déjà été très défendue dans l’entre-deux-guerres notamment par les Anciens Combattants (certes moins de 1/10 des fusillés ont été réhabilités) ? Certains y voit un pis-aller devant la difficulté des combats présents.
- Comment évaluer des procédures juridiques de 14/18 avec le droit d’aujourd’hui. N’y a-t-il pas une certaine vanité dans l’exercice ? D’autant plus que ce n’est pas seulement le droit qui a changé (et l’évolution de la justice militaire doit beaucoup à la critique de celle de 141/8) mais aussi l’environnement médical et psychiatrique qui entourait les soldats de l’époque. Un enjeu incertain.
Références :
• G. Manceron, M. Rebérioux éds., Droits de l’homme. Combats du siècle, Paris, Seuil/BDIC, 2004, p. 126-141.
• M. Crivello et alli éds.., La Concurrence des passés. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2006, p. 233-243.
• www.crid1418.org
• Voir dans la rubrique photo de cette édition le monument de Suippes.

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