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Billet de blog 13 décembre 2016

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Loi sur le voile de 2004 : normaliser, même le désir....

histoire d'une vie en commun

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Parmi ceux qui justifient la loi sur le voile de 2004, certains le font moins pour un problème de laïcité à l'école que pour assurer l'assimilation des musulmanes dans la société française par le truchement des unions mixtes.

Pour ces personnes, le voile est en effet le symbole, "l'exaspération", l'outil de l'endogamie musulmane en France.

Les pères, les frères, refusent aux filles le mariage avec les hommes du "village d'à côté", ce qui constituerait un frein à l'assimilation, ce qui empêcherait les arabo-musulmanes de devenir françaises par l'adoption de l'exogamie, de l'union et l’accouplement avec quelqu'un "d'ici"..

Le voile, c'est le signe ostentatoire du refus de s'intégrer, le repoussoir sexuel à l'adresse de l'autochtone !

On comprend pourquoi certains, figés dans une telle lecture du vêtement, se trouvent tout désorientés lorsque des magasins proposent des voiles fleuris, délicatement décorés........Aucun n'irait y trouver un apparat de séduction.

En toute stigmatisation et humiliation que subissent nombre de jeunes femmes quotidiennement depuis vingt ans, les assimilationnistes durs, parce qu'ils ne veulent pas considérer la réalité de leur pays, ne voient que nécessité pour normaliser les musulmanes de France au nom, contrairement à leur ressenti, d'un anti-racisme : "dévoilez-vous et prenez nos hommes".

On déplorera cette interprétation outrancièrement réductrice et subjective du voile islamique en rappelant qu'il est bien-sûr symbole religieux, voire référence simplement culturelle. Qu'il est aussi le marqueur fort de la foi nouvelle d'une convertie. Mais aussi fer rouge intériorisé et arboré d'une assignation à identité musulmane, sur injonction d'une communauté française autochtone qui refuse catégoriquement que les musulman(e)s lui ressemblent et s'interdit de son côté impérativement de leur ressembler. Du voile signe ostentatoire du refus de s'intégrer, on passe au sceau de l'infamie, à l'étendard ostensible du refus d'accueillir autant les personnes que leurs subjectivités.

On regrettera que les personnes à ce point désolées de l'endogamie musulmane en France n'aient pas l'idée, ou le temps comme disent quelques-unes, de contextualiser les vilipendages incessants contre le foulard dans le cadre incandescent des affres et remous post- et néo-coloniaux. De rappeler que l'Islam se heurte au complexe de supériorité de certains, à la concurrence des dogmes, à l'hostilité contre l'étranger. De dire qu'ils sont contemporains d'une tentative d'établir un dérivatif puissant des désastres économiques vers des conflits identitaires. Qu'ils sont l'expression de la réaction conservatrice initiée dans les années 1970. Qu'ils illustrent la volonté d'une laïcité renforcée stigmatisant aussi la chrétienté.

Qu'est donc que cet anti-racisme de l'assimilation ? c'est dire au nouvel arrivé "fait comme nous et tu seras le bienvenu" et le corollaire "si tu ne fais comme nous, tu n'es pas le bienvenu, tu n'as aucune chance". Dès lors, qui se charge de le normaliser ? la communauté d'accueil ! Qui  n'attend pas que le nouveau venu s'acculture à son contact, des fois que par malheur elle-même le ferait au sien. Comment ? comme nous venons de le voir, par une batterie de mesures coercitives, violentes destinées à gommer les particularismes ; par une série d'injonctions radicales d'abandonner les pratiques et cultures subjectives.

Devenir Français, c'est faire, être, comme ceux qui sont là depuis longtemps et qui vivent tous pareils. Devenir français, c'est incompatible avec la préservation de la culture d'origine...c'est le système "universaliste", la République indivisible, les particularismes invisibles : état des choses fantasmé, évidemment mystificateur. Une multitude de cultures et notamment de foyers endogames existent en France et bien avant l'arrivée massive d'étrangers, liés à l'origine géographique ou sociale, professionnelle....Or, y-a-t-il des lois sur-médiatisées, votées contre ces phénomènes ? Non !

A-t-on seulement noter que ceux qui désormais font "pareil" continuent à rencontrer des problèmes ? Est-ce à dire qu'il faut aussi normaliser les patronymes, la couleur de la peau, celle des cheveux ?

En vérité, l'hostilité à tout ce qui vient de l'étranger, l'agressivité revendiquée contre la différence, constituent le paradigme premier de l'anti-racisme tel que le revendique les assimilationnistes, et renvoient à la définition même de la xénophobie. Si le nouveau venu n'accepte pas d'oublier d'où il vient, s'il ne plie pas sous l'injonction à l'identique, il est exclu, chassé...

Revenons au voile, étendard, outil fatal de l'endogamie arabo-musulmane.

A quoi procèdent en vérité les assimilationnistes les plus déchaînés qui refusent d'admettre que puisse souhaiter une certaine cohésion une communauté arrivée très récemment en France, le lendemain direct, troublé, d'une domination séculaire et de guerres coloniales barbares, et à l'heure d'un nouvel impérialisme tuant ses coreligionnaires ?

Sous couvert de progrès en tout genre, c'est bien une normalisation tous azimuts qu'ils entendent opérer. Il ne s'agit pas tant d'apporter aux autres nouvellement venus d'éventuelles solutions de vie meilleure que d'uniformiser en fonction, qui plus est, d'une représentation fantasmée de leur propre environnement : tout ce qui leur apparaît progressiste l'est en réalité parce que ça leur est subjectif, parce que cela vient d'eux et que cela ne diffère pas de ce qu'ils sont. Pas de crainte, pas de peur.

Le progrès ainsi rapporté n'est pas  forcément ce qui, correspondant à la subjectivité des gens, peut aider à mieux vivre ; le progrès est ce qui normalise et en réalité écrase les subjectivités.

La démonstration en est faite lorsque ce qu'on somme d'adopter pose problème. C'est le cas de l'affirmation d'un ancien ministre selon laquelle la colonisation (l'autre technique de normalisation, en particulier territoriale) avait "quand même" permis l'apport "d'un Etat".......un Etat démocratique ?

N'est-ce pas aussi projeter sa propre subjectivité sur la communauté des siens ? C'est le "syndrome du "serveur de couleur". Le patron d'un restaurant prétend que s'il engage des serveurs ou des serveuses de couleur, alors sa clientèle ne viendra pas...Si les femmes portent le voile,  les hommes d'ici ne seront pas attirés, présupposé fallacieux d'une volonté unanime d'une acculturation des arabo-musulmans.

N'est-ce pas enfin et surtout, dans le cas qui nous intéresse ici, d'imposer l'invraisemblable normalisation, la définition pour ainsi dire identitaire de la subjectivité, de l'essence même du désir en faveur du cadre vertigineusement réducteur des seules représentations occidentales, iconiques, de la femme et de l'homme, écrasant sans plus de souci intellectuel l'incroyable complexité phénoménologique de l'attirance d'un être pour un autre.

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