«Mes parents, un peu inquiets, mais fiers au fond de mon engagement citoyen»

Par Jean-Michel Zakhartchouk, lycéen, Hautes-Pyrénées.

J’étais lycéen alors, en première dans un petit établissement des Hautes-Pyrénées. J’écoutais avec passion le transistor, les folles nuits de Paris, les événements qui s’enchaînaient, et j’étais frustré car le lycée avait été rapidement fermé, empêchant débats et forums auxquels j’aspirais après une journée intense où avec quelques autres nous inscrivions sur les tableaux de salles de classe des slogans parfois à la gloire de Che Guevara ! Et puis le 29 mai, le « dramatique » départ de De Gaulle, la vacance supposée du pouvoir et la possibilité pour moi de participer à la première manifestation de ma vie, à Auch, avec départ en car affrété par le Parti communiste. J’eus l’autorisation de mes parents pour y aller, un peu inquiets, mais fiers au fond de mon engagement citoyen. Et au cours de ce rassemblement, assez important, la retransmission avec haut-parleur, du fameux discours de De Gaulle (« la République n’abdiquera pas »), accueilli par des huées et la croyance naïve que les élections législatives annoncées allaient sanctionner le gouvernement et permettre l’accession au pouvoir de la gauche. On sait ce qu’il en a été.

En juin, nous sommes revenus au lycée. J’avais plein la tête des images de tout ce qui s’était passé et que j’avais vécu plutôt par radio interposée (ne parlons pas de la sinistre télévision de l’ORTF normalisée). Gros coup de massue lorsque j’entends que de nombreuses conversations tournent autour de la demi-finale de rugby Lourdes-Tarbes (donc deux villes proches) qui allait avoir lieu après un report de plus d’un mois. Désillusion : la révolution est encore lointaine…

Rentrée 68 : plus de blouse obligatoire au lycée, plus de rangs traditionnels, des moments d’auto-discipline pendant les études (j’étais interne), le discours ému du proviseur annonçant à la rentrée le vote de la loi Edgar Faure, nouveau ministre de l’Éducation (dont nombre de propositions restent révolutionnaires encore aujourd’hui !) et le début d’un engagement politique qui variera considérablement depuis la tentation gauchiste jusqu’au réformisme « raisonné » d’aujourd’hui, mais dont je vois quand même une unité profonde, une continuité au-delà des errances, erreurs et rectifications. Mai 68 fut un grand moment de l’histoire de France, quoi qu’en disent ses détracteurs de droite ou de gauche. Et un grand moment dans ma vie…

 

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