Il ne fait plus de mystère à tout un chacun que, depuis maintes années désormais, l'accusation d'antisémitisme brandie par les néo-conservateurs contre celles et ceux qui dénoncent et condamnent non seulement la politique désastreuse d'Israël et de ses alliés divers à l'encontre des Palestiniens, mais aussi les incursions impérialistes de ce petit monde dans la région et ailleurs, constitue une arme de choc psycologique fort efficace qui assome l'accusé pourtant innocent, à son corps défendant. Celui-ci est immédiatement renvoyé implicitement aux responsabilités des crimes indicibles commis au milieu du XXe siècle, mais aussi à la chape de plomb psychique, morale, qui continue de travailler au corps nos sociétés qui ont naturellement le plus grand mal à se dépêtrer de leur passé.
Par un processus d'amalgames et de raccourcis stupéfiants, l'accusation d'antisémitisme, voire de nazisme, est également lancée à la figure des arabo-musulmans de France et d'ailleurs par la nouvelle hydre xénopho-islamophobe, occidentale, qui de la sorte, tente de convaincre les consciences que tuer leurs congénères et coreligionnaires en Afrique ou au Moyen-Orient relève en vérité de l'hygiène humaniste (abattre des monstres et non femmes, hommes et enfants), certainement pas de crimes contre l'humanité perpétrés dans le cadre de guerres coloniales..
Cette façon politique de procéder appartient à toute une série d'éléments de langage élaborée dans le but de faire taire sur le champ, définitivement, l'interlocuteur, par des propos outranciers, le laissant à ce point boulversé qu'il en perd quasiment tous les moyens de répondre, de rétablir la vérité des faits, et surtout la sienne propre. En outre, le temps que l'accusé passe à persuader et prouver que nul antisémitisme ne l'habite, il ne se discute plus rien des réalités politiques des conflits.
Dans cette catégorie, il faut bien-sûr ranger la violente hargne de ceux qui, en 2005, lançaient aux opposants à la constitution européenne : "si vous n'êtes pas pour, c'est que vous êtes pour la guerre"...."si vous êtes contre, vous travaillez avec l'extrême-droite.....(le fascisme, l'antisémitisme..)".
Récemment, le procès en antisémitisme a franchi un cap. Pour rendre incontournable un vote Macron, culpabiliser les esprits égarés, renvoyer les indifférents au fascisme, il fut lancé à la figure de ceux bien décidés à ne voter ni Marine Lepen ni Emmanuel Macron au second tour des présidentielles françaises, du 7 mai dernier :
"Pour ce faire, il faut diaboliser l’ex-ministre de l’économie : les expressions “Macron l’oligarque” et “Macron le banquier” sont devenues des figures de style haineuses à l’endroit du candidat d’En Marche ! Le stéréotype du banquier cupide renvoie à la représentation du Juif cosmopolite de l’entre deux-guerres (on reproche d’ailleurs beaucoup à Macron son “cosmopolitisme”.
L'accusateur, un politiste londonien, condamne bel et bien de la sorte celles et ceux qui considèrent, par convictions politiques, loin, bien loin de toutes considérations sur la Shoa, que le néo- ou ultra-libéralisme d'Emmanuel Macron constitue un danger, un fléau planétaire, au même titre que le fascisme lepénien (1).
Accuser les oligarchies, leur égoïsme criminel, renvoie pour le politiste aux délires des antisémites mortifères des années 1930-1940, qui voyaient dans "le Juif" le comble de la vénalité, de la rapine...
Le process de notre politiste fut annoncé par Gattaz en 2016, lorsque celui-ci traita de "terroristes" les syndiqués de la CGT et autres manifestants, en pleine terreur d'attentats pour le coup réels.
Cet exemple de dépolitisation vertigineuse achève de dépeindre un groupe politique, économique et financier, disposé à user de toutes les (ultra-) violences intellectuelles, raccourcis psycologiques, psychiques, historiques, pour museler celles et ceux qui ne (en) marchent pas dans leur direction, celle du néant !
(1) https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/020517/diaboliser-macron-et-legitimer-le-pen