SECURITE ROUTIERE : BUSINESS POLITIQUE OU INCOHERENCE

Le permis de conduire est régulièrement mis en avant comme un frein au début de vie des jeunes adultes. La sécurité routière est régulièrement mise en avant des préoccupations nationales. La réalité montre que rien n'est fait pour que ces thèmes n'aillent plus loin que le simple exposé politique.

SECURITE ROUTIERE

BUSINESS POLITIQUE OU INCOHERENCE

 

Les éléments présentés ici ne prétendent pas être exhaustifs.

 

  1. La réforme du diplôme d’enseignant de la conduite.
  2. ANTS.
  3. CISR.
  4. Labellisation/certification.
  5. Manipulation des chiffres.
  6. Sécurité routière grande cause nationale.

1. La réforme du diplôme d’enseignant de la conduite.

En 2016 le brevet pour l’exercice de la profession d’enseignant de la conduite et de la sécurité routière (BEPECASER) est devenu titre professionnel d’enseignant de la conduite et de la sécurité routière. Il est ainsi passé de niveau bac à bac+2. Prérequis pour avoir accès à l’autorisation d’enseigner délivré par les préfectures

L’examen est désormais validé par un jury privé, choisi par le centre de formation.

L’Etat n’organisant plus cette épreuve, chaque centre de formation peut ainsi former plusieurs promotions par an (au lieu d’une seule auparavant).

Point positif : les candidats en formation sont « déduits » des chiffres officiels du chômage.

Point incohérent : saturation d’un marché bancal.

La revalorisation professionnelle (dont notre métier a besoin), avec l’augmentation du niveau scolaire équivalent, permet alors d’accéder (pour les titulaires du CCP2) à la formation en entreprise.

Point positif : revalorisation du diplôme.

Point incohérent : la sécurité routière en entreprise est l’apanage d’entreprises spécialisées déjà implantées. Le challenge s’annonce rude.

Revalorisation salariale.

En augmentant l’équivalence scolaire du titre professionnel, la grille indiciaire a été revue pour permettre d’accéder à l’échelon 9 (contre échelon 3 pour un BEPECASER).

Point positif : améliorer les conditions salariales souvent cantonnées, en province à des niveaux débutant au SMIC.

Point incohérent : dans un contexte politique où le « coût du permis » est stigmatisé et où la concurrence (loyale ou non) est encouragée, il devient délicat pour une entreprise de payer mieux tout en baissant ses tarifs.

2.  ANTS.

Après faëton (qui a coûté entre 40 et 50 millions d’euros avant d’être abandonné), l’Etat met en place un système de dématérialisation des démarches d’inscription aux examens du permis de conduire (entre autres). Ce système, mis en place dans des départements pilotes en juin 2017, a été étendu définitivement le 6 novembre 2017.

De bugs en bugs (malgré la période préparatoire), ce système est géré par 3 informaticiens (pour toute la France) et les CERT représentent une petite cinquantaine de personnes (pour toute la France également, source : délégué au permis de conduire du Puy de Dôme).

Messieurs Barbe et Ginefri (au congrès de l’UNIC en novembre 2017) se gaussent en parlant de fantasmes et annoncent une résolution des problèmes pour « dans deux jours »  (c’est un fantasme, mais ça va être résolu !).

Point positif : harmonisation des pratiques administratives.

Points incohérents : difficultés pour l’usager final (auto-école ou particulier), le service devient payant si réalisé par un professionnel (exemple : cartes grises). Il devient chronophage pour les établissements d’enseignement. Les clients, parfois mécontents, s’en prennent aux établissements. D’un autre côté, service payant signifie entrée de TVA dans les caisses de l’Etat…

 

3. Comité interministériel de sécurité routière.

Alors que le chiffre officiel fait état de 95% d’accidents ayant pour origine le comportement humain, le CISR du 9 janvier 2018 n’émet aucune mesure favorisant la formation ou impliquant les auto-écoles.

