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Billet de blog 2 mars 2018

L’insoumis de Gilles Perret

Je recommande le film l'Insoumis de Gilles Perret, qui nous fait revivre l'haletante campagne du premier tour de la présidentielle de 2017.

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J’avoue avoir été voir ce film un peu par empathie insoumise, un peu en réaction à certaines critiques mesquines comme celle du Monde, ma boussole inversée en la matière. Le quotidien du soir s’est ainsi étonné, je caricature à peine, que l’on puisse chercher à présenter Jean-Luc Mélenchon comme un homme politique « normal », sans stigmatiser sa noirceur infinie.

En fait, l’« insoumis », grâce à la qualité de ses images et à un montage nerveux, m’a fait revivre la campagne présidentielle et j’y ai à nouveau cru, jusqu’à la déception du résultat du premier tour. Mon rejet de la bouillie sociale-démocrate s’en est trouvé réaffirmé - ah, Benoît Hamon, maudit sois-tu et n’espère pas nous faire passer sous ton joug européiste pour les élections de 2019.

J’ai apprécié de pouvoir considérer sereinement le personnage, sans le bruit insupportable causé par les faiseurs d’opinions toujours anxieux d’aller vite et de frapper fort. Le documentaire, parce qu’il nous permet comme le livre de prendre la distance nécessaire, nous laisse au contraire le temps de la réflexion pour construire notre propre jugement (1). Naturellement, comme il se déroule au rythme de la vie réelle, il ne peut pas tout montrer. Mais, les choix de Gilles Perret mettent en valeur deux éléments clefs de Jean-Luc Mélenchon.

D’une part, Jean-Luc Mélenchon, contrairement à une certaine vulgate, paraît imprégné d’une culture de gauche, marxiste si l’on veut, des plus sincères et profondes. Le recours au mot « peuple », au lieu d’autres références de gauche, paraît avant tout guidé par un motif tactique, celui de se dissocier radicalement des appareils traditionnels pour faire prospérer sa candidature.

D’autre part,il paraît habité par la question de la représentation en politique. La scène clef à cet égard est celle où il donne un cours d’histoire à Rome sur la révolte de la plèbe, sous la République romaine, qui a abouti à la création du tribunat. Jean-Luc Mélenchon voudrait être le tribun du peuple, mais le doute de l’être entraîne chez lui une tension elle-même source de création. On devine alors l’importance pour lui d’en obtenir une confirmation soit collective soit dans les interactions individuelles, comme avec les dockers du Havre, où on le voit très ému d’avoir échangé son épinglette en forme de triangle rouge contre un casque de chantier.


Mais, vouloir être tribun du peuple ne veut pas dire basculer dans une mystique du Chef qui le priverait de tous ses affects au nom de la conquête du pouvoir. On en trouve confirmation dans son incapacité à gérer avec froideur les rapports de force face aux médias hostiles. Après l’avoir fait théoriser sur l’inéluctabilité de leur mauvaise foi entendue comme moyen ultime de défense du système, le film montre comment, lors d’un passage à l’émission « C’est à vous », il ne peut contenir ses sentiments de dégoût devant l’interrogatoire de police humiliant auquel il est soumis des mains de Patrick Cohen et alii.

Malgré tout, il finit par y croire, à une semaine du premier tour de l’élection. Un seul plan de lui de dos face à une fenêtre dans la lumière du couchant suffit pour illustrer le reflux de la vague dans l’esprit de Jean-Luc Mélenchon. Adieu le porteur de la torche qui allait déclencher l’explosion de la révolution citoyenne, retour au lutteur inlassable contre les dominants malgré le bourbier du quotidien.

(1) Le meilleur, par son ton, finement moqueur et affectueux pour le personnage ainsi que par la variété des sujets abordés, est celui de Marion Lagardère : « il est comment Mélenchon, en vrai ? » (paru en janvier 2017).

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