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Billet de blog 17 déc. 2014

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En descendant de la ZAD

Voilà. Avec mon pote Nicolas, on est redescendu, et c’est vraiment le mot, de la ZAD de Roybon, comme on revient d’un autre monde.

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Voilà. Avec mon pote Nicolas, on est redescendu, et c’est vraiment le mot, de la ZAD de Roybon, comme on revient d’un autre monde. Ce n’est plus « un autre monde possible » mais un autre monde est déjà-là. Je vais tout vous raconter. Mais avant, je veux en avoir le cœur net. J’ai entendu sur France Info des choses qui m’ont intriguées et donc je recherche illico sur Google : « pierre & vacances, arnaque investisseur, perte revente ». Au hasard de ma recherche, je tombe sur ce texte :

 Les élus pro Center Parcs accueillent l’extrême droite avec les honneurs. Ca commence bien ! Enfin, j’arrive sur le site qui m’intéresse : http://forum.actufinance.fr/investissement-pierre-et-vacances-center-parcs-P219652/. Ici pas de philanthropes mais des investisseurs : « Les finitions sont très médiocres (traces de coulures sur les peintures etc...), ce qui, à 6.500 € le mètre carré en Sologne me semble pour le moins un peu... hummm, disons, inadmissible. Non? »,  « C'est donc ce que j'évoquais plus haut avec les indexations de loyers plafonnés de P&V: à proscrire. » Et c’est pourtant pas la faute de l’Etat de ne pas avoir aidé les investisseurs ! « Le bien vaudrait moins, mais c’est sans compter les économies d impôt qui peuvent aller jusqu' à 6000 € par an soit 60 0000 sur 10 ans? ». Le reste vous le lirez vous-même. Donc Pierre & Vacances se construit une belle réputation d’arnaqueur, des sous de la collectivité à ceux des investisseurs, à ce qu’on peut en lire. Ce serait donc à cette société qui perd des dizaines de millions d’euro tous les ans que certains pensent remettre les clés de leur avenir !

 On arrive donc à Roybon. C’est jour de manif’ ! De la belle écharpe tricolore, des 4x4 à cocarde, des jolie pancartes bien peintes, pas du bombage de gauchistes, du travail de pro pour les pro Center Parcs ! Mais le rôti du dimanche crépite dans le four. Les notables s’en vont. Il est midi. Certaines gens du cru pensent tenir leur revanche, abandonnés par tous les politiciens, on s’intéresserait enfin à eux. Leurs femmes, pas eux les mecs, pourraient trouver du travail, on va s’en sortir ! La veille, sur le marché de Vienne un ancien du PC me dit « Tu comprends il y avait 2000 personnes à Roybon à manifester pour l’emploi ! ». « C’est bien Jean ! » dis-je en baissant la tête. Et nous comment on va faire pour monter à la ZAD. C’est pété de bleusaille… Nicolas me dit, « T’inquiète, on va pouvoir passer. ». On s’était déjà fait arrêter à 10 bornes avant Roybon. Sous le képi, un œil suspicieux mais attentif avait pu voir des dizaines de kg de légumes bio (merci Antoine et Marie-Jo !), une cuisinière, une bombonne de gaz et tout le matos qu’il faut pour aider le ZADiste dans le coffre de la bagnole. Il me dit : «  Va falloir, jouer carte sur table ! ». On tourne, on visite la campagne, on a pu échapper aux contrôles. Nous y sommes presque. Plus que 1 km et demi. Une Mégane bleu marine barre la route à un croisement. Ils sont 4. Ils nous nous intiment l’ordre de nous arrêter. On obtempère. L’un d’eux nous filme, les plaques de la bagnole, notre gueule, le contenu, les papiers. « Où allez-vous ? » « A la ZAD. » « Ca ne sera pas possible, la voiture doit rester là mais vous pouvez monter à pied. Commencez à monter vos affaires, ce n’est pas bien loin. On est là pour empêcher les activistes (sic) de la manif’ de venir attaquer la ZAD. Si vous voulez demander un coup de main au ZADistes, ils pourront descendre vous aider à décharger. » Ambiance décontractée, les bleus en mode RP (Relations Publiques), on rigole avec eux. « Jusqu’au 18 décembre (date de la décision du Tribunal Administratif de Grenoble), il ne se passera bien. Après…» nous disent-ils.  On monte à pied, un sac dans chaque main, on  arrive au bout 10/15 minutes de marche.

