Un contrat social pour la société mondialisée

Aborder la question d’un contrat social pour la société mondialisée de la robotique et de l’intelligence artificielle nécessite de réfléchir à de nombreuses sous questions sur le travail, la protection sociale de tous les humains et le financement de l’État social

Un contrat social

pour la société mondialisée de la robotique et de l’intelligence artificielle

 


Chaque mode de communication a détruit le système social, productif et politique précédent.

Avec la révolution de la communication universelle instantanée, le monde ancien va mourir et le contrat social fondé sur le travail salarié dans un cadre national va disparaître s’il n’évolue pas.

L’exploitation s’est toujours fondée sur une différence de maîtrise des connaissances de l’époque entre les dominants et les dominants. Les patrons du XIXème siècle ont tout fait pour que les enfants d’ouvriers n’accèdent pas à l’éducation car, pour eux, un salarié instruit était un salarié revendicatif plus difficile à exploiter. Si l’éducation pour tous n’apporte pas aux travailleurs et à tous les jeunes les moyens de maîtriser les nouvelles technologies, les robots et l’informatique, au lieu de libérer les humains de tâches pénibles seront un objet de domination supplémentaire, soumettant le travailleur à la fois au patron et au robot !.

 

 

Aborder la question d’un contrat social pour la société mondialisée de la robotique et de l’intelligence artificielle nécessite de réfléchir à de nombreuses sous questions sur le travail, la protection sociale de tous les humains et le financement de l’État social (missions régaliennes, solidarité sociale, éducation, services publics, innovations…).

 

Le travail  

 

L’évolution du travail se fonde sur des données nouvelles qui aujourd’hui ne sont pas prises en compte par le contrat social ce qui permet aux riches de s’affranchir de la solidarité sociale et de ses devoirs envers les travailleurs.

 

  • Qu’est-ce que le travail ? Il est utile de distinguer : emploi et travail en introduisant la notion d’utilité sociale. L’emploi répond à un statut, le travail est plus large, il devrait comprendre toute activité qui est service des autres. Dans ce sens, le travail bénévole est un vrai travail qui crée plus de « richesse » (au sens non financier) pour les humains que bien des emplois. 

 

  • Il faut aussi remettre en cause la « Valeur travail » : la valeur du travail est une idée récente, initiée au Vème siècle par les « moines défricheurs », et née avec Thomas d’Aquin au XIIIème siècle (continuation de la création divine donc plus digne que les gains financiers) mais devenue primordiale par la conjonction du capitalisme, du libéralisme et de Marx et Engel mal compris. Avant le travail et le travailleur étaient méprisés : travail réservé pour les esclaves, les serfs, les femmes, …, les être considérés inférieurs par nature et origine. Le travail abaissait le travailleur. La « valeur travail » est à déconstruire car elle est réduit l’humain à un moyen de production et justifie ainsi la domination : la dignité de l’humain est réduite à sa capacité productrice, celui qui ne travaille pas est une charge . Au sens de Marx, il s’agit de la valeur du travail comme seule source de création de la valeur. 

 

3°-Comme Macron, les capitalistes ont toujours nié la souffrance au travail, sa pénibilité. Quand, en janvier 1974 j’ai rencontré Edgar Faure, ministre des Affaires sociales, pour demander la création d’une instance, finalement créée en 1981 par Auroux, (le CHSCT que Macron a supprimé) le patronat s’était déchaîné : « Ce n’est pas le travail qui tue, c’est les erreurs des salariés qui ne respectent pas les obligations et sont imprudents »)

 

4°- La disparition du travail : une idée à modérer selon la définition du travail. Ce qui va quasiment disparaître c’est le travail de production de biens matériels ou administratifs et financiers. Il reste à inventer d‘autres formes de travail autour de l’utilité sociale et il demeurera un travail de production peut être d’autoproduction à partir de logiciels (imprimantes 3D domestiques…). Ce texte avait été écrit en 2017, la crise sanitaire et en évidence ce besoin d’emplois pour le « soin » au sens large (le « Care » cher à martine Aubry). Or ces métiers sont aujourd’hui sous-payés et devront être revalorisés et financés.  Il y a aussi des métiers nouveaux qui vont apparaître

- De production de proximité, parfois individualisée avec les imprimantes 3D, et d’entretien, de gestion, de fabrication de ce parc, de création et d’adaptation de logiciels …

- de service, d’éducation, de soins et de culture, de loisirs …, or pour cela il faut inventer des financements car souvent, la bénéficiaire du service n’a pas les moyens de financer la prestation.

- de formation continue si on veut éviter que l’humain soit dépassé par la technique et n’en deviennent esclave dans de nouvelles formes d’exploitation que les plus riches ne manqueront pas de mettre en œuvre.

 

5°- Le travail éclaté, va aussi changer de statut : l’ubérisation et l’autoentrepreneuriat sortent du système de protection sociale des travailleurs qui deviennent des sous-prolétaires et qui sont exploités non par un contrat de travail mais par un contrat de gré à gré. De plus, le travailleur est soumis à la fois au donneur d’ordre et au client d’un autre donneur d’ordre ce qui multiplie les dépendances du travailleur tributaire de et contrôlé par 3 supérieurs.

