Tous les chemins mènent à Rome

« La seule obligation qui m'incombe est de faire en tout temps ce que j'estime juste » s’expliquait Henry David Thoreau, poète, écrivain qui décrivait de façon fine la nature. En traduisant sa sensibilité dans un contexte et son environnement. Le poète précurseur du « nature writing » nous offre d’avoir la même référence éthique en s’essayant à ce que j’appellerais l’«urban-writing».

 1) La placette aujourd'hui

_Situation et typologies dans un tissus

La place étudiée se trouve à l'angle du numéro 25 de la rue de Rome et du début de la rue de La Palut, c'est un point d'intersection. Située à la pointe d'un îlot en triangle, elle est équipée d'une colonne surmontée d'un buste et s'adosse à une maison à pans coupés. La place ne semble pas en être une, le socle de la colonne permet à peine que l'on s'y assoit. Un panneau indicateur offre un résumé historique.

Sa taille me l'a fait appeler placette ou petite place. Elle est ouverte sur l'une des artères principales de la ville : la Rue de Rome. Large et aérée c'est une rue pleine de devanture, morceaux de façades, aux couleurs multipliées par les effets de mise en scène des vitrines. Elle commence au Cours Saint Louis et se prolonge le long du Cours Belsunce jusqu’à la porte d'Aix-en-Provence. Cette rue à récemment été aménagée et draine deux voies de tramway sur toute sa longueur. Des aménagements récents qui ne sont que la résurgence d'un moyen de transport qui y avait déjà été précédemment inscrit.

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En circulant sur cet axe, la placette apparaît comme un espace centrifuge, elle offre alors de rentrer dans une autre rue. C’est en venant du port que l’on entame la montée de cette rue depuis celle de Rome. La Rue de La Palut ou alors ruelle en comparaison à la déserte, constituée d'une succession de bâtiment d'habitation de types Marseillais avec leur rangée de trois fenêtres sur une succession de 4 à 5 étages. On pense que cette rue est réservée aux piétons, l'absence de trottoirs sans doute. Une typologie que l'on retrouve dans certaine rue de la capitale italienne.

_La toponymie des rues :

Rue de Rome : La rue de Rome porte le nom du chemin qui précédait son tracé partait de la [Porte Réal située approximativement au carrefour du cours Belsunce et de La Canebière et empruntait une voie où se trouve actuellement la rue de la Palud et la rue d’Italie.]

Rue de La Palut : La rue de la Palut porte Le nom de « La Palud » une généreuse donatrice de la congrégation des Trinitaires déchaussées, qui portent un habit blanc avec une croix rouge et bleu et se consacrent au rachat des captifs. Elles font construire en 1658 un couvent dans cette rue.

_La colonne, le buste et le panneau

La place est marquée par un espace de 1,277 m² repéré sur le cadastre comme un élément construit. Cet élément est une colonne installée en 1801 surplombée par le buste de Pierre Puget qui est un sculpteur français né à Marseille 18 ans avant Louis XIV. Il va participer au plan d'urbanisme de sa ville de naissance et y imprimer son style avant-gardiste baroque.

maison maison

En 1642 il réalise sa maison d'habitation. Il se fait congédier par Colbert en 1679 puis retourne à Marseille dans sa maison. Celle là même sur laquelle la placette s’adosse. Une maison à pan coupé : [Cette maison se compose d’un rez-de-chaussée avec entresol, de deux étages et d’un attique. La fenêtre du premier étage sur la façade en pan coupé s’ouvre sur un balcon. Au-dessus de cette fenêtre, Puget avait placé dans une niche circulaire un buste du Christ en ronde bosse avec cette inscription : « Salvator mundi, miserere nobis ». En dessous on pouvait lire : « Nul travail sans peine ». ]. Un élément de mobilier urbain, vient expliquer l'histoire de la maison à celui qui prendrait l'envie de le lire.

panneau panneau

2) Le projet de Louis XIV pour Marseille

_Histoire de Remparts

La ville de Marseille ne répondait pas positivement à la demande d'obtempérer du roi de France, car des notables locaux refusaient que la ville perde son autonomie. La ville résista au monarque convaincu, tant et si bien que celui-ci fit lever des troupes et descendit mater l’insoumission. La ville finit par céder. Pour marquer cette première visite de sa majesté à Marseille on fit casser un bout de l'enceinte pour éviter au roi de passer par la porte principale, symbole de l'autonomie de la ville. La porte Réale, entrée sur laquelle tout les rois devaient passer pour faire allégeance, fut alors détruite.

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 La rade de Marseille allait subir des transformations importantes. De ville de petit commerce, elle allait être intégrée à une vision du territoire plus large, un pré carré maritime. Un avant poste de la marine du roi de France pour faire reconnaître sa grandeur par et au-delà des mers sur des terres inconnues et qui allait commencer par la mise en œuvre d'une nouvelle ville.

_Tisser la ville au XVII eme siècle

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Nicolas Arnoul sera le maître d’œuvre de cette ville nouvelle, en tant que principal administrateur maritime pour le chantier des galères ainsi que pour les nouveaux remparts de la ville. Les ensembles de vies seront alors conçus en partie par Pierre Puget puis déléguer à son fils quand il décéda. C'est sur le cours Belsunce que l'on peut encore retrouvé l'oeuvre du Sculpteur Puget.

