On a eu de cesse de lire sur Médiapart et ailleurs l'agonie de la Ve République au motif que l'oligarchie des élites financières s'exacerbe, que les partis sont, à l'occasion des présidentielles, en pleine implosion ou éclosion, que ceux qui alternent depuis quelques décennies sont battus, que nous vivons depuis 2015 sous le régime de l'état d'urgence.
Rappelons d'abord que la Ve République répond aux impératifs de Sieyes élaborant les principes philosophiques et politiques du régime du nouvel Etat français, républicain, issu de la Grande Révolution, qui réfutaient toute participation du plus grand nombre au profit du seul pouvoir de ses représentants qu'il devait élire, cependant sous condition de sexe et de cens. Lesdits représentants des républiques successives se sont vite trouvés être issus des élites financières, non par application constitutionnelle ou légale, mais du fait des inégalités notamment d'accès à l'instruction. Plus tard, si le vote universel s'est imposé, le général de Gaulle a conçu la Ve pour assoir la suprématie du président sur le gouvernement et les chambres. Par la suite, comme nous le re-précise Paul Alliès, les personnels politiques n'ont eu de cesse de renforcer cet état de fait.
Pour ce qui est de l'évolution des partis, de la disqualification des deux organisations qui ont alterné depuis 1981, le Parti socialiste et Les Républicains (ex-UMP issu pour grande parti du RPR), elle n'est en rien le signe d'un effondrement des institutions, encore moins de la Constitution de 1958.
Celle-ci n'établit pas le bipartisme, mais au contraire, stipule que les partis "se forment et exercent leur activité librement". L'implosion probable du Parti socialiste, qu'Emmanuel Valls et ses amis attendent avec impatience, n'est en ce sens, pareillement, aucunement le symptôme d'un terrasement de la Ve République, mais un des aléas partidaires comme la France en a connu avant l'installation factuelle pour trente sept ans de l'alternance PS/RPR-UMP-LR
Hier, l'abstention est à hauteur de 21,7 % des inscrit(e)s sur les listes électorale. Il faut également considérer le nombre des non-inscrit(e)s.
Cela fait tout de même 36 681 113 personnes qui ont participé au vote, ce qui montre une vigueur évidente du corps électoral, ce rouage central, mais négligé de la Ve République sauf au moment de voter.
Et il y a fort à parier que le second tour électotal du 7 mai sera très mobilisateur...
Quant à l'état d'urgence, ses reconductions ont été votées au parlement, c'est-à-dire, dans les règles républicaines. Les lois l'établissant n'auraient pas été directement visées par le Conseil Constitutionnel avant leurs promulgations, mais ce dernier en aurait examiné les dispositions lors de questions prioritaires de constitutionnalité.
L'élection probable d'Emannuel Macron ou même de Marine Lepen devrait être suivie de la nommination d'un(e) premièr(e) ministre, d'un gouvernement.
Ensuite viendront les élections législatives dont tout le monde parle désormais...
Macron et Lepen n'envisagent à aucun moment de rendre le pouvoir au peuple, malgré leurs éventuelles bonnes intentions affichées...Aucun mandat impératif n'est en vue...
Non, la Ve République se porte bien.......Et je le déplore, car nous méritons mieux que cela.
Espérons seulement que son trépas sera le fait de l'avênement d'une constitution jettant les bases d'une démocratie réelle.