Mon humble et lacunaire relecture de Foucault au temps du COVID

Les citations de Michel Foucault ( surveiller et punir) sont soulignées.

Il est intéressant ( voir désespérément comique ) de constater que la crise sanitaire démasque nos dirigeants en France ou ailleurs.

Nous assistons à leur volonté de nous voir « resserrer » sur l'essentiel à leur yeux. Pour un peu « l'occasion ferait le larron », d’où les théories complotistes qui fleurissent.

Quel but mortifère poursuivent ils tout en se faisant les champions d'un discours culpabilisant sur le peu de respect qu'auraient certains pour la vie ?

Les effusions deviennent un crime.Les baisers ne ramènent plus à la vie.On dresse des barrières et non plus des barricades.

On ne fait plus de nuances.Les jugements abrupts mènent la danse.

 Rien de nouveau sous un soleil qui brûle de plus en plus :

Le but de nos dirigeants est de DISCIPLINER les populations susceptibles de remettre en cause la classe dominante. C'est une lapalissade à laquelle on croit ou pas...

« La prison continue sur ceux qu'on lui confie , un travail commencé ailleurs et que toute la société poursuit sur chacun par d'innombrables processus de discipline »

face à ce que Foucault appelle «  les illégalismes de la classe dominante » , à savoir la captation des richesses communes pour le seul profit de quelques uns, il est nécessaire pour cette même classe de procéder à un déni.Les lois sont faites pour elle et il n'y a d'illégalisme à ses yeux que populaire. Il s'agit alors de traquer tout individu susceptible de vouloir reprendre sa part du gâteau, s'asseoir avec arrogance, drapé dans ses haillons à la table du festin.

La prison discipline le délinquant ( celui qui prend illégalement). Mais Foucault discerne dans le fonctionnement des prisons un ensemble de techniques à l’œuvre dans l'ensemble de la société en vue de dresser les corps et les esprits  à des normes, «  une certaine manière de rendre docile et utile l'accumulation des hommes », afin que chacun (e) n'envisage jamais de réclamer plus que ce qu'on lui concède et surtout que jamais personne ne se considère comme légitime dans cette demande et les éventuelles luttes sur le plan politique qui en découleraient.

Pour en revenir à nos moutons plus ou moins contaminés par un désir de désordre......

Dans cet optique de contrôle ,le COVID change la donne. Il faut avoir l'air de protéger sans y mettre vraiment les moyens tout en conservant les forces de production et de consommation opérationnelles et  non revendicatrices.

Les manches se retroussent, les tambours roulent, une sueur virile ruisselle sur les corps en guerre.

Nous allons nous battre contre le COVID !

Tout en chassant les « tactiles -assassins », il s'agit de débusquer les planqués, les lâches, ceux qui font semblant de tenir la corde.

Mais  on ne peut pas parler de la vie et de la mort ( et donc du COVID) , des sacrifices que l'on est prêt à faire, des luttes que l'on est prêt à mener,  en dépossédant les individus des choix de société et donc du sens qu'ils souhaitent donner à leur vie et comment ces choix s'articulent au collectif.C'est de cette question que l'on veut nous déposséder. A ne pas concevoir ce rapt, on peut indéfiniment se perdre en débats sur les moyens ( port du masque, confinement, tests...) sans envisager la fin et considérer leur nécessaire articulation.

Si l'on considère que nos dirigeant ont une vision utilitariste, productiviste de l'humain ( c'est un parti pris ), on comprend mieux qu'en cette période de risque sanitaire, les ajustements (au gré de l'avancée ou du recul de l'épidémie) se font toujours aux détriments du non rentable, de l'oisiveté (mère de tous les vices ) et de la déambulation, du«  vagabondage » . Faire du tourisme reste  parfois autorisé, mais il s'agit alors de consommer.

Fin de la récréation : fermeture des parcs, plages, forêts et autres aires de jeux, des lieux de convivialité et de culture.Un discours paternaliste , infantilisant s'installe.Les pulsions de vie doivent être maîtrisées et orientées chez le jeune enfant et l'adulte qui ne sait pas ce qui est bon pour lui.

Il s'agit alors de se concentrer sur les lieux de canalisations et de contraintes par excellence.En résumé l'école et le travail .

Bien sur la fréquentation de ces lieux induisent des bénéfices collatéraux .A l'école se tissent les liens et le savoir reste émancipateur.Des liens se tissent aussi au travail. Outre un salaire, on peut en retirer du plaisir...

Cependant ces lieux restent des lieux de pouvoir , en tant que dispositifs d'encadrement des futures et actuelles forces de production pour nos dirigeants. D'où leur acharnement à retirer des pans entiers de la vie sociale afin que soit préservée la fréquentation économiquement et moralement nécessaire de ces lieux.

Pourquoi nécessaire ? Parce qu'ils éduquent et soumettent à travers une gestion précise des corps, des espaces et du temps.

«  quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? ».

En ce qui concerne une partie du monde médical, on la voit en effet rejoindre dans son désir de contrôle, le politique ( Il ne s'agit pas de tous ceux et toutes celles qui soignent jour après jour , au détriment de leur vie parfois).

Pour une partie d'entre eux ,ils dépossèdent l'humain de son esprit; pour ne voir en lui qu'une entité organique devant rester vivante à n'importe quel prix et dans n'importe quel monde.

C'est cette perception tronquée du vivant , cette volonté de toute puissance qui sont à l'origine entre autre, du protocole sanitaire délirant et liberticide qui a présidé à la réouverture des écoles en mai. Jusqu'où peut on contrôler les corps dans les espaces et ce qu'ils disent de leur désir d'aller vers l'autre ? Cette volonté de contrôle hygiéniste frôle la « maniaquerie » traçage au sol, fléchage, sens de circulation, lavage compulsif...

Que dire de l'isolement au sein des établissements accueillant les personnes âgées, de ceux qui sont morts sans revoir leur famille au nom de la lutte contre l'épidémie.

Quant aux déshérités , prisonniers, malades mentaux, migrants, ( ce pêle-mêle est en soi odieux) la crise a cruellement souligné le fait qu'ils sont économiquement inutiles et que le seul enjeu est d’exercer sur eux une contention la plus sommaire possible, à moindre coût, voir de les abandonner.L'opinion publique ne s'en est pas vraiment émue.Il faut dire que tous ces « petits meurtres entre amis » n'ont pas vraiment fait la une des journaux...

Évidement si l'on admet que nous sommes gouvernés par des logiques cyniques, les « vieux » et les « fragiles »ne sont aux yeux des puissants guère rentables. Alors pourquoi ce branle bas de combat alors que les forces productrices sont majoritairement épargnées par le virus ?

Peut être parce que nous ne sommes pas complètement dans un monde inhumain et que les consciences éveillées font encore peur ? Le crime aurait eu des témoins.

 L'asservissement de tous aux profits de quelques uns nous mène clairement à la catastrophe sur le plan écologique, social. La crise sanitaire agit comme un révélateur. La prise en main coercitive des populations à seule fin de continuer à se goinfrer sans considérer l'avenir est plus visible. Elle n'est pas nouvelle.

Quand les bedaines éclateront, nous volerons avec elles dans l'espace...A moins que....nous livrions bataille.

 

 

 

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