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Billet de blog 9 janvier 2026

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Walking dead à l'aéroport de Nantes

Lundi 5 janvier 2026. 22 heures. L'aéroport de Nantes ferme à cause d'une tempête de neige. 2000 passagers restent bloqués dans l'enceinte. Ambiance Walking dead.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Couloirs du 1er étage © E. Sexby
Illustration 2
Rez de chaussée © E. Sexby
Illustration 3
Sur les tapis à bagage © E. Sexby
Illustration 4
Sur le tapis bagage © E. Sexby
Illustration 5
Couloir du 1er étage © E. Sexby
Illustration 6
Couloir du 1er étage © E. Sexby
Illustration 7
Comptoir d'enregistrement © E. Sexby
Illustration 8
Doudou © E. Sexby

JOUR 1. Lundi 5 janvier 2026. Finies les vacances en Bretagne. Il est 18 h 30. Je suis à l’aéroport de Nantes-Atlantique. Je viens de passer les contrôles de sécurité. J’attends dans le hall 46 mon embarquement sur le vol Ryanair vers Marseille prévu à 19 h 55. Je suis bien en avance ! Sur l’écran des départs, le vol est marqué « Retardé ». Attendons...

20 h 50. Un mail de Ryanair m’informe que mon vol est reporté à 21 h 15. Ouf ! On va partir... Nousn sommes une centaine de passagers à passer le comptoir d’embarquement pour attendre dans le couloir vitré avant de monter dans l’avion. Il est là, dehors, portes fermées, immobile sous des bourasques de neige… Brrr… Le temps passe… Debouts car il n'y a pas de siège dans le couloir, pn attend sagement. 

22 h. Une annonce dans les hauts-parleurs nous annonce que tous les vols au départ de Nantes sont annulés pour cette nuit et nous invite à quitter l’étage d’embarquement pour rejoindre le rez-de-chaussée. Tout le monde s’exécute dans l’attente de plus d’informations.  

22 h 15. Un nouveau mail de Ryanair m’informe que mon avion décollera demain à 10 h. Côté aéroport, aucune info. Le comptoir d’information est submergé par les passagers. L’unique hôtesse présente, très aimable, nous confirme qu’elle ne sait rien et nous invite à aller au comptoir de notre compagnie aérienne. Mais Ryanair n’a pas de comptoir. C’est en parlant avec d’autres passagers que j’apprends qu’il faut s’adresser au comptoir d’Avia Partner, sous-traitant local de la compagnie… où il n’y a de toutes façons personne pour nous renseigner. Bon. Que faire ? Les bus ne fonctionnent plus et les rares taxis sont assiégés. Et pour aller où ? Chercher un hôtel ? Solliciter les amis ? Et comment revenir demain pour 10 h s’il n’y a toujours pas de moyens de transport. Un SMS de Ryanair m’informe qu’ils cherchent un moyen d’héberger leurs passagers et qu’ils me tiendront informés.

Je choisis donc de rester (est-ce vraiment un choix ?). J’ai faim et soif. Mais il y a au moins 200 personnes à faire la queue devant l’unique brasserie encore ouverte…

Minuit. Aucune nouvelle de Ryanair. Cela fait bientôt deux heures que je traverse l’aéroport de long en large en trainant ma valise avec mon sac sur le dos. Petit à petit, je reconnais des visages, hagards comme doit être le mien. On se sourit, avec les yeux éberlués qui regardent ailleurs. Les corps encombrent de plus en plus les couloirs où les gens se couchent à même le sol, sur les tapis bagages ou sur les rares chaises disponibles aux comptoirs… Quelques privilégiés ont réussi à bénéficier d’un matelas en mousse. Dans un hall, Je trouve deux sièges contigus pour m’allonger. La barre de séparation m’attaque les lombaires. Dans un brouhaha sonore, je m’endors…

JOUR 2. Deux heures du matin, deux agents de la protection civile passent et distribuent bouteilles d’eau et couvertures bienvenues car il commence à faire très froid. Rien à manger par contre… Je dors à nouveau par à coups, réveillé par des cris, des rires ou des engueulades plus ou moins lointaines…  Le temps passe. Le mal de dos me fait quitter ma place et je repars déambuler dans les couloirs. Je photographie mes compagnes et compagnons de galère.

8 heures du matin. Un SMS de Ryanair m’informe qu’il n’ont pas trouvé de solution d’hébergement, que je suis autorisé à chercher par mes propres moyens et qu’ils me rembourseront de mes frais s’ils sont « raisonnables ». J’apprécie ce dernier mot. Mais à 8 heures du matin, le SMS vient un peu tard.

Sur les panneaux d’affichage, mon vol programmé à 10 heures est indiqué « Retardé ». Il le restera jusqu’à l’annonce à 14 heures via les hauts-parleurs de l’aéroport que tous les vols sont annulés pour la journée et que l’aéroport va être évacué. Cette fois, c’est le pompon ! Nous voilà dehors les pieds dans la gadoue alors que les bus ne fonctionnent pas. Les quelques taxis sont submergés. Certains autour de moi sollicitent un VTC mais les prix ont explosé ! 130 euros pour rejoindre le centre de Nantes… Mais où se loger ? Un SMS de Ryanair m’informe qu’ils cherchent un moyen d’hébergement ! SMS qui sera suivi une heure plus tard d’un second, identique à celui d’hier indiquant qu’ils me rembourseront de mes frais s’ils sont « raisonnables ». Humour répétitif !

Finalement, je sortirai de cette galère grâce à un ami qui viendra me récupérer, m’hébergera pour la nuit et m’accompagnera le lendemain  (JOUR 3) à l’aéroport. Je décollerai finalement le mercredi à 12 heures dans un avion à moitié vide (ou à moitié plein si vous préférez). Cela m’a permis de regarder les information télévisées locales où la chargée de communication de Vinci, gestionnaire de l’aéroport, se flattait de leur excellente gestion des règles de sécurité. Le journaliste qui l’interrogeait aurait pu s’inquiéter des conditions faites aux 2000 passagers en galère. L’un comme l’autre n’en ont pas dit un mot. Aucune humanité de leur part pour les enfants, les femmes enceintes, les personnes handicapés… ces 2000 passagers qui ont vécu une nuit digne de Walking Dead.

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