Primaires citoyennes : Vers un Classico politique !!!

Il n'y a pas si longtemps, les faiseurs d'opinion jouaient à (se) faire peur en agitant le spectre de "sauvageons" sifflant l'hymne national. Au sortir du premier tour des primaires citoyennes de Marseille, une orpheline de la pauvre Cité Bassens se présente sous les traits méditerranéens d'une "marseillaise courageuse" qui veut en découdre avec le jacobinisme parisien et le sexisme politique. Seule contre Matignon et Solférino, elle soulève les chairs de poule populaires jusque-là réservées au seul chant révolutionnaire. 

 

Anecdotes racistes
Dès le premier tour des primaires citoyennes, cette Marseillaise rebelle aura retenti triomphalement. Mais la seconde manche s'annonce plus fratricide pour la sénatrice-maire des quartiers-Nord car tous ses adversaires malheureux se sont ligués contre elle sous la houlette jacobine du parti et du gouvernement. Pourtant cette mère de famille nombreuse et française, moderne, métissée et recomposée martèle sa ferme volonté d'en finir avec les corruptions et injustices d'un système anachronique et ségrégationniste. Ses mésaventures politiques sont vécues comme une salve superfétatoire qui fait déborder l'océan des révoltes collectivement retenues. La liste est longue qui va des anecdotes racistes aux coups bas de mauvaise "bonne guerre" électoraliste : bureaux de votes fermés ou rayés de la liste, électeurs stigmatisés, invalidés ou ajournés...Et tant d'autres vexations maladroites :"un fonctionnement à plein régime du clientélisme...des dizaines de minibus qui sillonnent la ville, des échanges d'argent, toute une organisation...paramilitaire" entonne sa rivale du gouvernementQuant à son adversaire parlementaire des quartiers Nord, il n'hésite pas à stigmatiser ses électeurs "qui débarquent des minibus en se parlant dans des langues de je ne sais quoi". Familière avec le "racisme au sein du parti socialiste", la Marseillaise conclut en larmes : "j'ai le sentiment de me battre contre le Front National".


Marche des beurs inversée
A l'heure de l'apothéose médiatique et électorale du FN au sortir de la cantonale de Brignoles, la Marseillaise veut réveiller les solidarités et empathies collectives de la vieille cité pauvre, cosmopolite et rebelle. Indignés par les manoeuvres "honteuses, sexistes et racistes" subies par leur candidate, ses soutiens les plus enhardis la somment de "déchirer sa carte du parti socialiste". D'autres annoncent une marche des beurs à l'envers : "les messages de solidarité affluent des cités parisiennes qui veulent participer à la bataille du deuxième tour. Tous les pauvres et exclus de Marseille, de France et de Navarre sont choqués par ce racisme de gauche. Ce sera une nouvelle marche pour l'égalité des droits à l'envers : de Paris à Marseille, trente ans plus tard. Ici à Marseille, Blancs, Noirs et Arabes, Laïques, Juifs, Chrétiens et Musulmans, Arméniens, Corses ou Comoriens, nous sommes d'abord des Marseillais rassemblés contre les barons du système". Français de souche tout aussi blanc qu'issu de quartier francilien, son conjoint cache mal les stigmates de son chemin de croix conjugal : "moi aussi, je viens d'un quartier de Créteil et je vis toutes ces attaques comme des coups de poignard dans le corps de notre fils" 


De l'Apartheid Social au «Poulegate» Français 
C'est que les primaires marseillaises se nourrissent d'une actualité hautement névrotique. Après ses sorties polémiques contre les roms, le ministre de l'intérieur surenchérit en boutant une collégienne et sa famille de réfugiés kosovars hors de France. Foin de terre d'asile. Pas de mère nourricière pour les droits universels. Plus proche de l'électorat marseillais, l'atmosphère est polluée par les réalités brulantes et meurtrières d'un Apartheid social. Tel jeune archi-diplômé des Quartiers-Nord fut obligé de fausser son identité pour décrocher un entretien d'embauche. Telle adolescente doit se vêtir d'un sombre linceul pour être reconnue. Et cette blague électronique qui irrigue les réseaux de la campagne électorale: "une barcasse au large de Marseille. Quatre occupants barbus et en djellaba déclarent qu'ils sont en train d'envahir la France". Les gendarmes hilares : «et à quatre, vous êtes sûrs d'y arriver ?» Réponse des envahisseurs : « on est les quatre derniers. Tout le reste est déjà arrivé !!!". Sans oublier le "poulegate" de l'Assemblée nationale où le mâle dominant n'en finit pas de caqueter parmi les siens.Faut-il noircir le tableau avec les milliers d'ouvriers délocalisés au quotidien et autres chômeurs désoeuvrés qui désespèrent de trouver un patron..?


Vers un Classico politique 
Pour les amateurs de bouillabaisse électorale, la bataille du second tour connaîtra un revirement massif des électeurs. En dépit des sondages foireux, ils prédisent que la «bonne mère» solitaire pourrait retourner les soutiens des malheureuses recrues de son rival. Entre autres électeurs qui ne sont pas dupes du ralliement "à reculons" et "sous pressions parisiennes" de leur consensuel candidat-président de la CUM à un concurrent qu'il fustigeait singulièrement, un bon millier de syndicalistes qui ne voteront jamais pour le pourfendeur public de leur impérium municipal. Les familiers des rancoeurs socialistes parlent même d'une éventuelle vengeance des sections légitimistes du sud : "dimanche prochain aucune voix ne se reportera sur le député-maire du centre-ville. Les socialistes des IX et Xèmes arrondissements ne lui pardonnent pas ses diatribes contre la fédération". Comme les électeurs de cet autre candidat malheureux qui n'a pas donné de consignes de vote pour le second tour : «ils n'iront pas adouber son adversaire premier au conseil municipal". Que dire des réseaux improvisés d'une ministre tout aussi desservie par le cynisme des appareils dont les effets boomerangs peuvent fendre les coeurs des deux côtés de la canebière en provoquant une mobilisation jamais revue depuis le titre européen de l'OM. Face au député-maire qui se présente comme le candidat du rassemblement, sa gentille camarade d'antan envisage le second tour comme un classico politique où elle veut incarner la meilleure offre que le parti socialiste peut opposer au FN pour renouer avec les classes populaires. Une sorte de PSG-OM électoral où le candidat des beaux quartiers parisiens n'aura pas de chance sur le terrain olympien. Avant de battre l'actuel maire de Marseille, la Marseillaise rebelle veut confirmer sa première victoire face à leur meilleur concurrent. Quant au rassemblement : en son temps..!?        

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