Billet de blog 27 oct. 2021

Agir sur le trafic routier : une nécessité pour améliorer la qualité de l’air

Dans le Bas-Rhin, département déjà lourdement impacté par la construction du contournement ouest de Strasbourg (GCO), imposé par l’État en 2018, contre toute logique environnementale, deux maires de communes appartenant à l’Eurométropole contestent la mise en veille du projet de la VLIO par l’exécutif actuel. Ils multiplient les actions, seulement ils ont oublié de consulter l’ADEME…

Bruno Dalpra
Citoyen engagé
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Mise à jour le 27 octobre 2021 à 20h34

© Shutterstock

Message de service aux maires d'Eckbolsheim et Wolfisheim qui font pression pour relancer le dossier de la Voie de liaison intercommunale Ouest (VLIO) :

« L' Agence de la transition écologique (ADEME) le confirme dans un rapport : c'est bien la réduction – et non la fluidification– du trafic routier en ville qui diminue la pollution. La création de voies de circulation supplémentaires augmente systématiquement le trafic et donc les émissions. »

La réduction du trafic routier en milieu urbain permet-elle d'améliorer la qualité de l'air ? Et si oui, quelles sont les mesures de réduction du trafic les plus efficaces ? Un rapport de l'ADEME, publié le 20 septembre, propose un état de l'art des connaissances des impacts sur la qualité de l'air en ville de mesures visant à limiter les émissions du trafic en ville. "Le document met aussi ces résultats en perspective avec la photographie de la pollution de l'air en France et des liens avec la mobilité" – introduit Actu-environnement dans un article à lire ici.

« Le trafic routier est l’une des principales sources des émissions de dioxyde de carbone (CO2), gaz à effet de serre en cause dans le changement climatique. La pandémie de 2020 a permis d’observer plus que jamais cet impact. Alors que 3 milliards d’humains étaient confinés à travers le monde, une grande partie du trafic routier s’est interrompu. Résultat : la baisse globale de la pollution sur cette période est due presque de moitié à la chute du trafic routier. L’empreinte carbone des véhicules terrestres à essence/diesel n’est plus à prouver » – explique Marcus Dupont-Besnard dans Il faut arrêter de construire de nouvelles routes.

MODIFIER LE TRAFIC ROUTIER :
UNE NECESSITE POUR AMELIORER LA QUALITE DE L’AIR.

DÉPLACEMENTS – 4 octobre 2021 – source Ademe
En France, la mauvaise qualité de l’air extérieur est responsable de 40 000 décès et ce, en dépit de baisses d’émissions de polluants entre 1990 et 2018. Si nos choix individuels peuvent contribuer à changer la donne, la situation ne pourra évoluer sans une baisse significative du trafic routier dans son ensemble. Explications.

LIMITER LE TRAFIC ROUTIER POUR AMELIORER LA QUALITE DE L’AIR

Le lien entre l’importance du trafic routier et la mauvaise qualité de notre air est aujourd’hui clairement établi. En partie parce que notre dépendance à la voiture est encore trop forte. Quelques chiffres nationaux l’illustrent :

  • la circulation routière augmente de 1,5 % par an ;
  • 80 % de la pollution liée aux transports (oxydes d’azote, particules et composés organiques volatils) provient du seul transport routier.
© Olivier DAVID

Alors que nous dénombrons, chaque année en France, 40 000 décès liés à la mauvaise qualité de l’air, les solutions visant à limiter le trafic routier sont souvent débattues et mal acceptées car jugées peu efficaces. Qu’en est-il réellement ?

DES EXEMPLES ECLAIRANTS UN PEU PARTOUT EN EUROPE

Des initiatives menées dans diverses agglomérations européennes apportent aujourd’hui de solides éléments de réponse :

  • à Ljubljana, en Slovénie, la piétonisation du centre-ville a eu des effets considérables sur l‘amélioration de la qualité de l’air : la moyenne mensuelle de concentrations de NO2 (dioxyde d’azote) a connu une réduction d’environ 44 % entre 2006 et 2019. Les concentrations de PM10 (particules fines) ont quant à elles diminué de 40 % sur la même période ;
  • à Édimbourg, où l’interdiction temporaire de circulation des véhicules a été expérimentée autour de 9 écoles, les résultats montrent une réduction de 2 259 déplacements en voiture par jour, ainsi qu’une réduction des émissions de NOx (oxyde d’azote) dans les rues avoisinantes ;
  • Voyager à travers l'Europe ces jours-ci me montre à nouveau le potentiel des villes transformatrices : ce qui était une autoroute à 6 voies polluée, bruyante et insupportable est maintenant un espace de rencontre, de shopping et de culture sans voiture au centre-ville de Bruxelles. © @philippamsee
    à Bruxelles, la mise place d’une zone piétonne sur le boulevard Anspach a permis une diminution locale des concentrations de carbone suie de 56 % lors du pic matinal et une diminution de 79 % pour le soir.

