« Plus libre »

Par Raymonde Jegoudez, 18 ans, terminale dans un lycée public de Brest (Finistère).

J’avais 18 ans depuis deux mois, pas encore la majorité ni à cette époque-là, ni dans ma tête d’ailleurs. J’étais en classe de terminale A1 (autrement dit, en littérature et philosophie) dans un lycée public de Bretagne. J’étais la seule de ma famille (nombreuse – la contraception n’existait pas à l’époque – père ouvrier, mère au foyer) à avoir fait des études secondaires.

Mai 68 veut aussi dire pour moi la découverte d’une sexualité plus libre (inconsciente aussi des conséquences possibles), l’amitié et la solidarité, et puis, grâce à mon ami Louis, la découverte de la littérature érotique, par exemple Histoire de l’œil de Georges Bataille dont je n’imaginais même pas l’existence avant ce joli mois de mai et qu’on se passait sous le manteau.

Au moment de passer le baccalauréat sous forme orale (décision ministérielle), je n’étais pas en France, j’avais pris le large, partie en stop avec mon amie Annette, Louis et un autre étudiant vers le Nord, la Belgique et la Hollande, sans doute pour prolonger cet espace de liberté dont nous sentions inconsciemment qu’il allait nous être retiré.

Effectivement, les choses sont rentrées dans l’ordre, dans le pays comme dans ma famille et ce « souffle » emportant tout sur son passage s’est calmé et pour moi, ce que j’ai vécu pendant ces deux mois s’est comme « enkysté » pour mieux se réveiller quelques années plus tard.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.