Billet de blog 23 mars 2018

« Bien sûr que j’étais d’accord »

Par Alain Hénocq, cheminot, Château-Thierry (Aisne).

Mai68parceuxquilontfait
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J’avais à peine 20 ans, je travaillais à la SNCF depuis septembre 1965 à la gare de Château-Thierry.

J’écoutais souvent la radio, je ne me souviens plus quelle station.

Du côté des étudiants, ça allait mal, il se passait quelque chose, et depuis le 22 mars, ça prenait de l’ampleur.

Je ne me souviens plus des dates, je raconte en vrac ce qu’il s’est passé, les faits les plus marquants. Dans le travail, on discutait beaucoup de ces faits.

Un matin, en arrivant au travail, on apprend que la gare de l’Est était fermée, afin que les étudiants ne puissent y entrer.

Par la suite, il y a eu une réunion syndicale regroupant toutes les organisations syndicales.

Nous étions plus de 120 cheminots, tous services confondus.

Sur le quai de la gare, on discute, et tout le monde veut prendre part à la grève.

Augmentation des salaires, reconnaissance de l’action syndicale, avec des locaux sur les lieux de travail, et aussi d’autres revendications dont je ne me souviens plus.

La grève générale avec occupation des lieux et illimitée est décidée à main levée.

Moi, étant syndiqué CGT et étant à la JOC [Jeunesse ouvrière chrétienne], bien sûr que je suis d’accord.

Nous grévistes, passons dans tous les services. Les délégués expliquent ce qu’il se passe, et demandent au personnel non gréviste de quitter les lieux. Les chefs sont aussi invités à prendre part à la grève, ce que font certains, d’autres préférant rentrer chez eux.

Un chef, ne voulant obtempérer, a voulu téléphoner à la gendarmerie, on lui a coupé le téléphone. Il n’y avait pas de portable à l’époque.

Tous les jours, il y avait deux réunions sur le quai de la gare, à 8 heures et 18 heures.

Nous avons organisé un piquet de grève aux endroits stratégiques, en gare, et au poste d’aiguillage.

J’habitais à 15 km de Château-Thierry, et faisais le trajet à mobylette. Pour ne pas faire ce trajet, des copains chefs de service me prenaient en voiture, pour assurer ces piquets de grève, souvent la nuit.

Lorsqu’il y avait des manifestations, je défilais avec les copains de la JOC, parmi les pancartes CGT et CFDT, FO et FGAAC [Fédération générale autonome des agents de conduite].

On retrouvait les ouvriers des usines de la région de Château-Thierry.

Nous étions guidés par un copain cheminot délégué CGT et en ACO [Action catholique ouvrière].

La nuit, nous faisions des rondes dans les locaux et sur les voies, afin que personne ne puisse endommager les installations ferroviaires.

Certaines nuits, des contre-manifestants de droite et même d’extrême droite défilaient, et venaient chercher l’affrontement à la gare. On ne répondait pas, les sites bien fermés.

La fin de mois, il fallait se faire payer.

Nous avons discuté avec les chefs, les délégués, puis, après entente, l’ouverture de la caisse principale a été décidée, le chef et le caissier donnant à tous les cheminots un acompte de  200 francs.

Un soir, lors de la réunion, les délégués, revenus de Paris en voiture, nous disent qu’après avoir obtenu des satisfactions, les patrons ne donneront pas plus.

Nous, on en voulait encore, et attendons une journée.

Le surlendemain, on vote à main levée, et à quelques voix près, est votée la reprise.

Nous les jeunes, c’est avec amertume que nous avons repris le travail, et regardions de travers ceux qui étaient en faveur de la reprise.

Une grève, c’est facile à commencer, difficile à terminer, ce sont les paroles de ce délégué CGT en ACO.

Ce qui m’a servi lors de mes mandats syndicaux.

Quelques jours après, je recevais mes papiers pour assurer le service militaire en Allemagne.

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