Malhonnêteté intellectuelle raciste : crier à la cathophobie et nier l’islamophobie

Eric Zemmour, Franz-Olivier Giesbert, Eric Ciotti, Roland Hureaux, Christine Boutin, Marc Le Fur,

cathophobie

Toutes ces personnes ont utilisé et donc défendu la légitimité du terme de cathophobie. Beaucoup d'autres l'ont certainement fait. Il est intéressant de noter qu'il existait même il y a quelques années une initiative de députés voulant créer un délit de cathophobie. (Le Figaro)

Ceux et celles qui utilisent le terme de Cathophobie ne peuvent pas logiquement estimer que l'islamophobie est un concept dénué de sens : en estimant que les catholiques étaient visés en tant que communauté et victime de stigmatisation, à l'occasion de quelques débats remettaient en question les pratiques catholiques toujours en vigueur dans nos institutions pourtant laïques (crèches ; écoles sous contrat, concordat...), comment dénier aux musulmans (pour qui le gouvernement crée et assume des lois répressives et de contrôle, pour qui de nombreux actes de rejet et de haine sont observés chaque jour) le droit de se sentir stigmatisés en tant que communauté et donc de parler d'islamophobie ?

Le terme d'islamophobie a été créé dans les années 1910 par un chercheur de l'administration coloniale française. Il a acquis au fil du temps une reconnaissance internationale puisque la recherche anglo-saxonne, l'ONU, et beaucoup d'autres l'ont emprunté. Le terme fait aujourd’hui consensus chez les spécialistes historiens, politologues et sociologues. Il désigne un phénomène dangereux pour la cohésion et la sécurité nationale : des recherches indiquent qu'il existe même une corrélation entre Islamophobie et radicalisation jihadiste. L'intolérance nourrit la violence. (cf Cédric Mas) Il va donc sans dire que le gouvernement de Macron joue un jeu très dangereux et contre-productif dans sa prise de position et surenchère islamophobe suite à l'assassinat de Samuel Paty.

Le terme de cathophobie (en parallèle au concept de racisme anti-blanc) a certainement été utilisé et défendu par beaucoup d'autres qui seront ainsi discrédités quand ils ou elles auront la malhonneteté intellectuelle de renier aux musulmans (et à tous ceux qui soutiennent leurs droits) la possibilité d'employer le terme d'islamophobie.

Les termes de victimisation et de société victimaire reviennent régulièrement sur les plateaux de télévision et permettent de discréditer les minorités qui cherchent à s'émanciper et à faire cesser les discriminations, car pour cela ces communauté ont besoin de s'organiser, de nommer et de mesurer les discriminations subies. Certain.e.s emploient ces termes pour nier la parole et l'expression de communautés auxquelles elles n'appartiennent pas, mais n'utilisent évidemment pas ces termes pour les combats qu'elles portent et qui leur semblent légitimes. Ainsi Caroline Fourest se permet ainsi sous couvert d'universalisme de défendre le féminisme, mais s'oppose à l'anti-racisme quand il est porté, détaillé et dénommé par les personnes concernées avec leurs propres mots et concepts.

Pourtant il est fort intéressant de constater qu'en France, où la tradition catholique persiste très fortement malgré plus d'un siècle de laïcité suite à la loi de 1905, et où personne ne se voit refuser ni logement ni emploi pour son catholicisme, plusieurs pages twitter, pages facebook, et associations ont été créées afin de dénoncer une certaine cathophobie. Qui fait alors preuve de victimisation, le groupe majoritaire, blanc, de culture catholique, qui a l'impression de souffrir quand son monopole culturel, économique et social est remis en question, où les minorités discriminées dont la marginalisation est flagrante ?

Le ciblage et l'attaque des musulmans révèle le double discours et l'hypocrisie dont font preuve ceux qui prétendent que l'islamophobie n'existe pas et est un concept dénué de sens. Les atteintes à la liberté de culte imposées aux musulmanes à travers le voile (et bien plus) causent également du tort (bien moindre) à la religion majoritaire : parfois (c'est rare) certaines sœurs catholiques se voient ainsi exclues parfois du système, comme fin 2019 à Vesoul quand une sœur s'est vue refusée l'accès à une maison de retraite si elle ne retirait pas son voile. Il est intéressant de souligner que le maire (A. Chrétien...) se soit engagé "personnellement" à lui trouver une place ailleurs si elle le souhaitait, ce qu'il n'aurait certainement jamais proposé à une musulmane discriminée pour son port du voile (et dont l'histoire n'aurait de toute manière pas été médiatisée car tellement fréquente et si peu appuyée par le système politico-médiatique).(Le Point)

Mais il serait peu risqué de parier que les sœurs catholiques se voient manifester de rejet lié à leur voile bien moins souvent que les musulmanes - qui portent le voile dans un pays où les médias (détenus par des milliardaires qui ont médiatisé notre président actuel et l'ont fait élire ; lire Crépuscule de Juan Branco) ont adopté une ligne identitaire et sécuritaire très inquiétante pour toutes les minorités. A commencer par la minorité juive dont Gérald Darmanin loue et porte en exemple la politique Napoléonnienne du début du 19ème siècle visant à "régler les difficultés touchant à la présence de dizaines de milliers de juifs en France" et de "les rendre citoyens utiles" (Médiapart). On ne recense d'ailleurs à ce jour aucun cas de dévoilement forcé, d'arrachage de bonne sœur, phénomène dramatique et très inquiétant qui s'est déjà reproduit de nombreuses fois envers des musulmanes portant le hijab.

L'écueil entrainé par l'utilisation du terme de cathophobie a d'ailleurs bien été pressenti par une personnalité aussi rétrograde et dangereuse qu'Elisabeth Lévy (qui nie notamment le réchauffement climatique). En réponse aux accusation de cathophobie, face à l'affaire de la sœur de Vesoul, elle indiqua alors ouvertement qu'on ne peut accepter le terme de cathophobie pour ensuite refuser celui d'islamophobie, car ce serait une preuve de mauvaise foi. Les racistes font ainsi le pari stratégique de ne pas se victimiser ouvertement, ou en tout cas le pari de ne pas employer un terme qui pourrait leur être reproché ensuite quand ils nieront à d'autres (dont la discrimination et les attaques sur la base de leur religion sont infiniment supérieures) la possibilité de nommer et d'expliciter l'injustice et le racisme qui leur est fait.

Pour cela Elisabeth Lévy indique une solution rhétorique toute trouvée en faveur des racistes de tous bords : il suffit simplement de considérer le catholicisme et la culture dominante non pas comme une minorité parmi d'autres, mais comme le socle de notre société, notre dénominateur commun, (assimilable à l'universalisme français ?). (Le Figaro) Ainsi Le Figaro titre : Élisabeth Lévy : « Les cathos ne peuvent pas être une minorité parmi d’autres ! » impliquant que ceux-ci seraient "l’âme de la France", et seraient plus authentique, plus légitime, et majoritaire de droit. Cela revient ainsi à demander d'inscrire les racines judéo-chrétiennes dans les lois françaises afin d'assurer leur supériorité, mais cela ramènerait alors la France à la question de la laïcité, pourtant si chèrement brandi pour s'opposer aux musulmans et à leur intégration pleine dans la société. La boucle est bouclée ?

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