Reprenons la séquence de BFMTV du 9 janvier 2017, au cours de laquelle Mélenchon appelle les banques à financer le front national au point d'invoquer la pitié des établissements financiers.
Comment s'articule ce moment politique ?
Mélenchon amène sa déclaration par une évidence pour nombre de gens, d'autant plus qu'elle les renvoie à leurs incessantes difficultés quotidiennes : les banques n'ont pas de morale.....Comprendre plus largement, le monde de la finance est immoral, n'a pas de cœur.
Le contexte affectif est ici posé et l'émotion se développe chez l'auditeur : colère, sentiment d'impuissance, jalousie, frustration,....
A ce moment-là, davantage accaparés par leur émotion que lucides et attentifs, les auditeurs renvoyés à eux-même reçoivent de Mélenchon une description du front national très incomplète, uniquement envisagée sous deux angles "positifs", peut-être rassurants : le parti n'est pas interdit par le système, par la société......il a des élus........
Ces arguments sont de choc, en particulier lorsqu'on est électeur du fn......
Dans cette description n'apparaissent délibérément pas ce pour quoi le front national est surtout connu : ses idéologies. Il est néo-fasciste, anti-démocratique, anti-parlementaire, fréquenté par des néo-nazis, identitaires, xénophobes, négationnistes.......Il constitue un danger, ses principes s'opposent à la nature même du traitement que Mélenchon réclame pour lui : la démocratie, la morale.
Puis vient la chute : "ayez pitié du front national"..........
Une imploration que nombre d'auditeurs débordés par leurs affects soigneusement amenés et soignés (les banques n'ont pas de morale, le fn n'est pas interdit, il a des élus) vont adresser pour eux-mêmes et, de fait, s'indifférer de l'énormité de l'intervention de Mélenchon ou l'admettre......au nom de la démocratie !
Voilà un exemple de mise à profit, de manipulation, des affects par temps de graves conflits politiques et sociaux....