Toujours plus près de ce qui est bon pour tous, première réponse

Qu'est-ce que "vivre à gauche", aujourd'hui ? C'est, maintenant, vivre, avec une mémoire sans cesse en reconstruction, et avec des projets pour que le meilleur pour tous advienne, et devienne un nouveau maintenant. Car être à gauche, ce n'est pas pour moi vivre par et pour des "Idées" desincarnées et qui n'auraient jamais, n'auront jamais, de réalité, mais bien rechercher à créer et vivre dans un présent, extraordinaire. C'est pour cela que la mémoire, personnelle parce que collective, est indispensable. 2500 ans après l'invention de la démocratie en Grèce, les pays prétendument démocratiques ne le sont pas ou le sont contradictoirement. "Guerre civile pacifique", tant que l'égalité n'est pas conquise et vécue, durablement, mieux, définitivement, nous vivons l'expérience des démocraties dictatoriales, avec des pouvoirs technocratiques, économiques et politiques, coupés de "nous, le peuple". Pour combien de temps et pour quelle sortie de l'aporie historique : vers le meilleur ou le pire ? Les Grecs nous ont tant légué, y compris tant de mots-pensées, comme la "Krisis", ces moments graves où il faut prendre des décisions, et de bonnes décisions. Les démocraties sont, par essence, des régimes de crises, puisqu'il nous faut décider de manière régulière à qui nous devons confier la responsabilité du navire. La décision de 2007, de la part de tant de petits, de modestes, a été gravissime. Ce que nous avons observé et subi depuis 2007 était entièrement écrit dans la personne et le programme de l'élu. La situation actuelle où des élus qui refusent de remettre en cause leurs retraites de privilégiés pendant qu'ils s'attaquent aux modestes retraites de la majorité des citoyens en est le dernier avatar, mais parfaitement annoncé dans cette violence d'une prétention gravissime de tous ces gouvernants, pourtant depuis longtemps diagnostiqués par Socrate et Platon : la connaissance du Bien, du Vrai et du Beau, qu'ils prétendent avoir reçu en "révélations", dans une alliance religieuse et scientifique ("l'économie"). Etre de gauche, c'est savoir que les peuples sont empéchés de vivre libres et heureux depuis les siècles des siècles, puisque des puissants sans réelle autre puissance que le consentement populaire (leçon de la Boétie) ont appris à vivre sur le dos et aux crochets, dans le bling-bling des hauts revenus et des privilèges, qui sont leur désir le plus profond (avec les femmes). Malgré tout, malgré leur résistance farouche à la vie, à l'expression, aux libertés populaires, les peuples du monde d'aujourd'hui ont atteint un niveau de vie et de libertés, inouï, comparé à tout ce que nos aïeuls, modestes, ont connu, mais aussi à tout ce que les puissants des anciens temps ont connu. Il faut le savoir et savourer. Mais le legs tyrannique perdure, et nous menace toujours, lui aussi à un niveau jamais vu, grâce aux technologies et aux soumis heureux ou non. C'est une bataille de Titans, et elle est désormais devenue le monde même. C'est passionnant et terrifiant à la fois, car la défaite est interdite. Sinon...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.