Voilà des résultats concrets et parlants.

Mais qu’en est-il des mesures de réduction de la congestion et de la fluidification du trafic ? Peuvent-elles constituer, elles aussi, une solution ? Rien n’est moins sûr.
Cela a été l'un des enjeux de la bataille contre la construction du contournement Ouest de Strasbourg (GCO) mené par le collectif GCO NON MERCI, sans que l'Etat veuille entendre les arguments et ce sont les mêmes raisons qui poussent à dire que la VLIO n'est pas la bonne option face aux problèmes qui eux, sont bien réels.
Selon une étude récente de l’ADEME, la création de voies de circulation supplémentaires génère invariablement une augmentation du trafic et, en conséquence, des émissions associées. Autrement dit, nos comportements (fréquence et nombre de déplacements en voiture, véhicules kilomètres parcourus, etc.) ont tendance à s’adapter à l’offre d’infrastructure routière ainsi qu’à l’offre de stationnement (nombre et disponibilité habituelle des places et/ou tarif).

COMMENT REPERCUTER CES INITIATIVES EN FRANCE ?

L’amélioration de la qualité de l’air est aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique et ces aménagements testés partout en Europe (piétonisation, aménagement de pistes cyclables…) peuvent contribuer à changer la donne, tout du moins localement, en complément d’un ensemble de mesures visant à limiter globalement le trafic routier mais aussi les autres sources d’émissions de polluants (chauffage au bois, industries…).

Pour améliorer la qualité de l’air en milieu urbain, l’ADEME dresse d’ores et déjà quelques pistes et perspectives :

  • la piétonisation s’avère très efficace pour réduire les fortes concentrations de carbone suie observées localement ;
  • réduire le trafic contribue à limiter les fortes concentrations de polluants liées à certaines situations météorologiques qui peuvent provoquer la stagnation de polluants et même favoriser la formation de polluants secondaires ;
  • concernant la pollution à l’ozone, qui se forme à partir des Composés organiques volatils (COV) et des oxydes d’azote, des mesures de diminution des émissions de COV hors trafic restent nécessaires, la baisse du volume de trafic n’engendrant pas nécessairement de baisse des concentrations d’ozone en zone urbaine ;
  • l’environnement physique (proximité de la mer, zone de montagnes, plaine ventée, etc.) doit également être pris en compte, dans la mesure où un aménagement n’aura pas les mêmes impacts sur une ville côtière ou sur une ville encaissée dans une vallée.

En conclusion, développer les infrastructures pour permettre une mobilité active (pistes cyclables, voies piétonnes) et rendre plus accessibles les transports en commun (extension de lignes vers les zones périurbaines) pour limiter notre dépendance à la voiture est devenu incontournable. D’autres solutions ont également montré leur efficacité comme le télétravail qui permet de limiter les déplacements quotidiens entre le domicile et le travail.

Vous voulez estimer l’impact CO2 de vos déplacements et estimez ce que vous avez gagné en pratiquant le télétravail ? C’est facile en quelques clics sur le site monimpacttransport.fr.

Vous avez envie de changer de mode de transport ? Découvrez les aides pour acquérir un véhicule moins polluant ou un vélo électrique, rendez-vous dans la rubrique « Finances ». du site source des informations exposées dans cet article.

– source Ademe :
Modifier le trafic routier : une nécessité pour améliorer la qualité de l’air

– ATMO Grand Est : 
Prévision urbaine / qualité de l'air : Strasbourg

© GCO NON MERCI

LA POLITIQUE DES DEPLACEMENTS

SUR L’EUROMETROLE DE STRASBOURG :

LES ECOLOGSITES ONT-ILS RAISONS ?

La question de la VLIO –
Au regard de ce que développe l'ADEME qui est, rappelons-le, un organisme d'État, la décision prise par l'exécutif de l'Eurométropole de Strasbourg de revenir sur la relance de la VLIO décidée par l'ancienne mandature, est cohérente avec la volonté de la collectivité de l'inscrire dans la transition écologique.

La question des mobilités / agir sur le trafic routier –
Ainsi, mettre en place une politique des mobilités basées sur les alternatives au tout-voiture, dans le but d'offrir aux habitants des secteurs dont elle a la charge, des moyens pour changer leurs habitudes en troquant leur voiture au bénéfice de moyens alternatifs sur une partie ou la totalité de leurs déplacements maison-travail, sont autant de véhicules en moins permettant d'agir sur le trafic routier. En agissant sur le trafic routier à le baisser, vous agissez mécaniquement sur la pollution.

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