«J’ai fait Paris-Perpignan en bus par la nationale»

Par Thérèse Pedrero, étudiante en musicologie, Paris.

Originaire de Perpignan, j'étais étudiante en musicologie à la Scola Cantorum à Paris. Je logeais à la petite cité universitaire Concordia, rue Tournefort.

Un après-midi de manifestations, l'entrée de la cité avait été fermée, toutes les pensionnaires étaient aux fenêtres. Suite à une descente de CRS dans la rue, on ouvrit la porte pour laisser rentrer des manifestants, certains blessés. Je me souviens d'être allée dans ma chambre pour prendre une petite bonbonne de muscat et d'en distribuer pour réconforter ces jeunes (je ramenais ce muscat chaque fois que j'allais en Roussillon).

Pas de train, peu de bus, mes parents m'avaient « ordonné » de « descendre ». J'ai fait Paris-Perpignan en bus par la nationale, bus qui s'arrêtait dans chaque ville. Mais souvenir de belles rencontres, invitation, que je refusai, dans la villa du peintre décédé Giacometti...

C'est lors d'une réunion de jeunes au théâtre de l'Odéon que j'ai rencontré celui qui allait devenir mon mari.

Je devais passer le CAEM d'éducation musicale (actuel CAPES) la session fut annulée et reportée en septembre. Grosse déception après un an de travail mais je fus reçue.

Les barricades : souvenir de grandes émotions, de stress, d'incompréhension car le milieu musical de la Scola était assez fermé et isolé des facs.

Quelques images importantes pour moi:

  • lors de moments calmes, me promener autour des barricades, voitures incendiées et rues sans pavés ;
  • des discussions très animées d'étudiants ou pas devant la Sorbonne, des personnes vantaient et réclamaient une nouvelle forme d'ouverture à la culture pour tous, demandaient des concerts, des expositions dans les usines. Ce fut la seule fois que je pris la parole, c'est un souvenir profond en moi, en colère : « Quand il rentre fatigué le soir à la maison mon père m'a dit n'avoir aucune envie d'aller au concert ou au théâtre et surtout pas sur son lieu de travail. » Ce fut la seule fois où je me suis exprimée lors de ces évènements.

Autre souvenir cuisant : je me trouvais sur le boulevard Saint-Michel. Des groupes de jeunes descendaient en criant et courant, ils étaient poursuivis par des CRS matraques et bombes lacrymogènes dans les mains. Une matraque allait me tomber dessus, je dus mon salut à un sursaut vers une porte ouverte qui me permit de rentrer dans un couloir. À la suite de ce moment, mes yeux ont souffert et je dus porter des lunettes noires pendant deux mois. Mais par la suite pas de conséquences.

 

 

 

 

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