Projet NDDL: merci aux zadistes

Merci à eux pour avoir bloqué un projet justifié on le sait maintenant par des arguments erronés.

Le rapport des experts sur le projet de construction d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes a ceci de précieux qu’il apporte un peu de rationalité à un débat grossièrement distordu jusqu’à présent par les fanatiques du béton.

L’alternative apparaît maintenant clairement entre, d’une part, un aménagement de l’infrastructure existante, économe en investissement, sans impacts environnementaux significatifs, capable d’absorber le surcroît de trafic prévisible et, d’autre part, la création d’un nouvel aéroport détruisant une fraction notable du capital naturel de la région nantaise, soit 1000 hectares environ, à un coût deux fois plus élevé, même en excluant les coûts de raccordement aux réseaux routiers et de transports en commun, sans préjudice des dérapages liés à l’opacité des clauses du contrat de concession et à l’urbanisation vraisemblable des terrains libérés dans l’agglomération nantaise.

Le seul avantage avouable de la solution du transfert à Notre-Dame-des-Landes se réduit à celui de la réduction des nuisances sonores qu’il apporterait, mais les experts notent que, « sans minimiser la gêne sonore dans l’agglomération nantaise et sans parler des grands aéroports parisiens de Roissy ou d’Orly, les aéroports de Marseille, Nice, Bordeaux, Le Bourget, Toulouse et même Lyon Saint-Exupéry (souvent cité pour son caractère exemplaire) exposent des populations plus importantes qu’à Nantes (parfois de beaucoup) à des nuisances significatives (zone C) et des populations au moins comparables à une gêne modérée (zone D). » (1)

Bref, il faudra choisir entre procurer un avantage relatif à une partie de la population nantaise, et favoriser l’expansion d’une métropole déjà bien lotie en lui procurant une nouvelle frontière pour l’artificialisation des zones humides et des terres agricoles qui l’entourent ou prendre enfin au sérieux la nécessité impérieuse d’un développement économique plus efficace et moins destructeur de ressources pas ou peu renouvelables.

Qu’il ait fallu attendre dix-sept ans pour en arriver à ces constats de bon sens en dit long sur les dysfonctionnements d’un État peu soucieux dans toutes ses composantes de défendre un intérêt vraiment général (2).

L’administration « compétente » a grossièrement surévalué les coûts des solutions alternatives au mépris de toute éthique bureaucratique (3). Elle n’a pas réactualisé ses prévisions de fort accroissement du trafic faites au début du lancement du projet dans les années 2000, pourtant mise en cause par les mutations du transport aérien, la hausse des emports de passagers par vol absorbant une grande partie de la progression du nombre de passagers passant par Nantes (4). Elle a complètement ignoré la capacité des acteurs économiques à s’adapter, en accroissant leur productivité, à la hausse tendancielle du trafic aérien et au renchérissement progressif du coût d’usage des infrastructures.

Le pouvoir politique national a joué un rôle néfaste ou a été impotent, à propos de Notre-Dame-des-Landes comme sur bien d’autres grands projets inutiles. François Fillon et Nicolas Sarkozy ont armé le piège dans lequel se sont fourvoyés leurs successeurs en concédant le projet à l’un de leurs fermiers généraux favoris, Vinci. François Ayrault est resté le maire de Nantes sous ses oripeaux de Premier ministre.

Manuel Valls, à la fois entêté et borné, a commis la faute la plus grave pour un responsable politique, celle de piper les dés du référendum qu’il a organisé en refusant un débat honnête sur le fond et en limitant son périmètre d’applicabilité au département de Loire-Atlantique. Après la publication du rapport, cette consultation apparaît désormais comme caduque, car reposant sur un dol. Enfin, François Hollande n’a rien compris ou n’a rien voulu savoir et s’est réfugié dans l’indécision. Qu’il ose encore donner des leçons après cette triste prestation, comme tout récemment, donnerait à rire si on ne le salariait pas en tant que contribuable.

La justice, saisie à de nombreuses reprises, a globalement tout validé, y compris les arrêtés d’expropriation. L’ « état de droit » qu’elle a défendu apparaît comme purement procédural, même si, théoriquement, la recherche de l’ « erreur manifeste d’appréciation » aurait pu lui permettre de demander à l’État de reprendre sa copie. In fine, elle a légitimé une certaine forme d’oppression.

Au bout de compte, les seuls personnages positifs dans cette histoire sont les opposants et au premier chef les zadistes et leurs soutiens. Par leur présence physique, leurs tentatives de recréer de la vie sur place malgré le démarrage du rouleau compresseur bureaucratique, ils ont empêché l’irréparable de se commettre. Grâce à eux, la raison, fleur fragile face à la folie des irresponsables, a une petite chance de prospérer. On ne les en remerciera jamais assez.

Face à toutes celles et à tous ceux, dont les auteurs du rapport, qui réclament leur départ, parfois avec des accents méprisants et haineux qui ressemblent à ceux des écrivains versaillais contre la Commune, il faut réaffirmer le droit de résistance à l’oppression affirmé pour l’éternité dans la Constitution du 6 messidor an I (24 juin 1793) et assumer les risques de désordre, tant que « l’état de droit » ne comprend pas de « règle verte » vraiment contraignante.

Pour paraphraser Clemenceau : « Gloire aux pays où l’on zadise, honte aux pays où l’on se tait ».

 

(1) Note 30, page 22 du rapport consulté le 16 décembre 2017 .

(2) Le 26 octobre 2000, un Comité interministériel du gouvernement Jospin décide de « réaliser un nouvel aéroport, en remplacement de Nantes-Atlantique, sur le site de Notre-Dame-des-Landes afin de valoriser la dimension internationale et européenne des échanges de l’Ouest Atlantique » et a ouvert la phase d’études.

(3) La réévaluation du coût de l’aménagement de l’aéroport actuel par la mission est deux fois inférieure à celle de l’administration : celle-ci avait par exemple froidement estimé les coûts de développement et d’ingénierie supérieurs à ceux de Notre-Dame-des-Landes !
https://mediation-aeroport-du-grand-ouest.fr/documents/Annexe%209%20Comparatif%20des%20coûts%20estimés%20de%20réaménagement%20de%20Nantes-Atlantique.pdf

(4) Note 40, page 26 : « En 2000, l’aéroport de Nantes-Atlantique avait accueilli environ 2 millions de passagers pour près de 45 000 mouvements contre 5.4 millions de passagers (+170%) pour environ 55 000 mouvements (+22%) en 2017. » https://mediation-aeroport-du-grand-ouest.fr/rapport-de-la-mission/

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