Après les Etas-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Turquie, - on en oublie sans doute - la Russie bombarde à son tour la Syrie depuis le 30 septembre. Les moyens qu’elle déploie là-bas sont importants : une trentaine d’avions, une vingtaine d’hélicoptères, 2000 hommes en tout. L’offensive devrait durer : les autorités russes parlent d’une campagne de 3 à 4 mois.
Comme toujours quand les hommes font la guerre, partisans et adversaires se disputent sur ses justifications. Poutine, en guise d’explications, a donné une leçon de realpolitik aux Nations-Unis, basée sur le constat qu’Assad et sa clique restent le gouvernement internationalement reconnu de la Syrie et qu’ils sont l’ultime rempart contre la création d’un état islamique qui menace également la Russie (http://www.lecourrierderussie.com/2015/09/discours-vladimir-poutine-onu-version-complete/). Comme l’habitude s’en est prise depuis la crise ukrainienne, les occidentaux ont répondu en faisant la morale à la Russie avec une totale hypocrisie, sur le mode « faîtes ce que je dis, pas ce que je fais », rendue encore plus apparente de par leur inaction face aux interventions brutales de l’Arabie Saoudite au Yémen.
Pendant ces conciliabules philosophiques, les êtres humains au bout des trajectoires des missiles et des obus tirés par les aéronefs des puissances meurent. Certains sont certes des affreux qui vivent de l’épée et sont tués donc par elle dans notre indifférence mais on y trouve également beaucoup de civils. Depuis son invention au cours de la seconde guerre mondiale, ses multiples utilisations par les forces américaines au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, on ne peut pas en effet croire à la « propreté » de la guerre aérienne, même menée sous l’étoile rouge.
La Russie va donc encore aggraver les souffrances d’une population déjà victime d’une répression d’une violence inouïe mené par ses propres dirigeants depuis 2011. Son intervention va également retarder ou empêcher la défaite de l’armée régulière, qui a perdu du terrain au cours des derniers mois et est désormais très diminuée face à ses adversaires.
La Russie prend ainsi une lourde responsabilité. La terrible expérience de ces quatre dernières années montre que, pour la clique au pouvoir en Syrie, tout se ramène à son clan et l’existence de ceux qui n’en font pas partie n’a aucune importance. Que l’on puisse d’ailleurs considérer de tels dirigeants comme représentant encore l’ensemble du pays est de ce point de vue absurde. Mais, peut être, rêvons un peu, Super Poutine a-t-il un plan pour exfiltrer la famille Assad et la remplacer sinon par un démocrate mais au moins par un patriote syrien.
En attendant, la société syrienne, son économie détruite, ses ressources épuisées, harcelée par les différentes variétés d’islamistes, est au bout du rouleau et risque un effondrement définitif. La seule chance de survie pour sa population est, ou la création de zones "libérées" de la présence des tueurs, comme l'on réussit en partie les kurdes, ou l’émigration, avant tout dans dans les pays limitrophes - Liban, Jordanie et Turquie - puis, pour les plus déterminés, vers l’Europe.
Que la communauté internationale dont les membres du conseil de sécurité de l’ONU, ne soit pas capable de se mettre autour d’une table pour organiser l’accueil de ces réfugiés - et notamment aider le Liban - dans un premier temps, ensuite ramener la paix en Syrie en cessant les interventions étrangères puis étrangler Daesh, par exemple en lui coupant les vivres, est l’une des hontes de cette deuxième décennie du XXIe siècle.
Billet de blog 4 octobre 2015
L’intervention russe en Syrie : une nouvelle station du chemin de croix syrien
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