Grand débat, petits effets

A la mode de La Fontaine

 

 

Sa Majesté Jupin un jour voulut connaître
Le cœur de la nation qui l'avait fait maître.
Il manda donc par courrier

Ses sujets de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L'écrit portait
Que deux mois durant le Roi tiendrait
Grand Débat, dont l'ouverture
Devait être un rassemblement d’édiles en pleurs

Au cours duquel le souverain

Étalerait dans la magnificence

Son intellectuelle omnipotence.
La singulière missive invitait encore les gouvernés

A palabrer à longueur journée,

En bande ou en coterie,    

En tous lieux, là, là-bas, ici, et jusque dans les colonies.

 

Diablerie !

Le peuple et ses ministres tombent en frénésie :  

Quel pot-pourri !

 

Les uns proposent d’abaisser l’âge des femmes pour qu’elles soient plus jolies.

D’autres Rien, parce qu’ils le sont déjà.

Les chauves militent pour des implants généralisés.

Les contribuables plaide pour la suppression de l’impôt,

Et son remplacement par des prélèvements obligés

Qu’on désignerait sous les noms de  taille et  de corvée.  

Les prolétaires rêvent d’un loto « Milliardaire » 

Capable de pomper subtilement l’argent des petites gens.  

Et patati, et patata… pendant deux longs mois !

 

- Très bien, dit alors Sa Majesté,

Il me revient que votre ivraie  

Éclectique, disparate, funeste,

N’ajoute aucune valeur à mon projet.

C’est, foi de roi, n’importe quoi !

Je le savais ; seules mes pensées témoignent d’un grand dessein,

Et assurent au royaume un destin !

Pour mon bien, et pour celui des rupins,

Je continuerai sans frein à moudre mon bon grain,

Et à faire dégorger les honnêtes citoyens.

Que les farines de nos pains ruissellent sur vos faims !

 

Ceci vous sert d’enseignement.

Quand un roi prétend vous toucher le cœur,

En tâtonnant des deux côtés en même temps,

et à droite, et à gauche, de votre débardeur

C’est votre porte-monnaie qui l’intéresse vraiment.

 

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