Sur la cause du tremblement de terre en Ardèche et ses suites nucléaires

La centrale nucléaire de Cruas a-t-elle été impactée par le séisme du 11 novembre ? Son redémarrage, prévu demain, est reporté à décembre... Et on apprend ce soir, via Le Point, que des sismologues évoquent la possibilité d'une origine humaine du séisme. Explications.

 Le 11 novembre, la commune du Teil en Ardèche était victime d'un tremblement de terre d'une magnitude de 5,4 sur l'échelle de Richter, dont l’épicentre est situé à seulement douze kilomètres de la centrale nucléaire de Cruas. Dans les heures qui suivirent, on apprenait que les sismologues se demandaient si le séisme ne s’était pas en réalité produit sur une faille jusqu’alors inconnue des scientifiques. Ce qui nous a étonné, c’est qu’on pense que la faille des Cévennes produit des séismes décrochant, analyse le sismologue Jérôme Vergne qui ajoute que les premières analyses des données du tremblement de terre d’hier montrent un mécanisme inverse avant de conclure sur deux possibilités : soit la faille des Cévennes était mal comprise, soit le tremblement de terre provient d’une autre faille, encore inconnue jusqu’alors [Lire ici]. Voilà de quoi s’inquiéter face aux affirmations du lobby nucléaire français qui, depuis quarante ans, nous vante la prise en compte des risques sismiques lors de la construction des centrales. Il y aurait là une faille et leurs études géologiques ne la connaissaient pas ! Ca fait un peu froid dans le dos !

Centrale nucléaire de Cruas la nuit © Lodama - Licence CC (Wikipedia) Centrale nucléaire de Cruas la nuit © Lodama - Licence CC (Wikipedia)
Mais il y a mieux. Dans un article publié ce 14 novembre, Le Point révèle que le tremblement de terre pourrait avoir une origine humaine et être lié à l'exploitation d'une carrière du groupe Lafarge qui a récemment obtenu une autorisation d’extension de son exploitation. Les arguments sont sérieux. Le tremblement de terre est survenu entre un et deux kilomètres dans la croûte terrestre. Or, c'est très étonnant pour un pays comme la France où les séismes se situent généralement entre 5 et 20 kilomètres de profondeur. Une faible profondeur est une particularité que l'on retrouve lors des séismes induits par l'activité humaine », souligne Jean-Robert Grasso, membre du laboratoire ISTerre (université Grenoble-Alpes), qui juge étrange de retrouver des traces de failles visibles en surface pour un séisme de cette intensité. Les sismologues seraient également étonné du très faible nombre de répliques, ce qui est anormal après un choc principal d'une magnitude de 5 [Voir ici]. Si cette hypothèse était confirmée, l’incurie de l’administration, totalement imprévoyante, serait alors à son comble…

La situation à la centrale de Cruas ne semble pas au beau fixe.

Dans les heures qui suivirent le tremblement de terre, la préfète du département de l’Ardèche s’empressait d’indiquer sur BFM TV qu’aucun dégât n’avait été constaté sur la centrale nucléaire. Pourtant, dès le lendemain avec le même optimisme de la volonté, EDF décidait de suspendre momentanément la production des réacteurs, des “vibrations” ayant été enregistrées qui nécessitent de procéder à des contrôles complémentaires et préventifs [Voir ici].

Dès le lendemain, se voulant rassurant, un porte-parole d’EDF annonçait que le redémarrage de la centrale était programmé pour vendredi (demain) après un « audit approfondi », les équipes restant mobilisées sur place pour passer en revue l’ensemble des systèmes de sûreté ». « On s’attelle à être bien certain d’être pleinement confiant dans nos installations avant le redémarrage », avait-il conclu [Voir ici].

La confiance dans les installations de Cruas est-elle encore de mise ? Dans un communiqué anodin évoquant sa production d’électricité sur l’ensemble de l’année, EDF a annoncé ce matin qu’EDF poursuivait ses contrôles sur les réacteurs de la centrale de Cruas avec l’objectif de les terminer sous une semaine. Les résultats seront ensuite transmis à l’Autorité de Sureté Nucléaire (..) EDF prévoit maintenant un redémarrage progressif des réacteurs de Cruas dans la première quinzaine du mois de décembre [Lire ici]. Quels dégâts réels a subi la centrale ?

Soyons vigilants.


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