J’ai manifesté le 11 janvier, contre les massacres à la Kalachnikov, contre le deuxième pogrom en France en moins de trois ans, contre les fanatiques notamment religieux, pour la République, la sociale, la paix civile, la liberté d’expression, le droit au blasphème et à la caricature, en hommage à tous les morts, en particulier à ceux dont les insolences m’ont fait tant rire une bonne partie de ma vie consciente les mercredi et les jeudi.
J’ai beaucoup hésité avant de suivre la foule à cause de l’afflux de dirigeants mondiaux plus ou moins recommandables et des tentatives minables de récupération des dirigeants du parti « socialiste ». J’ai surmonté mes hésitations car la vraie gauche appelait à manifester et que son point de ralliement n’était pas sur le parcours officiel.
J’ai apprécié la journée tant la participation était imposante, l’origine des participants diverses, l’humeur généralement joyeuse et tolérante, y compris pour les affreux dans mon genre couverts d’autocollants FDG. J’ai moins apprécié les applaudissements au passage des convois de CRS qui remontaient la foule - où es tu Rémi Fraisse ?
J’ai aimé que les officiels soient lâchés sur le bitume parisien comme un troupeau de pingouins sur la banquise par grand blizzard et aient le même air un tantinet ridicule. J’ai ricané quand j’ai vu sur la toile un ci-devant président jouer des coudes et exhiber une nouvelle fois son prosaïsme. Hollande, lui, a eu l’astuce de se taire.
Il y a même eu un miracle quand un pigeon parisien a de sa fiente décoré la veste présidentielle.
Je n’ai pas senti « l’esprit du 11 janvier » même pour renverser ou tourner les tables. J’ai compris la journée comme un appel à un retour à la normale, plus « régénératrice » donc comme on disait du temps de la Révolution française, que proprement révolutionnaire.
Je trouve de ce fait logique que les intellectuels « progressistes » y soient au mieux indifférent.
Je ne crois pas avoir participé à un raout réactionnaire, du genre de la manifestation du 30 mai 1968 ou de la manif pour tous, même si les gens de droite y étaient nombreux. Je n’ai pas entendu de paroles racistes mais ai vu le matin un placard xénophobe sur un arbre de la place de la République. Aussi, je ne comprends pas l’anathème jeté par Emmanuel Todd, mais, me souvenant de Fabrice à Waterloo, je lirai avec attention sa fulmination.
Je ne me sens pas non plus complice, pour avoir défilé ce fameux 11 janvier, du nouveau tour de vis liberticide de ce gouvernement de Nazgüls. Le premier date en effet du temps du gouvernement de Lionel Jospin, imité par tous ses successeurs. Et, Manuel Valls comme Bernard Cazeneuve n’attendaient que l’occasion pour faire les larrons.
Je rêve d’une manifestation aussi gigantesque pour mettre cul par dessus tête nos austéritaires et sécuritaires.
Billet de blog 5 mai 2015
J’ai manifesté le 11 janvier et alors ?
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