Chères et chers adeptes de la laïcité
si ce principe est pour nous fondateur de la démocratie, soyons conscients d'un laïcisme patent, d'une haine des religions explicitement montée en programme politique, qui doivent nous inquiéter car porteurs des mêmes violence et intransigeance que les crimes de foi qu'ils dénoncent.
Qu'on l'aime ou pas, la spiritualité est subjectivité humaine. Elle fait partie de ces possibles tantôt pacifiés, tantôt violents. Dès lors, aucune raison ne saurait légitimer de s'en défaire arbitrairement et de chercher à l'effacer de la vie sociale. Car la démocratie, la loi, la liberté annoncent qu'elle soit admise ou rejetée selon qu'elle se présente apaisée ou menaçante.
Soyons persuadés que l'islam, cette religion encore très méconnue de beaucoup ici, ses problèmes de violence, n'expliquent pas entièrement cette levée de laïcisme virulent. La preuve en est que la chrétienté est elle aussi stigmatisée : seuls ses crimes servent à l'évoquer au sein de maints médias.
Si l'islam apparaît en particulier conspué, c'est, qu'issu d'ailleurs, il cristallise en bouc-émissaire les névroses des pays d'Occident. Il est le nom donné à toute une série de leurs problématiques personnelles ou relationnelles :
- la recherche et la redéfinition identitaire après la perte d'un soi territorial et narcissique avec la fin des occupations coloniales ; d'un soi spirituel et métaphysique avec la déchristianisation ; d'un soi politique, économique, social et culturel avec la construction européenne, l'internationalisation des classes dominantes, l'américanisation, le déclassement,
- les retrouvailles avec soi après les épreuves et cataclysmes de vie que furent la seconde guerre mondiale et la guerre froide : l'islam y trouve son rejet car il n'appartient pas à la représentation que nous avons de nous-même avant ces drames,
- la nécessité d'un dérivatif puissant aux injustices économiques et sociales écrasantes,
- l'impuissance d'une société native à dépasser ses graves conflits internes, à défaire les parties d'elle-même qui dominent et oprressent les autres,
- les difficultés de cette rencontre chez soi, inédite, avec l'Autre de tout horizon consécutivement à l'immigration qui s'est faite la faveur de la colonisation, de la guerre froide, mais aussi des organisations économiques européennes,
- la nécessité d'une proie à la réaction conservatrice européenne à mai 68, aujourd'hui triomphante,
- inversement, la perception arbitraire des nouvelles cultures, des nouvelles religions comme alliées objectives de cette offensive ultra-droitière,
- une arme de guerre idéologique au temps de la relance impérialiste, visant à dépeindre celui qui sera tuer comme un monstre, un être hors humanité.
D'autres phénomènes politiques expliquent la crispation laïciste : la concurrence du pouvoir financier, économique, conquérant universel, qui, s'il se concrétise dans le matérialisme, n'en est pas moins une idéologie, une véritable religion, avec ses règles de vies, ses dogmes, ses nirvanas, ses divinités, ses idéaux inatteignables.
Tous les grands totalitarismes, soviétiques, nazis, et aujourd'hui capitalistes ont rejeté violemment la religion car elle peut constituer au cœur de l'esprit humain un pouvoir qui fait de l'ombre, voir tout simplement substitutif.