Billet de blog 11 nov. 2017

Indéfectible soutien aux journalistes pourchassés.

Les Prix Reporters Sans Frontières-TV5 Monde: Honneur, récompense, encouragement, aide et protection des journalistes d'investigation pour la défense de la liberté d'information.

Gervaise THIRION
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Par Gervaise Thirion. Photos eurolatio.

Depuis cinq ans, la ville de Strasbourg est mobilisée aux côtés de Reporters Sans Frontières (RSF) pour défendre les journalistes emprisonnés (Raif Badawi, Mathias Depardon, Can Dündar, Loup Bureau…). Le Prix international RSF, désormais intégré dans le programme du Forum Mondial de la Démocratie (FMDS), a été décerné mardi 7 novembre à Strasbourg.

Créé en 1992, le Prix RSF est « destiné à encourager, soutenir et faire reconnaître le travail de journalistes et de médias ayant contribué de manière notable à la défense ou à la promotion de la liberté de la presse dans le monde« . On lui promet, malheureusement, de longs combats à venir au vu des menaces qui pèsent sur la liberté d’information et des violences commises à l’encontre des journalistes dans de nombreux pays. Mercredi 8 novembre, à l’ouverture du « In » au Conseil de l’Europe, un intervenant turc, M. Kemal Kiliçdaroglu, rappelait fort justement qu’une des premières mesures des populistes qui arrivent au pouvoir est de museler la presse.

Une soirée digne en guise de cérémonie.

La capitale des droits de l’Homme avait mis à la disposition des organisateurs la grande et belle salle du cinéma Odyssée, seul faste de l’évènement, car le sujet ne se prêtait pas vraiment au décorum.

Avec Bernard de la Villardière,  président de séance,  Christophe Deloire, secrétaire général de RSF était venu récompenser les lauréats en présence de Paul Germain de TV5- Monde et Nawel Rafik Elmrini pour la ville de Strasbourg.

La présence de Loup Bureau à leurs côtés donna un sens particulier et émouvant à la cérémonie. On se souvient de la libération récente de ce jeune journaliste indépendant de 27 ans emprisonné en Turquie pendant 51 jours. Il avait été accusé « d’appartenance à une organisation terroriste » pour avoir réalisé un reportage consacré aux milices kurdes du YPG (Unité de Protection du Peuple). L’intense mobilisation, menée par RSF pour réclamer sa libération, a eu raison du pouvoir d’Ankara. Une victoire stimulante pour ne pas abandonner le combat. Pour combien d’échecs ?

Deux exemples tragiques, parmi tant d’autres.

L’annonce du palmarès fut précédée d’une présentation courte et marquante de l’Organisation et de sa raison d’être.

Chaque année RSF publie son « baromètre » :

Ont été tués depuis le 1er janvier 2017 : 48 journalistes, 5 journalistes-citoyens, 8 collaborateurs

Ont été emprisonnés : 177 journalistes, 123 journalistes-citoyens, 16 collaborateurs .

La sécheresse des chiffres a besoin d’images pour renforcer le message :

 Cecilio Pineda Birto (39 ans), journaliste mexicain, a été assassiné le 2 mars 2017 quelques heures après avoir retransmis en direct sur sa page facebook une vidéo dans laquelle il dénonçait les liens entre les autorités locales et un baron de la drogue surnommé el Tequilero. Il était la cible de menaces en raison de ses critiques contre la corruption. Le Mécanisme fédéral de protection des journalistes n’a pas fait son boulot.  Cecilio Pineda Birto a été exécuté de sang-froid (Sa vidéo est visible sur le site rsf.org.)

Le Mexique, c’est loin…  en plus, ce pays est 147ème sur 180 au classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF. Autant dire qu’on n’est pas surpris. La routine, quoi !

On n’imagine pas la chose possible en Europe. Erreur !

Malte, 47ème du classement, c’est bien, non? Enfin, c’est mieux.