La mesure la plus emblématique (peut-être un arbre qui cache la forêt) est de réduire la vitesse maximum sur les routes à double sens.

S’il est indéniable qu’un accident survenant avec 10km/h de moins causera moins de dégâts, le premier ministre a déjà prévu (source : compte twitter du premier ministre) une hausse des recettes liées à la verbalisation.

Point positif du CISR : je cherche toujours.

Points incohérents : les établissements d’enseignement de la conduite ne sont pas utilisés activement, ne sont pas sollicités ; le besoin d’éducation et de formation est passé sous silence ; les recettes supplémentaires sont déjà prévues.

4. Labellisation/ certification.

Dans un contexte ou il faut redorer le blason de notre métier cette labellisation (gratuite) ou certification (payante) permettra aux établissements répondant aux cahiers des charges de se voir attribuer un label.

Les critères, plus exigeants que l’actuel agrément préfectoral, rendent ce dernier presqu’obsolète.

Point positif : reconnaissance des établissements.

Points incohérents : obsolescence programmée de l’agrément, donc porte-ouverte aux moniteurs indépendants et aux plate-formes ; quel besoin de label pour les établissements qui ne font que du permis B ? Les clients ne sauront rien du cahier des charges et continueront à ne voir que le prix (leitmotiv gouvernemental, surtout en période électorale).

5. Manipulation des chiffres.

Le taux de réussite, cher aux associations de consommateurs sont toujours latents. Mais qui va oser développer cette idée et l’élargir :

-         Géographiquement ;

-         Par IPCSR ;

-         Et les plate-formes ?

-         Et les candidats libres ?

Incohérence : vouloir appliquer une contrainte tronquée à des établissement implantés suivant les règles, mais pas aux acteurs illégaux et/ou déloyaux.

           

La Méthode Nationale d’Attribution des places d’examen.

Evoluant au fil des ans, présentée à chaque fois comme la panacée, la nouvelle équation miracle, les coefficients ne cessent de baisser. Résultat : le nombre de place attribuées n’augmentent que grâce au travail de qualité des établissements.

Point positif : …

Point incohérent : les établissements font l’effort sur les première ou deuxièmes présentations afin de conserver une bonne population de référence. Quid des B+ ? Obligation de réussir ou de mettre le pied dans la spirale infernale ? La pression est sur les entreprises, mais pas sur le besoin de formation des élèves.

6. Sécurité routière : grande cause nationale.

Alors que nos établissements ne sont pas impliqués dans cette action, l’Etat laisse proliférer tranquillement des acteurs plus ou moins douteux, des illuminés du low-cost, des formateurs ayant décidé d’eux-mêmes qu’ils pouvaient  « vendre » des leçons de conduite (sans agrément préfectoral comme le prévoit le Code de la route, voire même sans diplôme).

Aucune action d’envergure n’est mise en place par l’Etat pour faire respecter la loi : contre les moniteurs indépendants, les plate-formes, l’exercice illégal et déloyal.

Comment se fait il que monsieur Barbe déclare illégal l’exercice sans agrément, mais que les chambres de commerce et les URSSAF aient l’autorisation d’enregistrer une telle activité ?

Comment se fait-il que notre activité soit soumise à une TVA de 20% alors que les politiques reconnaissent que c’est un « produit de première nécessité » ? Acadomia, dans le domaine de l’enseignement bénéficie d’une TVA à 10%.

 

 

On pourrait, à loisir, développer les boulettes de la réforme 2016 du code de la route, les collusions entre notre bon président, ses amis, et les excellents startupiens, les réponses vaseuses aux multiples courriers adressés par EECR à une floppée de « responsables », les fins de non-recevoir dans le même domaine, les yeux écarquillés de certains qui ont bien voulu nous recevoir (avouant leur incompétence, y compris, et c’est quand même grave, un ancien premier ministre).

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