L'Urbaniste Puget aurait il participer au dessein des voies, à la réflexion sur leur orientations et leurs échelles ? Sans aucun doute au vue de l'importance du personnage et des dates de prise de décret. L’on constate que la surface et la taille du chantier sont titanesques et l'empreinte construite passera de 65 hectares à 195.

3) Le quartier Puget et ses placettes

_L'îlot ou s'installe Pierre Puget

Accueillant, avec des rues étroites pour garder la fraîcheur. De l'ombre portée par les bâtiments dans des coursives desservant l'intérieur des nouvelles construction. L'îlot de Pierre Puget prend la forme d'un navire. Les rues de Rome et de La Palud encadrent un projet bien défini et sa maison à pan coupé en est la proue. dans l'ordonnancement d'un ensemble construit. A l' échelle de l'environnement les vents dominants viennent face à la placette solution idéale à l'époque pour répondre au problème de la chaleur et des odeurs émises par les petites fabrique intégrer alors à la ville.

_Le Quartier Puget : Noaille

La Rue de l'Arc située plus à l'Est finie par une maison à pan coupé, conçue dans le même élan de construction que celle de P.Puget. L'opération de construction est liée par son agencement au quartier attenant. On peut se demander si une fontaine remplaçait la colonne qui est là aussi présente. Dans l'aura du port, ce quartier se voulait commerçant, afin d'accueillir les futurs navires marchands, sécurisés par la flotte du roi et la nature généreuse du trait de côte.

_Les placettes un élément du quartier

La petite place à l'intersection de la rue d'Aubagne, de la rue de l'Arc, de la Rue Moustier apparaît avoir la même typologie avec là aussi un buste installé en 1803 à la gloire d'Homère

[Sur la petite place, à l'intersection des rues d'Aubagne, de l'Arc et Moustier : le buste en marbre d'Homère, sculpté par Étienne Dantoine en 1803 et supporté par une colonne provenant des cryptes de l'abbaye Saint-Victor. ] Elle ne se trouve pas face au vent mais à la croisée de chemin qui ne seront pas écrasés par le plan.

_A la croisée du cheminement : l'eau.

Une fontaine est mis en place en 1685 à la demande du 1er Echevin (François Borély) devant la maison de Pierre Puget estimant « qu’il était absolument nécessaire de faire une fontaine à la rue de Rome pour l’usage des habitants du quartier et aussi pour abreuver le bétail. » Cette fontaine sera remplacée par la colonne en 1801, 48 ans avant l'arrivée de l'eau de la Durance par le canal de Marseille.

_Les traverses.

Les nouveaux plans d'urbanisme intégrèrent des cheminements. La lecture du tissus urbain se révèle des rues moins rectilignes que les autres.

« Plus qu'un raccourci les traverses sont les vestiges de la campagne où l'on cheminait entre les murs » (2)

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Ces parties sont les restes du découpage foncier des grandes demeures ou terre seigneuriale. Leurs bordures sont enclos de murs élevés pour protéger les cultures attenantes. Les demeures se préservaient sans doute du pillage par les animaux domestiques laissés en liberté. L’origine de ces tracés, nommés de façon différente selon les dialectes occitans que l’on a traduit en Draille ou Carraire dans le langage français.

Ambiances et caractéristiques des espaces projetés con-textuellement conduisent à une compréhension de l’élément « placette » dans son ensemble. Tous ce qui peut alors s’y en tant que type interroge la dynamique urbaine. La transformation que le lieu à subi doit se mesurer sur une étendue qui se limite.

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Ici c’est la limite des remparts, puisque inscrit en son sein. C’est alors le choix d’une époque où l’on peut deviner quelles étaient les stratégies territoriales et leurs échelles. Des questions se posent quant à l’utilité de tels ou tels éléments, ce qui nous entraîne à échafauder des hypothèses qui se confirment ou pas à travers les traces laissées par les concepteurs. Un ensemble de critères définissent une famille. Le modèle de la place étudiée est un type composé d’éléments issu de l’étude du tissu urbain, des parcelles cadastrales, de la position des bâtiments sur celle-ci et le de la direction des vents : en somme un ensemble cohérent. Dans ma démonstration, c’est une définition de la placette que je livre ici comme celle d’une intersection, lieu de passage obligé sur le même tènement que les maisons à pan coupé. Celles-ci s’inscrivent tout naturellement dans le tissu urbain marseillais.

 

Bibliographie :

Marseille, Trames et paysages urbains de Gyptis au Roi René : colloque international d'archéologie (1, Novembre 1999). La rive sud du port de Marseille. À propos d’une vue inédite de Marseille en 1662, p. 375-393. http://ccj.cnrs.fr/ [en ligne]. Site disponible sur : http://ccj.cnrs.fr/spip.php?article383 (Page consultée le 21/01/2016)

PANERAI, Philippe. DEPAULE, Jean-Charles. DEMORGON, Marcelle, 2005. Analyse urbaine. Marseille, éditions parenthèses, Chapitre 5 Typologie, p. 105-132.

Pages consultées sur wikipédia :

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Puget

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Draille

citation :

Exposition Au musée d'Histoire de Marseille : Le cœur d'une ville, urbanisme et patrimoines de Marseille. Exposition-dossier du 1er décembre 2015 au 28 février 2016.

Etude en ligne

 http://www.blog.kamisphere.fr/lextension-de-marseille-louis-xiv/

http://rp.urbanisme.equipement.gouv.fr/puca/activites/rapport-diffusion-ensembles-residentiels-fermes-marseille.pdf

http://thoreau.eserver.org/walden00.html 

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