Confirmé : l’armée française tue 19 personnes dans un mariage, quelles conséquences ?

L'information est finalement bien confirmée par l'ONU, après avoir été démentie avec vigueur par l'Armée Française : 19 personnes (civils) ont été tués lors d'un mariage au Mali, le 3 janvier.

Au 21ème siècle, à l'époque des hautes technologie, des communications instantannées et de l'hyperinformation, il avait fallu attendre deux jours pour voir apparaître dans les médias un premier traîtement de la frappe militaire controversée dans le centre du Mali survenue dimanche, à proximité du village de Bounti, qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes.

Tabital Pulakuu, une association pour la promotion de la culture de l’ethnie peule, faisait état la première d’une « frappe aérienne (ayant) coûté la vie à une vingtaine de personnes civiles au moins » au cours d’un mariage. Des témoignages de villageois recueillis par l’Agence France-Presse (AFP) ont accrédité ce récit.

L‘armée française s'exprimait deux jours plus tard, le 5 janvier, suite aux remous observés sur les réseaux sociaux : une patrouille d’avions de chasse a frappé à l’ouest d’Hombori (donc dans le même secteur) un rassemblement de djihadistes préalablement repérés après une opération de renseignement de plusieurs jours.

Les villageois, eux, avaient dénoncé une frappe d’hélicoptère en plein jour, qui a semé la panique dans une foule rassemblée selon eux pour un mariage. Cela « a été le sauve-qui-peut. Je me suis retrouvé en brousse mais j’ai perdu deux frères », a dit Ahmadou Ghana. « L’hélicoptère volait très bas, au point qu’on croyait qu’il allait survoler le village », a abondé un autre villageois, Mady Dicko. Ils indiquaient alors « nous n’avons vu aucun représentant des autorités. Alors, ce matin, on a creusé une fosse pour mettre les corps, qui sont restés là depuis dimanche sans que personne n’y touche », a dit Mady Dicko. Les corps « ne sont pas identifiables, ce sont des restes de corps, des morceaux de corps humains éparpillés », a rapporté un autre villageois, Hamdoun Baouro Sy. « Nous aimerions que les autorités viennent au moins nous dire à qui appartient l’hélicoptère, qui a tué nos parents. »

C'est un tollé pour l'Armée et pour la France : le Minusma a remis le 30 mars, trois mois après les faits, un document de trente-six pages réalisé par la division des droits de l’homme de la mission onusienne. Les quinze enquêteurs de l’ONU, appuyés par deux experts de la police scientifique des Nations unies et protégés par les casques bleus, assurent par ailleurs dans leur rapport, être « en mesure de confirmer la tenue d’une célébration de mariage » de 9 heures à 15 heures, le jour de la frappe sur un lieu situé à 1 km de Bounti, dans une zone semi-arborée. 

Plusieurs questions viennent à l'esprit :

Quelles conséquences pour ceux qui ont perpétué ce massacre ?

Devrait-on parler de "violences militaires" comme on parle de "violences policières" ?

Pourquoi cette information ne fit-elle pas la une des médias ?

Si vingt personnes ("civils") avaient été tuées à un mariage en France métropolitaine, en Corse ou en Guadeloupe, l'information ne remettrait-elle pas fondamentalement en cause les actions de notre armée ?

Pourquoi, en début d'année, la mort des 2 soldats français au Mali a-t-elle été plus médiatisée que la mort de 20 personnes ? Car elles ne sont pas françaises ?

N'est ce pas là une belle preuve d'ethnocentrisme et de néocolonialisme ?

Comment la France peut-elle prétendre lutter contre le terrorisme quand ses armées agissent ainsi et fomentent certainement les terroristes de demain ?

Etant donné qu'il est établi que les innombrables bavures et dérives de l'armée américaine en Irak ont largement fomenté la création de l'Etat Islamique, la France ne joue-t-elle pas un jeu risqué ?

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