Billet de blog 21 oct. 2021

La navette ferroviaire pour l’accès au port de Strasbourg au point mort ?

Dans la recherche de solutions pour limiter le nombre de poids lourds sur les routes de l’agglomération strasbourgeoise, la candidate devenue maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian avait dans son programme la création d’une navette ferroviaire pour les PL voulant accéder au port. Un an après, à l’occasion de la signature d'une convention entre le port et VNF, où en est-on ?

Bruno Dalpra
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Mise à jour le 23 octobre 2021 à 9h54, puis 18h36

© Bartosch Salmansk

L’idée d’une navette ferroviaire pour les poids lourds (1) permettant d’accéder au port sans utiliser les routes de l’agglomération strasbourgeoise avait été présentée par la liste écologiste pendant la campagne des municipales en 2020, 

Pierre Ozenne, aujourd’hui adjoint en charge des espaces publics, " était allé à la rencontre des transporteurs pour leur exposer l’idée, sur fond de projet de Zone à faibles émissions, et peut-être aussi pour rassurer le monde économique et les 10 000 emplois du port. Le dossier était en effet lié à la question de l’accès nord du port, qui faisait alors débat et contre lequel les écologistes avaient pris position. La navette était associée à l’idée d’un transfert de camions, du port vers le nord de l’agglomération et inversement, histoire d’éviter le passage par l’avenue du Rhin, entre autres ", explique Olivier Claudon, dans l'article ci-dessous ⤵ , évoqué également dans un autre en octobre 2020.

© DNA

Au lendemain de l’élection, l'élu strasbourgeois avait résumé aux DNA les différentes composantes de l’équation à mettre en œuvre et que rappel le journaliste qui précise : "et ce, avant d’indiquer que le Port autonome de Strasbourg pourrait être l’opérateur qui exploiterait un tel dispositif."

Dans son article paru hier à 16h sur le site internet des DNA, dans votre « chounal » papier d'aujourd'hui, M. Claudon a voulu savoir où en était le projet, "ce mardi en marge de la signature de la convention avec VNF sur le développement du fluvial."  Pour la présidente du port autonome Anne-Marie Jean, "le dossier n’a pas avancé depuis 15 mois, en se montrant extrêmement dubitative. « Pour l’instant, je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner. On n’a pas d’études sérieuses pour voir comment cela pourrait être mis en œuvre »."

© Anne-Marie Jean

Contacté, Anne-Marie Jean, précise que le projet reste d'actualité :

« Le CA du Port a décidé en juillet l’objectif stratégique de doublement du fret ferroviaire d’ici 2030 (ce qui est énorme : la gare de fret actuelle est déjà celle qui a le plus grand trafic de tout le grand est !), ce qui se fera un peu par croissance du trafic mais surtout par transposition de la route au rail. Et pour cela il nous faut une gare supplémentaire, avec les quais et matériels nécessaires pour du ferroutage. Pour quels trafics, selon quelles modalités, c’est l’étude qui va être lancée maintenant qui va permettre de l’analyser et de le préciser. »

MON REGARD – RETICENCE / MAUVAISE VOLONTE : EXPLICATION :

Si aujourd’hui l’idée d’une navette ferroviaire pour les poids lourds permettant d’accéder au port sans utiliser les routes de l’agglomération strasbourgeoise, est au « point mort », cela s'explique par plusieurs raisons malheureuses. 

Trois points que l'on peut observer : 

  • la réticence, voire l'hostilité des lobbies du transport de marchandise qui freinent des quatre fers le principe du ferroutage et donc l’idée développée pour Strasbourg. Ce n'est pas eux qui vont être force de proposition en la matière ;
  • la mise en oeuvre qui demande du temps, complexifié avec le crise du covid, la direction du port automne dit : « on n’a pas d’études sérieuses pour voir comment cela pourrait être mis en œuvre » ;
  • les limites politiques à vouloir agir pour faire vivre l'idée lorsque la collectivité, c’est-à-dire, l’argent des contribuables, ne viennent pas soutenir financièrement la faisabilité d’un tel chantier, surtout quand tous les acteurs économiques ne jouent pas en équipe et peuvent être même de mauvais joueur.

Pourtant, créer un « hub logistique (2) » au nord de Strasbourg et pourquoi pas sur le sud de l’Eurométropole, avec des fonctions multimodales aurait des vertus économiques non négligeables. 

Ainsi, le hub logistique, appelé également « ELU » (espace logistique urbain) pourrait permettre :

  1. de retirer un grand nombre de poids lourds des routes autour et dans Strasbourg, notamment par l'avenue du Rhin, grâce au ferroutage des camions vers ou en provenance du port automne par une navette ferroviaire (l’idée de départ) ;
  2. d'organiser les livraisons de marchandises par des moyens plus petits et moins polluant en ville ;
  3. de laisser la traversée aux seuls camions qui viennent charger de la marchandise, en dehors du port ;
  4. en réduisant le nombre de camions sur les routes de l’agglomération strasbourgeoise, on permettrait une meilleure fluidité du trafic routier et une baisse des émissions polluantes dans l’atmosphère et qui dégrade la qualité de l’air.

En résumé :

Ici, si le dossier semble au point mort, c'est surtout lié en premier lieu à la crise de la covid qui a compliqué la vie des entreprises durant plusieurs mois. La complexité technique de l'idée, le fait que tous les acteurs économiques n'avancent pas au même rythme, certains ayant même un anti écologisme maladif, n'aide pas.

D'un côté nous avons la réticence, voire l'hostilité des lobbies du transport de marchandises qui freinent des quatre fers le principe du ferroutage et donc, l'idée développée pour Strasbourg. De l'autre, le temps que nous n'avons pas forcément au regard des conditions du trafic routier (saturation de la M35, de l'avenue du Rhin) vis-à-vis de l'urgence climatique, avec la nécessité d'une étude sur la faisabilité de la navette ferroviaire qui s'inscrit dans une transformation des moyens logiques du port autonome. Aujourd'hui, « on n'a pas d'études sérieuses pour voir comment cela pourrait être mis en œuvre », explique la direction tournée vers son plan de développement du fret ferroviaire et fluvial. qui l'englobe et donne une visibilité, pas forcément compréhensible pour les observateurs extérieurs. 

Cette réalité montre la difficulté de bousculer le schéma du transport de marchandises par la route, même s'il y a une recherche du développement d'alternatives comme l'évoque la présidente du port autonome de Strasbourg (fret par le ferroviaire ou fluvial), alors que les enjeux climatiques et de santé publique n'attendent plus... Avec plus de 40 0 00 décès par an en France, liés à la pollution du trafic automobile dont les camions ont une lourde part, on attend quoi ? Le temps est notre ennemi... la persévérance, notre alliée !


(1) La presse local évoque l'idée d'une navette ferroviaire pour acheminer les camions vers le port autonome et inversement et ainsi, les enlever du trafic routier des routes de l'agglomération strasbourgeoise, ici :

(2) Un hub logistique est une plateforme logistique destinée à toutes les activités liées au transport, au tri, à l'expédition et à la distribution de marchandises dans le cadre du transit national et international, applicable ici dans un cadre local spécifique à une grande agglomération comme Strasbourg. 

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