 

 

6°- Fin des classes moyennes : Le travail qui va disparaître est notamment le travail qualifié ce qui, avec la disparition du statut salarial pour beaucoup, peut engendrer une société totalement duale si on en reste dans la logique actuelle des rémunérations : quelques scientifiques, mathématiciens et ingénieurs hautement qualifiés pour la robotique et l’intelligence artificielle et des emplois de services aux personnes qui n’ont pas les moyens de payer et donc des emplois de misère.

 

 

7°- Ceci nécessite des moyens financiers énormes (voir fiche 2) d’autant plus que le financement actuel de la protection sociale fondé sur le travail humain va fondre encore plus que les impôts sur les riches depuis 30 ans : donc il faut inventer de nouvelles ressources pour les États :

- Une cotisation sociale sur la production par les robots sous toutes ses formes (produits matériels, administratifs et financiers par ordinateurs)

- Une idée à creuser : la taxation de tous les flux financiers

- D’autres idées seront nécessaires comme la modulation du droit d’héritage à partir d’un certain montant

Cette question fait l’objet d’une fiche « fiscalité : une nécessaire remise à plat ».

 

8°- Ce travail sera un travail « éclaté », parcellisé, individualisé, d’où la nécessité d’une protection générale et garantie à chaque personne fondée sur :

- Un revenu suffisant et garanti pour tous devient une nécessité, aussi nécessaire que le SMIC, l’assurance maladie, les allocations familiales et la retraite. 

- Un code du travail pour les travailleurs avec un nouveau partage des revenus : sans réduction des inégalités, sans partage de la propriété, il n’y a pas de renouveau possible.

- Une solidarité généralisée et totale sur la base d’une Sécu qui couvrirait tous les risques, dont la dépendance, à 100% (voir fiche « Une sécurité sociale vraiment universelle »

 

9°- Dans l’organisation actuelle, le robot deviendrait rapidement le patron des humains, déshumanisés, soumis à la machine (voir déjà dans les entrepôts de Lidl). Il faut donc réaffirmer et garantir le droit des salariés et travailleurs à la dignité et à l’autonomie. Pour cela il faut non pas moins de lois mais plus de lois, un Code du Travail élargi et complété, étendu à toutes les formes de travail

 

10°- Il faut réglementer l’usage des robots, le soumettre à un contrôle public

 

11°- Solidarité élargie et complétée, formations, services à la personne, tout cela nécessite une solidarité gérée par la puissance publique et donc plus d’État et non moins d’État. De plus, le contrôle de l’usage des robots, la maîtrise de leurs capacités, de leur « intelligence artificielle » nécessite des lois rigoureuses et des moyens de contrôle ultra performant. Ici aussi il faut donc plus d’État.

 

12°- Prendre en compte l’accélération du temps : la vitesse des progrès nécessite une adaptation, une maîtrise des connaissances renouvelées tout au long de la vie car les révolutions scientifiques et technologiques ne se font plus au cours de quelques générations mais au cours d’une seule vie.

 

13°- Croire à la capacité de tous les êtres humains : aux XVème et XVIème siècles et ensuite, beaucoup d’intellectuels pensaient que tous les humains n’étaient pas capables d’apprendre à lire. Aujourd’hui certains pensent et disent que tous les humains ne sont pas capables de maîtriser l’informatique. Il faut leur démontrer le contraire grâce à la formation, à une pédagogie optimiste et bienveillante.

 

14°- Imaginer un progrès social pour tous les humains, cela veut dire un progrès social mondialisé. Pour cela, les pays aujourd’hui les plus riches, peuvent agir efficacement puisque les principaux employeurs ou donneurs d’ordre dans le monde sont des sociétés dont le siège est dans les pays riches. J’ai déjà évoqué une idée que je porte depuis 40 ans, la mondialisation des droits créés par les Comités d’entreprises à toutes les filiales, sous-traitants et fournisseurs des grands groupes européens et américains avec un membre de l’Organisation Internationale du Travail et avec une secrétaire générale adjointe des syndicats européens qui sont intéressés par l’idée. J’espère en débattre bientôt avec eux.

 

15°- Inscrire aussi cette révolution dans une volonté écologique positive, confiante dans le progrès maîtrisé et orienté vers la satisfaction des besoins et intérêts de humains : améliorer les conditions de vie sur terre tout en léguant une terre meilleure à nos enfants.

NON à la robotique qui exclut, OUI à la robotique qui libère

NON au robot qui asservit l’être humain, OUI au robot qui libère les humains des tâches pénibles, fastidieuses, répétitives.

Il ne faut pas oublier que l’adhésion au contrat social nécessite la confiance des citoyens. On voit bien que la régression sociale menace aujourd’hui la démocratie y compris en Europe.

Pour consolider la démocratie, il faut redonner à chacun l’espoir que, même si la vie est difficile aujourd’hui, demain elle sera meilleure pour eux et que leurs enfants vivront mieux qu’eux.

 

À venir

  • Fiche 1 : Une Sécurité Sociale maladie invalidité vraiment universelle
  • Fiche 2 : Une révolution fiscale et sociale
  • Fiche 3 : Des avancées vers un contrat social universel : démondialisation partielle de productions et des échanges de biens, mondialisation des solidarités et droits humai
  • Fiche 4 : Une retraite Sécurité Sociale universelle

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