Billet de blog 8 sept. 2012

L'exécution sommaire du brave soldat Rioux...

Communiqué de presse de la CGT archives.

Nicolas Offenstadt
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Communiqué de presse de la CGT archives.
Une dépêche de l’AFP en date du vendredi 7 septembre, 12h40, nous apprend l’horrible nouvelle : 
« L'historien Jean-Pierre Rioux, président du Comité d'orientation scientifique de la Maison de l'histoire de France, a dénoncé "l'exécution sommaire" de cet établissement public par la ministre de la Culture, dans un entretien exclusif accordé à l'AFP vendredi.
La ministre de la Culture Aurélie Filippetti "fusille la Maison de l'histoire de France en fermant l'établissement public, en congédiant sa présidente Maryvonne de Saint-Pulgent et en laissant en souffrance une bonne dizaine de contractuels", a-t-il déclaré (…) »
Ce brave M. Rioux, qui s’inquiète ainsi du sort de contractuels, quelle touchante, quelle noble attitude !
Il n’a pourtant pas eu les mêmes scrupules lorsqu’il s’est agi de donner sa caution d’historien au projet Sarkozy de Maison de l’histoire de France, qui, faut-il le rappeler, volait aux Archives nationales pas moins de 13 000 mètres carrés d’espaces ainsi que des effectifs de personnels par dizaines et plusieurs millions d’euros (le projet était évalué à 80 millions) qui auraient été bien plus utiles à la rénovation des dépôts et des locaux des Archives nationales. Ce faisant, M. Rioux et ses pairs complices du projet nationaliste-chauvin de Sarkozy fusillait une institution issue de la Révolution française, les Archives nationales. Sans hésiter le moins de monde et en faisant partie du peloton d’exécution.
Quant aux contractuels sur le carreau, cela ne serait jamais arrivé si M. Rioux et ses amis avaient exigé, dès le début, l’embauche de personnels titulaires et statutaires de la Fonction publique. M. Rioux a préféré à l’époque l’embauche de personnel précaire contractuel. Et il se lamente aujourd’hui d’une situation qu’il a contribué à créer 
Au fait, puisqu’il est question de personnel, rappelons à M. Rioux qu’il n’a pas non plus levé le petit doigt lorsque notre Directrice d’alors, Isabelle Neuschwander a été purement et simplement limogée du jour au lendemain du fait de son hostilité au projet de Maison de l’histoire de France et remplacée au pied levé et sans états d’âme par Agnès Magnien qui avait le grand avantage aux yeux de l’administration d’être dotée d’une échine plus souple et de principes à géométrie variable.
Et rappelons-lui également qu’il s’est pincé le nez et a tourné le regard quand M. Lemoine et Mme Magnien ont appelé les gardes mobiles pour nous déloger par la force et blesser l’un de nos camarades le 10 juin 2011.
Décidément, c’est bien Pierre Nora, opposant de la première heure, comme nous, au projet Sarkozy, qui avait raison, dans sa lettre ouverte à Frédéric Mitterrand du 11 novembre 2010 lorsqu’il écrivait : « On peut comprendre que quelques énarques en mal de postes ou quelques conservateurs du patrimoine en mal de projets trouvent dans ce non-projet de quoi employer leurs talents, mais, encore une fois, pourquoi voudriez-vous que des historiens sérieux se donnent du mal ? »
Le projet réactionnaire de la Maison de l’histoire de France a eu contre lui l’immense majorité des historiens, des intellectuels, des syndicalistes, des citoyens et des personnels des Archives de France avec leur intersyndicale.
Face à eux, un quarteron « d’énarques en mal de postes ou quelques conservateurs du patrimoine en mal de projets », à l’image de Jean-Pierre Rioux, Hervé Lemoine, encore à ce jour Directeur des Archives de France, et quelques autres affidés tels Agnès Magnien, Directrice des Archives nationales et membre du Conseil d’Administration de la Maison de l’histoire de France, et consorts.
En abandonnant le projet de la Maison de l’histoire de France, le Président de la République et sa ministre Aurélie Filippetti n’ont exécuté ni fusillé personne. Ils ont honoré leur parole donnée aux historiens et à l’intersyndicale Archives. Pour le reste, nous constatons que Philippe Bélaval, ex-directeur général des patrimoines sous « l’ancien régime » a eu l’élégance et la lucidité de s’effacer et de poser lui-même sa démission
M. Jean-Pierre Rioux, M. Hervé Lemoine, Mme Agnès Magnien auront-ils cette même élégance et dignité ? L’avenir immédiat nous le dira, d’autant que leurs actes, si contraires à l’intérêt des Archives et du Patrimoine en général les disqualifient aux yeux de tous. Or, et ils le savent bien, autorité et confiance vont de pair. Incontestablement, ils ont perdu l’un et l’autre.
Paris, le 7 septembre 2012
N.B. : Quant aux collègues contractuels sur le sort desquels M. Rioux se lamente, la CGT Archives se chargera, s’ils le désirent, de les défendre. Ce ne sont pas les postes qui manquent aux archives, dans toutes les filières…
Pour tout contact :
CGT-Archives
56, rue des Francs-Bourgeois 75003 PARIS
téléphone : 01 40 27 63 33

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