« Si tu vois une manifestation, tu te caches »

Par Marc Dumont, 11 ans, Boulogne (Hauts-de-Seine).

J’avais onze ans.

Un beau matin au début mai, dans le car qui  revenait du stade, «  les grands » entament une chanson sur l’air de « Il était un petit navire » Avec des paroles un peu différentes, car le refrain chanté à tue-tête dit : « Ohé, ohé Pompidou, Pompidou navigue sur nos sous. »

À la maison, le poste de TSF parle des manifestations étudiantes. Et ma mère me donne plus qu’un conseil, insistant : « Si tu vois une manifestation dans la rue, tu te caches dans le premier immeuble que tu trouves. » Nous habitions Boulogne. Il y avait de sa part la crainte de mouvements ouvriers. Mais les usines Renault étaient de l’autre côté de la ville, loin vers Billancourt. Autant dire que dans nos rues, rien ne se passa – seules des poubelles qui s’accumulaient en bas des habitations marquaient les troubles du (très beau) temps…

Le soulagement de mes parents fut que l’on annonça de l’essence pour le week-end de la Pentecôte, ce qui nous permis d’aller revoir – enfin ! – mes grands-parents dans la Sarthe. Et d’y constater à quel point le rejet des « évènements » était fort dans ce milieu encore très rural.

Quant à moi, je me souviens encore d’avoir suivi les évènements à la radio, sur Europe 1. Avec un étonnement très particulier en écoutant, en direct, le rassemblement de Charléty, les discours, particulièrement celui de Mitterrand – qui me semblait compliqué, tortueux, inaccessible à mon petit cerveau d’enfant. Je me souviens, de façon marquante, que les speakers radio avaient fait monter la tension – tellement palpable par les cris et slogans entendus en fond sonore. Et que le discours avait stoppé nette l’idée d’une quelconque prise de pouvoir. Presque à la déception des commentateurs.

 

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