« La responsable de bout de chaîne a trouvé le vêtement, en pièces détachées »

Par Thérèse Vandeweghe, Petite Sœur de l'Ouvrier en communauté à Méricourt-sous-Lens, ouvrière en atelier de confection à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais), syndiquée à la CFDT.

Début mai 1968, j’étais en session de formation syndicale organisée par le syndicat CFDT.

Au cours de la session, le responsable est appelé au téléphone. Il revient blême. Il nous annonce que le mouvement des étudiants s’est étendu aux travailleurs et que la grève générale est lancée.

La session se poursuit jusqu'à la date de fin prévue.

Le lundi suivant, je me rends sur mon lieu de travail, un atelier de confection[1] à Henin-Lietard (aujourd’hui Henin-Beaumont). Des copains syndiqués (des mineurs et d’une entreprise de métallurgie) sont là pour me soutenir. Montée sur un tabouret, je mets en pratique la formation acquise et fais une prise de parole pour expliquer ce qui se passe dans les entreprises et l’importance de se joindre au mouvement de grève.

L’ensemble du personnel suit le mouvement et n’entre pas dans l’atelier.

Nous avons tenu jusqu’à la fin du mouvement mais nous n’avons pas occupé l’entreprise.

Avec les copains, qui étaient venus me soutenir, nous sommes allés faire la même prise de parole à la porte d’un autre atelier de confection de la même ville, mais il n’y avait pas de syndicat et le personnel n’a pas osé suivre le mouvement.

Avec trois autres copains faisant partis de la confection eux aussi, deux de la région de Lille et une de Lens, nous sommes allés à Paris pour une réunion de négociation avec les représentants patronaux. Pour nous rendre à la rencontre nous avons traversé une manifestation et cela sans problème.

Le soir, quand je suis rentrée chez moi, les informations des médias avaient été très négatives et il avait été question de méfaits de la part des manifestants, cela avait créé de l’inquiétude tout au long de la journée, pour les personnes qui m’attendaient.

Dans la confection, nos salaires n’étaient pas au-dessus du salaire minimum de l’époque. Aussi, après les négociations au niveau national, nos salaires ont fait un bon.

Pour compenser cette augmentation, le patron a voulu augmenter la cadence et nous imposer un vêtement de plus à l’heure. Toutes les ouvrières de la chaîne étaient d’accord pour ne pas faire ce vêtement, chacune nous avons tenu et la responsable de bout de chaîne a trouvé le vêtement, en pièces détachées, comme il avait été introduit dans la chaîne.

La direction n’a rien pu faire face à notre détermination et notre unité. Ce fut pour moi une grande joie de vivre cette ambiance de confiance et d’amitié qui a permis cette action bénéfique pour tous.

Nous avions une prime de 5 % pour travail bien fait, tout le monde l’avait. Pour récupérer une partie de l’augmentation de notre salaire, la direction a supprimé cette prime. Avec le syndicat, j’ai mis l’affaire aux prud’hommes et nous avons gagné, puisque cela était donné depuis plusieurs années et faisait partie de notre salaire.

Le travail était dur mais nous savions nous soutenir et nous aider quand cela était nécessaire.

[1] Atelier de fabrication de costumes d'hommes.

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