Azenstarck, le photographe qui a témoigné contre Maurice Papon (#74)

Photographe, en cette nuit du 17 octobre 1962...

En reporter, il a documenté aussi ce qui restera tardivement un angle mort de l’histoire de France : le 17 octobre 1961. Son travail ce soir-là dans les rues de Paris fut même si considérable que si on connaît mieux l’épisode tragique aujourd’hui, c’est notamment grâce à Georges Azenstarck.

Ses clichés pris avec vue sur le bitume, tandis qu’un cortège d’Algériens manifestait pour protester contre le couvre-feu à 20 heures que le préfet Maurice Papon venait de leur imposer douze jours plus tôt, ont aidé à accoucher à la fois de l’histoire et d’une mémoire. En 1961, les locaux de L'Humanité donnaient encore du côté des grands boulevards à Paris. C’est-à-dire que depuis les balcons du journal au troisième étage, on avait ce soir-là une vue plongeante sur la répression en train de s’abattre sur le cortège, sur les femmes et les enfants qu’on écarte presque tous alors que se poursuit le bruit du pas de hommes qui continuent de marcher tandis qu'ils se font tirer dessus.

C’est ce soir-là que plusieurs dizaines d’Algériens seront jetés à la Seine - un saut d’échelle lugubre pour une pratique dont les réseaux anticolonialistes savaient alors qu’elle existait déjà, ici ou là, ponctuellement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.