Les parrains des Bouches-du-Rhône

Publié par MARSACTU

Joël Gombin

1 avril 201  0


Chaque mois, Joël Gombin mouline des données et les habille d’une représentation graphique. Ce week-end, il s’intéresse aux parrainages des candidats à la présidentielle. Un rouage de la démocratie rendu complètement transparent pour la première fois.

On connaît les parrains du département, ceux qui remplissent les colonnes de la rubrique “faits divers” ou, parfois, la chronique judiciaire. Ce n’est pas à eux qu’on s’intéressera ici, mais aux parrains de ceux qui voudraient être président de la République.

Espèce relativement rare à vrai dire : les Bouches-du-Rhône ne comptent que 128 parrains et marraines, sur 14296 au total en France, soit moins d’un pourcent. Il y a une bonne raison à cela : il y a relativement peu d’élus autorisés à parrainer des candidats (principalement des maires) dans le département, qui compte peu de communes. Il y a en effet 119 communes dans notre département, 135 si on compte en plus les arrondissements marseillais. Au vivier des maires, il faut rajouter les conseillers départementaux (58) et les conseillers régionaux élus dans le département (51), les députés (15) et les sénateurs (8). Soit au total 270 élus, et même 235 si on enlève les doublons dûs au mandats cumulés, qui ont le droit de parrainer un candidat dans le département. Ce sont donc près de la moitié d’entre eux qui ont parrainé un candidat – une proportion finalement bien supérieure à celle observée au niveau national, avec 14296 parrainages enregistrés pour environ 42000 parrains potentiels – soit un parrain pour trois élus pouvant parrainer. Les Bouches-du-Rhône sont bien un département fécond en parrains !

Mais qui sont ces parrains, et qui sont les élus qui, bien que parrains potentiels, ont choisi de ne parrainer personne ?

Observons d’abord que François Fillon remporte presque la moitié des parrainages enregistrés dans le département : 60. Cela le place loin devant tous les autres candidats : Marine Le Pen en remporte 17, elle est ainsi en deuxième position juste devant Macron et ses 16 parrains ; suivent ensuite Jean-Luc Mélenchon (14) et Benoît Hamon (12). Le reste est relativement anecdotique : 5 parrains pour Nicolas Dupont-Aignan, 2 pour Alain Juppé et un chacun pour Philippe Poutou et Alexandre Jardin.

Cette domination de Fillon doit d’abord au réseau de maires de droite du département. Vingt-huit d’entre eux ont donné leur parrainage au candidat des Républicains. De manière surprenante, c’est Mélenchon qui en recueille le plus après lui, avec 9 précieux sésames. Il s’agit de maires communistes, comme Roger Meï (Gardanne) ou Georges Rosso (Le Rove). En réalité, ce sont même davantage de maires communistes qui l’ont parrainé, car certains l’ont fait en excipant d’une autre qualité, à l’instar de Gaby Charroux, député-maire de Martigues.

Force est de constater que les autres candidats n’ont pas bénéficié de la même mobilisation du réseau des maires. Macron en récupère six (notamment ceux des maires socialistes de Grans, Rousset, Saint-Paul-lès-Durance… et de l’inénnarable François Bernardini, maire d’Istres, ainsi que de son ancienne remplaçante, Nicole Joulia). Dupont-Aignan réussit à en récupérer 4, soit plus que Benoît Hamon, qui ne récupère que les signatures des maires de Vitrolles, Miramas et Fos-sur-Mer. Visiblement, Jean-David Ciot n’est pas le seul maire socialiste du département à éprouver un enthousiasme très modéré pour le candidat de son parti…

Marine Le Pen ne récupère quant à elle aucune signature de maire. Il semblerait que le courage des maires qui ont voté pour Stéphane Ravier aux sénatoriales n’aille pas jusqu’à afficher publiquement leur soutien au Front national !

Le cas de la candidate du FN est d’ailleurs intéressant : elle n’est parraînée, dans les Bouches-du-Rhône, que par des élus régionaux (15) ou départementaux (1), ainsi que par Stéphane Ravier. Mais avec une belle discipline : pas un seul élu portant encore l’étiquette FN n’a manqué à l’appel ! Montrer patte blanche à l’égard de la cheffe peut être utile, à l’approche des législatives…

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