On se souviendra longtemps de ce beau visage souriant qui s’est affiché sur l’écran mardi soir. Daphne Caruana Galizia a trouvé la mort le 16 octobre 2017 dans l’explosion de sa voiture piégée. Journaliste d’investigation pour plusieurs médias maltais, elle dénonçait sur son blog la corruption qui mêlait des membres du gouvernement, mais aussi de l’opposition, à l’affaire des Panama Papers. Fait rarissime sur le continent européen ! L’Union européenne s’est dite horrifiée, le gouvernement maltais promet de faire la lumière sur cet assassinat. Paroles, paroles, paroles… Daphne Caruana Galizia recevait de nombreuses menaces et n’a pas été suffisamment protégée. Ses amis journalistes parlent d’un drame annoncé et d’une volonté d’intimidation de la presse. Ils sont nombreux à déplorer que, partout en Europe, la liberté de la presse tende à se restreindre.

Les trois lauréats  2017 sont  Polonais, Turc (encore!) et Iranien.

Parmi les dix huit nominés originaires des pays les plus divers, l’élection était un dilemme.  Les trois élus représentent tous les autres

Dans la catégorie “journaliste”: Tomasz Piatek (Pologne) confiait en juillet à RSF « Il y a encore deux ans , il aurait été inimaginable qu’un journaliste puisse être traduit devant un tribunal militaire. L’objectif de cette plainte est d’intimider toute la profession« . Journaliste d’investigation du quotidien Gazeta Wyborcza,  il est poursuivi devant un tribunal militaire par le ministre de la Défense Antoni Macierewicz pour son livre très critique ”Macierewicz et ses secrets”, qui met en lumière les liens entre le ministre et des personnes liées aux services de renseignement russes. Tomasz Piatek encourt jusqu’à trois années de prison. Depuis la publication de l’ouvrage, il a fait l’objet de violentes attaques de la part des médias proches du pouvoir et subit de lourdes menaces.

Le prix du “média” a été décerné à Medyascope, une télévision indépendante, lancée sur le web en 2015 par le grand journaliste turc Ruşen Çakır. Cette plateforme en ligne entend allier nouvelles technologies et meilleurs standards journalistiques pour rouvrir un débat public verrouillé en Turquie, un pays qui occupe la 155e place sur 180 au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse de RSF. À travers des vidéos diffusées en direct puis disponibles en podcast, Medyascope redonne voix aux journalistes marginalisés par la répression et aux journalistes citoyens.

Le photographe iranien Soheil Arabi (seul lauréat absent) a été récompensé dans la catégorie “journaliste-citoyen”. Arrêté fin 2013 à Téhéran, maintenu pendant deux mois à l’isolement, Soheil Arabi a subi de mauvais traitements dans le but de lui faire avouer son implication dans la mise en place d’un réseau sur Facebook blasphémant l’islam et diffusant des informations critiques du régime. S’en est suivie une longue saga judiciaire, au cours de laquelle il a été successivement condamné à trois ans de prison, 30 coups de fouets et une lourde amende, puis quelques mois plus tard à la peine capitale, peine finalement annulée. En septembre 2015, il a été condamné à sept ans et demi de prison ferme. En juillet 2017, sa femme a été arrêtée puis libérée huit jours plus tard. Elle est toujours la cible de harcèlement et de menaces. Depuis fin août, Soheil Arabi mène une grève de la faim.

« Forbidden Stories » (histoires interdites),  afin que les enquêtes « interdites » ne tombent pas dans l’oubli.

RSF élargit son champ d’action en soutenant le projet Forbidden Stories, une plate-forme sécurisée créée par une équipe de journalistes afin d’abriter, au delà des frontières, les enquêtes de confrères qui se sentent menacés.

S’il leur arrive quelque chose (enlèvement, emprisonnement, meurtre…),suivant leurs instructions, Forbidden Stories sera en mesure de poursuivre leurs enquêtes, et de les publier, grâce à un réseau collaboratif de médias engagés dans la défense de la liberté d’information.

Cette initiative a besoin de renfort et « l’argent est le nerf de la guerre ».  Rendez-vous sur le site rsf.org. formidablement documenté, pour les informations précieuses qu’il nous fournit et pour soutenir cette Organisation devenue indispensable

Sans liberté d’expression et d’information, la défense de toutes les autres libertés est impossible.

Gervaise Thirion.

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