C'est pourtant ce à quoi procèdent, par simplification délibérée, les propos récents du chef des Insoumis sur la tragédie des 16 et 17 juillet 1942, éminents révélateurs de la pensée populiste de gauche dont il se revendique officiellement (1).
Abordant la question des responsabilités, Mélenchon parvient à délimiter deux groupes au sein des français :
- les forces de l'ordre et les décisionnaires de la rafle, c'est-à-dire les cadres de Vichy, sont désignés coupables à juste titre : "en effet, nul ne peut contester que des Français ont été personnellement responsables du crime comme ce fut le cas, notamment, dans la police qui opéra la rafle sans exprimer la moindre protestation ni acte de résistance, mais aussi de la part de toutes les autorités de tous ordres qui se rendirent complices, soit activement, soit par leur silence, soit parce qu’elles avaient renoncé à s’y opposer de quelque façon que ce soit."
- le peuple et la nation, entendus comme la population française hormis police et décisionnaires, sont exempts de tout forfait : "Mais dire que la France, en tant que peuple, en tant que nation est responsable de ce crime c’est admettre une définition essentialiste de notre pays totalement inacceptable" (essentialiser le peuple à partir des crimes des forces de l’ordre et de l'Etat).
Nous retrouvons dans ce partage des torts la même séparation clamée haut et fort qu'opère Mélenchon lorsqu'il envisage notre époque, à ceci près qu'il affectionne davantage les forces de l'ordre d'aujourd'hui, entre un peuple, son identité et ses valeurs (la nation) innocents et un corps dominant, gouvernant, qui décide le pire et s'en prend à une partie de la population.
De la même façon qu'il tait à l'évocation de notre conjoncture les nombreux conflits populaires et complicités aux puissants qui permettent à ceux-là de mieux oppresser, Mélenchon passe largement sous silence la responsabilité d'un nombre très important de gens de ce "peuple" de 1942. Il n'est rien dit de l’antisémitisme d'une violence terrestre, aussi partagé par un nombre considérable de personnes au sein des masses populaires. Il ne fait aucun doute que ce mouvement terrible, enraciné en France depuis des décennies, fut aussi le terreau des indicibles exactions commises par les autorités d'alors. Il est difficilement concevable qu'une abominable manifestation comme "Le Juif et la France" put se dérouler par le seul fait de la haine des gouvernants.
Parmi ces gens du peuple, il est connu que certains dénoncèrent des juifs, les livrant ainsi à la mort. D'autres s'engagèrent dans la milice, cette organisation paramilitaire, supplétive de la gestapo, qui traquait tout autant les malheureux.
Est-ce cela que Mélenchon reconnaît implicitement lorsqu'il écrit " ceux qui ne sont pas juifs ne sont pas tous, globalement et en tant que Français, coupables du crime qui a été commis à ce moment-là" ?
Non, il oppose une nouvelle fois la police et les autorités décisionnaires au '"peuple français".
Il conclut en effet maladroitement son intervention considérant toujours l'innocence du "peuple" et de son "identité : "tout au contraire, par sa résistance, ses combats contre l’envahisseur et par le rétablissement de la République dès que celui-ci a été chassé du territoire, le peuple français a prouvé de quel côté il était réellement".
(1) http://melenchon.fr/2017/07/17/cela-ne-sinvente-pas/