Maintes personnes affirment une recrudescence des marqueurs identitaires chez les musulmans de France.
Si la phobie de nombre d'entre elles (incapables de démontrer leurs affirmations), qu'on appellera islamophobie, leur fait décupler la réalité, comment comprendre par ailleurs un tel phénomène s'il s'avère exact ?
Rappelons d'abord, que parmi les musulmans de France, certains sont des convertis d'origine occidentale. Des sociologues, philosophes, ont compris que le ou la converti(e) peut avoir le réflexe de se parer, sans volonté aucune de prosélytisme politico-religieux, de tout vêtement symbole de sa nouvelle foi, peut-être au-delà même des us de son nouvel entourage, dans la limite sans doute également de sa subjectivité religieuse plus ou moins distanciée, plus ou moins rigoriste. L'essentiel est que l'âme, le corps tout entier, son paraître, puissent dire à la personne convertie, mais également aux autres : "vois, voyez, je suis musulman(e)" et non pas "vois, voyez, nous sommes (devenus) musulmans" comme les malins voudraient le faire admettre.
On pourra toujours arguer qu'au sein du monde musulman, des courants divers tentent d'islamiser l'Occident et tout autre partie de la terre non acquise à leur foi. Cela n'est pas d'une grande originalité. Toutes les civilisations trouvent en elles des forces désireuses plus que tout de répandre pacifiquement ou violemment tout ce qui peut les définir : religion, cultures, modèles sociaux, économiques et politiques, volonté de suprématie, de domination, populations, ....
Et à ce titre, comment ne pas songer immédiatement au plus impérialiste de ce temps, l'Occident, et admettre, qu'en France, s'il se trouve des musulmans conquérants, ces derniers sont extrêmement minoritaires et ne disposent d'aucun moyen de réelle envergure.
Pour les islamophobes, ces velléités géo-politiques de tout temps expliquent le repli identitaire des musulmans en France aujourd'hui. Mais n'occultons pas tous les phénomènes à l’œuvre ; ne nous bornons pas à la seule lecture dénonciatrice.
Les islamophobes affirment : les musulmans s'enferment sur eux-mêmes, se coupent de la société française, exacerbent leur vie religieuse ; les femmes s'habillent de plus en plus de voiles, de robes longues et autres burkinis, etc.....
Les tenues féminines sont particulièrement stigmatisées et expliquées par un poids écrasant de la spiritualité, par des violences masculine, familiale, bien davantage fantasmées que réellement étudiées.
Certains disent "ils fuient", "ils n'abordent pas les problèmes de cohabitation"
En vérité, ils tentent d'échapper à la montée très virulente d'un racisme anti arabo-musulmans, adressé in fine à tout ce qui peut venir d'Afrique, d'Orient, du Moyen-Orient, et même d'ailleurs, puisque c'est la couleur de la peau foncée, non exclusive des contrées évoquées, qui déclenche maintes fois les hostilités. Ils s'éloignent de ceux qui bombardent leurs congénères et coreligionnaires tous les jours depuis des années, des décennies si on considère les campagnes impérialistes du XXe siècles et antérieures.
Mais fuient-ils seulement ?
Un abonné racontait qu'en une époque difficile de sa vie, il aspirait à trouver un réconfort humain et en vérité des repères, des valeurs en lesquelles il pourrait croire, auxquelles il s'accrocherait. A défaut de rencontrer l'ensemble à l'extérieur de son cercle d'origine, sa famille, c'est précisément là qu'il obtint son salut.
A l'heure de vivre les difficultés, chercher l'amour humain et des repères là où on pense pouvoir les trouver n'est pas fuir ; c'est construire une alternative aux épreuves de la vie que l'on sait devoir affronter.
Et les musulmans de France ressentent un besoin impérieux de trouver une famille et des repères en un monde qu'ils découvrent collectivement pour la première fois et qui les rejette, aussi, pour partie, peut-être parce que lui-même éprouve des difficultés en cette situation inédite.
Ainsi, il est normal que certains musulmans de France, par une démarche tout à fait pacifiée, aient recours aux leurs et à tout ce qu'ils pensent pouvoir faire symbole de leur origine, sans pour autant que ces derniers conservent leur subjectivité initiale, politique, religieuse.. Ainsi, porter le voile n'est pas tant confesser l'ilsamité que revêtir un signe, comme un autre, du monde d'origine.
Ce qui est présenté comme du prosélytisme par la xénophobie est en réalité un retour, bien davantage qu'un retrait, vers les racines, vers là d'où l'on vient.
Les choses seraient vite dites à éluder leur entière complexité.
Le retour de certains arabo-musulmans aux cercles, aux modes et rites d'origine, est également la victoire d'un pays d'accueil qui leur fait l'injonction, qui leur ordonne, qui les somme d'être différents, arabe, africain, oriental, musulman ; qui les contraint de pratiquer et revêtir des rites et des symboles différents parce qu'il leur refuse de lui ressembler et s'interdit de leur ressembler.
Ce que l'on se plaît à nommer "repli identitaire", c'est aussi la subjectivité de l'étranger, de la différence, celle de l'Islam en l'occurrence, que la xénophobie impose à ceux et celles qu'elle refuse d'intégrer.
Nul sujet n'est infaillible à cette intrusion violente, à cette subjectivité des origines imposée, initialement difficile à abandonner lorsque, a contrario, il souhaite changer, être autre, semblable à ceux dont il découvre l'univers.