Marseille, capitale européenne de la culture de l’enfermement ?

C’est un agréable quartier du sud Marseillais, situé à quelques pas du stade Vélodrome, au nom charmant : Coin Joli. Quelques petits immeubles, des villas surtout, quelques hangars et magasins et même un supermarché bio. Le quartier est entouré de boulevards saturés par la circulation automobile (Aubert, Ganay, Michelet…). Aussi, les habitants apprécient d’en traverser à pied les rues calmes : cette vieille dame pour se rendre chez son médecin, ce monsieur pour se promener, ces parents pour aller faire leurs courses, ce jeune garçon pour faire du vélo, cette jeune fille pour rentrer chez elle… les habitants des quartiers voisins, Sévigné, La Cravache, Square Ganay, profitaient du calme et de la sécurité des rues du quartier Coin Joli pour emmener les enfants à l’école publique du même nom, située au cœur même du quartier.

Il faut dire « profitaient », car depuis le début d’année 2013, l’association des résidents du quartier a fermé une partie des rues, soit en les coupant en deux par des grilles infranchissables, soit en fermant les entrées par de grands portails, accessibles pour les seuls résidents munis de télécommande. L’entrée de l’école, est désormais inaccessible en voiture pour les parents accompagnant leur enfant et surtout pour ceux dont les enfants sont porteurs d’handicap. Tout le monde est astreint à faire tout le tour du quartier par les boulevards, en voiture, ou à pied sur des trottoirs étroits, inconfortables, dangereux et non conformes…

La fermeture des rues, privées certes, du quartier Coin Joli a été réalisée par l’association des résidents, en toute illégalité, sans permis. La Mairie de Marseille a annoncé avoir porté l’affaire devant le procureur, mais vérification faite, elle ne l’a fait que partiellement. Soucieuse, sans aucun doute, de ménager son électorat. En vérité, la mairie attend la décision d’une justice bien lente… En attendant, l’espace ouvert au public se réduit, certaines rues ressemblent à des prisons, le quartier s’enferme, et cela risque de s’aggraver.

L’enclavement du quartier Coin Joli pourrait n’être qu’un fait urbain parmi d’autres. Mais le phénomène de fermeture des rues et quartiers privés au sud de Marseille ne cesse de s’accentuer au fil des ans, souvent avec l’aval de la municipalité. Le sentiment d’insécurité (les problèmes d’insécurité sont pourtant assez faibles dans ces quartiers) incite les habitants aux pires réflexes. Alors que les rues fermées, sans passants, sont des rues mortes bien plus propices aux dégradations et cambriolages que les rues vivantes et circulées. Et quand les habitants trouveront que les grilles ne suffisent pas, qu’ajouteront-ils ? Des caméras ? Puis des murs avec des barbelés ? Puis des gardiens avec des chiens ? Puis des milices ? Puis des miradors ?...

Est-ce cela l’espace urbain que nous voulons offrir à nos enfants ? Un espace où le « vivre ensemble » rime avec enfermement ? Où l’espace public disparaît ?

Benoit Campion

Urbaniste, Président de l’association des parents d’élèves de l’école Coin Joli (FCPE)

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