A l’entrée de la ZAD*, un garçon, une fille décorent le poste de garde. Calmement, sans stress mais ça bosse bien. On se présente, se dit bonjour, bien contents de retrouver la maison forestière de Roybon qu’on avait vu investie par nos amis ZADistes lors de la manif’ du 30 novembre. Des barrières ont été dressées tout autour, la vie s’est organisée. Les travaux du chantier ont bien cessé. Une ambiance, calme, décontractée, sérieuse mais souriante, respectueuse de chacun y règne. Deux heures plus tard, on nous prévient que le barrage est levé. La voiture est déchargée. Question nourriture, ils ne manquent de rien et pour que rien ne se perde, ils ont fait des séances de stérilisation de bocaux avec l’excédent de légumes. Des gens passent dire bonjour, aider. Deux journalistes néerlandais font leur travail.

L’après-midi, on part avec une poignée de ZADistes faire le tour de la propriété et visiter un appartement-témoin. La présence des ZADistes sur le site, leur déploiement sur le terrain , leur courage face aux milices du chantier et très certainement le syndrome Rémi Fraisse y sont pour beaucoup selon l‘Association Pour un Chambaran Sans Center Parcs**. Difficile de dire cependant quel pourcentage de forêt a déjà été touché sur les 130h à aménager. Les balafres dans le paysage sont bien visibles. Triste paysage. Des chênes centenaires, rangés par centaines comme à la parade témoignent en silence de la violence de l’assaut. Sauf certains épargnés par la patte du metteur en scène mégalomane de la nature domestiquée. Par contre, aucune trace de construction, d’imperméabilisation des sols comme la création de parking ou de voirie, de bétonnage irréversible n’a été entreprise. Nous voici en bordure de clairière, un poste de guet. Pas sûr que les futurs proprio apprécient le toit en forme de bâche PVC noir à la forme vaguement avachie.  Avec Nico, tout sourire, on file un coup de main pour retendre tout ça. Au bout de deux heures qu’on n’a pas vues passer, entre rigolades, entraide naturelle, sans hiérarchie ni pression, la couverture a pris une bonne gueule. Elle semble prête pour affronter la pluie et la neige. Puis, on part visiter un autre poste guet. Celui-là est beaucoup plus élaboré. Plancher, 15 m², structure bambou et deux magnifiques miradors à au moins 8m du sol. Un pont de singe relie les deux. De la belle ouvrage. Relève des équipes, amitiés qui se croisent. Frères et sœurs d’armes sans armes. Chemins boueux, Zone Humide bien nommée, on glisse sur la glaise, on rentre à la MaquiZAD à la nuit tombante. J’avais fait, il y fort longtemps, l’expérience des squats berlinois. Je retrouve à 1500 km de là et 25 ans plus tard, le même mélange fait de sérieux et de détermination.

Dans la voiture, sur le chemin du retour, je repense à cette réflexion du maire UMP de Roybon parlant des ZADistes : « je ne comprends pas ces jeunes qui ne travaillent pas... » http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/c-la-nouvelle-edition/pid7516-les-invites.html?vid=1179273 (après 8 minutes). J’ai envie de lui dire : et ces rentiers qui ne travaillent pas, ça ne vous dérange pas, hein Monsieur le maire ? C’est certain, il y a un mot que vous ignorez. C’est le mot solidarité. Quand il est dans votre bouche, c’est juste de la bonne vieille morale, de la charité, une opération de mystification sociale. Ici, c’est tout le contraire. La solidarité est une façon de vivre, un mode d’action, un mot d’ordre. Les ZADistes ne travaillent pas et n’ambitionnent pas de postuler pour une place d’animateur dans un Center Parcs soi-disant payé 80€ par jour ou de quémander pour un boulot d’agent d’entretien, deux fois 5 heures pour faire les chiottes (le vendredi et le lundi) payées 240€ par mois ! Ils ne travaillent ils pas mais abattent un boulot énorme en préservant la nature, en dénonçant la collusion pouvoir de l’Etat et intérêts privés, en s’opposant par leur présence à la violence des fausses évidences d’un progrès répressif, régressif. Ils ont des amis qui viennent leur porter le nécessaire dont ils besoin. Tous nous l’on dit : « On vit le plus sobrement possible. On vit avec très peu ». Ils n’ont pas besoin de 4x4 rutilants et immaculés pour arpenter la campagne. Ils marchent lentement avec leur chien. Partout ils sont chez eux. Ils sont engagés sans arrogance. Ils ressemblent à JB, un gamin cabossé par la vie, un sourire radieux scotché à la bouche. Comme beaucoup d’autres, il a trouvé ici 1000 raisons de vivre. Sur fond de Jean-Roger Caussimon, « Les Cœurs Purs », « La Commune est en lutte » et « Bordel à cul », je referme ici le compte-rendu d’une journée bien remplie.

** http://zadroybon.wordpress.com/

* http://www.pcscp.org/

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